Le manuel de la sécurité de base dans la voile pourave

Publié le par Grassineau Benjamin


La voile pourave a beau être un truc de déjantés, il n'en demeure pas moins qu'un bon voileux pouraveux assure un minimum de sécurité. Ce n'est pas un plaisancier irresponsable. Voilà donc quelques conseils de base, si vous démarrez dans la voile pourave et si vous ne connaissez pas grand chose à la navigation, pour éviter de passer trop souvent à la baille et finir au fond d'un filet de pêche !

La règle de base dans la voile, c'est que la vie de l'équipage est prioritaire par rapport à celle du bateau (surtout si le bateau est tout pourave). Mais, le bateau en mer, c'est pourtant notre meilleur ami. Donc on ne quitte un bateau que lorsqu'on est sûr qu'il est en train de couler ! Et attention, une cale remplie d'eau ne veut pas dire que le bateau coule... Ca veut juste dire qu'il y a un truc qui cloche et qu'il faut commencer à s'inquiéter !

L'autre règle de base, c'est que sur mer, le deuxième et principal atout, c'est le bon sens. En principe, on en est naturellement fourni, alors autant s'en servir. Le bon sens, ça permet d'évaluer grossièrement les traits les plus importants d'une situation, sans s'arrêter sur les détails, afin de savoir à peu près comment elle va évoluer et comment il faut réagir. Par exemple, au billard, vous devinez grâce à votre bon sens que les boules ne servent pas à se faire un café serré. Au rugby, quand une armée de all blacks faisant chacun plus de 120 kilos arrivent sur vous en hurlant pour vous piquer le ballon, vous savez instinctivement qu'il ne faut pas le garder trop longtemps (finalement, si c'est tout ce qu'ils veulent...). C'est pareil quand vous vous faites arrêter par les flics avec 3 grammes dans le sang, vous vous doutez bien, grâce à votre bon sens de gars bourré, qu'il faut tenter à tout prix les semer en faisant un rodéo sur le parking de la boîte de nuit. Idem lorsque vous vous retrouvez dans le lit d'une magnifique tigresse qui vous supplie de lui faire l'amour comme un cheval fougueux (ou l'inverse), votre bon sens est là pour vous aider à trouver le mode d'emploi. Pareil également, quand vous entrez dans un mac do pour la première fois. Votre bon sens vous informe sur le fait que c'est probablement un endroit qui sert à se restaurer et que les caissières ne sont pas des infirmières qui pratiquent régulièrement des opérations chirurgicales sur les tables de restaurant (quoique...). Donc, en bon voileux-pouraveux, ce n'est pas nécessaire de se surcharger de matos électronique et de passer des heures à apprendre des manuels et le code de la mer. Il faut d'abord se fier à son bon sens.

Cela étant dit, sur mer, comme sur la route ou dans l'espace, il y a quelques dangers de base. Y a pas besoin d'en parler trois plombes, mais il vaut mieux les connaître. Pour soi (à moins d'être un voileux gothique suicidaire fan de Nirvana), pour ceux qu'on emmène à bord et pour les marins de la SNSM qui n'ont pas forcément super envie de secourir bénévolement des plaisanciers irresponsables au péril de leur vie. En gros, il y en a sept.

- Le premier : tomber à la flotte. C'est comme tomber en perdition dans l'espace... Donc, toujours faire gaffe : s'attacher quand on barre par gros temps, faire gaffe en pissant (surtout si on est seul à bord...), s'assurer qu'on peut remonter sur le bateau facilement, s'assurer que le bateau va pas se barrer quand on se baigne, faire attention aux enfants, etc. Pour ceux qui le sentent pas trop, se coller une brassière sur le dos. Mais là encore, du bon sens, toujours du bon sens...

- Deuxième emmerde : le feu à bord. Statistiquement, c'est paraît-il la galère la plus fréquente sur un bateau. Bon, y a quelques règles de base. Eviter les barbecues dans la cabine, éteindre les bougies après avoir fait des guili-guilis à son partenaire (femme, homme, androgyne, chèvre, phoque, mouette, ours, baleine, mouchoir, méduse d'aldébaran, poulpe, bar, pingouin, godemichet, poupée gonflable, anémone de mer, androïde, etc.) ... Une règle qui est plus vicieuse, c'est de faire gaffe aux bouteilles de gaz. Mal arrimée, une bouteille de gaz, ça peut être dangereux.

- Troisième emmerde : la météo. En gros, c'est pas compliqué. La première règle : se fier à l'instinct. On a déjà une météo perso dans la tête. Un superbe soleil en plein mois d'aout, dans une mare à canard du Gers, on est à peu près tranquille et on le sait. Mais gare à la pétole. Et puis sur une mare, le temps ça change vite... Un orage magnétique est vite arrivé. Sinon, il y a plein de moyens pour se procurer la météo facile. Et je dirai que c'est une autre règle de base de toujours vérifier la météo d'une manière ou d'une autre avant d'appareiller. Si bien que de nos jours, un plaisancier qui part sans connaître la météo, c'est un irresponsable. On peut par exemple la choper sur le net : http://www.windguru.cz/fr/, au port, par téléphone, on peut écouter les bulletins à la radio, etc. Il vaut mieux se renseigner dans une capitainerie si on n'est pas trop au courant. En général, ils aiment bien les marins prudents, et ils ont raison. Un lien pour être mis au parfum. http://christian.navis.free.fr/meteo.html. Autre règle, ne pas s'amuser à sortir par gros temps. On passe un mauvais moment, le bateau aussi, et ça sert à rien de se pourrir la vie. Moi, je dis, pour du cabotage, force 6 grand maximum. Pas besoin d'aller à l'abattoir... a moins d'adorer avoir le mal de mer...

- Quatrième emmerde : se perdre en mer. Sans que ça frise à l'obsession, il faut essayer de savoir régulièrement, surtout si l'on est proche des côtes, où l'on est. Parce qu'on  peut très bien se retrouver téléporté sur une autre planète sans s'en rendre compte. Comme dans Star Trek. Donc, par prudence, il vaut mieux se munir de cartes marines (pas de cartes routières...) et de cartes inter-galactiques. Aujourd'hui, il y a le gps, mais attention, ces engins-là, ça tombe en panne et ça ne fonctionne pas au delà de l'orbite terrestre. Donc, truc indispensable : savoir faire le point aux étoiles et idéalement avoir une vingtaine de gps de rechange. Bon, mais faut rester raisonnable. Si on fait des sorties à la journée, pas besoin de sortir l'attirail. Vous en prenez cinq ou six, c'est amplement suffisant. L'objectif, c'est quand même de passer un bon moment sur l'eau... Cela dit, ne pas oublier le livre de bord (à acheter dans un magasin où ils vendent du matos marin ou dans n'importe quel magazin de fringues). C'est bien pratique de jour comme de nuit, et ça meuble les temps morts.

- Cinquième emmerde : les côtes. En mer, il faut toujours se méfier des côtes. Y a deux raisons. La première, c'est que les côtes, c'est un peu comme les champs d'astéroïdes dans Star Trek, on risque d'exploser son bateau et l'équipage sur la côte. La seconde, qui est plus traître, c'est que près de la côte, il y a des déferlantes... Les déferlantes, ça ressemble aux ondes magnéto-gravitationnelles triphasées dans l'épisode 17 de la 3ème série de Star Trek. Grosse méfiance donc, dès qu'il y a de la houle ou du gros temps. Les déferlantes, ça prévient pas, mais ça fait mal. Pour ceux qui se trouvent dans une telle situation, il faut se coller perpendiculairement aux vagues, mettre les gaz à fond et espérer qu'un ange gardien veille sur l'équipage... Ou que le capitaine Spock s'est saoûlé la veille, qu'il se trompe de numéro de téléportation, et qu'il vous téléporte sur la planète des vahinés où une épidémie a décimé les derniers hommes reproducteurs encore vivants (l'inverse si vous êtes une femme, un homosexuel ou un pingouin humanophile). Pour les voileux(se) pouraveux(se) vraiment super serein(e), il y a aussi moyen d'en profiter pour se faire une petite réussite ou un poker inter-galactique...

- Sixième emmerde : il faut réagir vite. Quand une couille arrive sur un bateau, en général, ça vient vite. Mais c'est pas comme un accident de voiture. Vous voyez le drame arriver. Ca peut durer cinq minutes, une minute, trente secondes, avant que ça ne dégénère pour de bon. Donc, pour éviter ça, je vois trois règles. 1. Toujours garder son calme. Il suffit pour cela de penser à la planète des vahinés ou des tanés, et se dire que finalement, on est un peu fiu de toute cette agitation. De toute façon, s'énerver empire la situation et fait accomplir des gestes inconsidérés. 2. Avoir le matos important à portée de main. C'est à dire, le matos de sécurité, la boîte à outils, la boîte à pharmacie, les parachutes, le sous-marin de poche, la bouteille de pineau des charentes, la télé portable, le lave-linge, l'épluche-patates, la collection de peigne, une paire de Kenzo pour les soirées chiques et la ventouse pour déboucher les chiottes. Que le bateau soit en bordel, ce n'est pas un problème du moment que tout le monde sait sur le bateau où se trouve ce matos de sécurité, et du moment que le bordel n'empêche pas d'accéder à la cabine principale en moins de 10 minutes (au pire, il faut garder une machette à portée de main pour vous frayer un chemin dans le bordel...). Donc, quand on monte des gens à bord, ce que je trouve pas mal, c'est de commencer par leur montrer où se trouve ce matos, et de leur faire un petit breafing si ils n'y connaissent rien, ou même si ils connaissent quelque chose pour leur rafraichir la mémoire. Un conseil, ceux qui commencent à jouer aux rebelles ou ceux qui semblent mieux connaître la navigation que vous, vous les virez à coup de pied dans le cul, ou vous les envoyer nettoyer le moteur. Il faut parfois savoir se faire respecter. 3. Il faut éviter d'accumuler les couilles sur le bateau. Deux couilles sur un bateau, c'est le maximum. Après, ça risque de dégénérer. Une couille, ça suffit. C'est même plutôt pas mal, comme ça, ça occupe l'esprit. Mais il en faut pas plus. Y a plein de gens qu'en ont qu'une et qui s'en sortent très bien (merci dame nature de nous avoir fait une couille de secours). Avec ces trois règles de bon sens, tout le monde est paré pour réagir au quart de tour.

-Septième emmerde. Les cataclysmes. Il vaut mieux toujours rester sur ses gardes. On est jamais à l'abri d'une pluie d'astéroïdes, d'une collision avec un sous-marin nucléaire, d'un tsunami, d'une attaque nucléaire, d'une téléportation ratée d'une baleine galactique à cause d'une cuite mémorable de Spock, d'une invasion par des aliens surarmés qui viennent du fond des océans, etc. Il y a donc quelques petites techniques de base, simples et efficaces, pour parer à ce genre de soucis tout de même assez fréquents. Je les récapitule ici.
Premièrement, la coque en plomb de 2 mètre d'épaisseur recouverte d'une couche de titane d'un mètre d'épaisseur et d'une couche de matière thermo-luminescente à guidage laser triphasé (ça c'est pour prévenir des attaques de calamars géants).
Deuxièmement
, avoir ses adresses à la CIA et au FBI. Ben oui, vous croyez vraiment qu'ils sont pas déjà au courant des choses qu'ils nous cachent... Sacré naïf que vous êtes...
Troisièmement, pratiquer les sciences occultes pour communiquer avec l'au delà, avec les extra-terrestres et avec les baleines. Ca aide. Parce que souvent ils sont plus vite au courant des dernières news en matière de cataclysme.
Quatrièmement, être constamment en alerte. Il y a des petits signes qui ne trompent pas. Des oiseaux qui volent bizarrement, la surface de l'eau qui se ride de manière anormale,  les poissons qui ont un drôle de goût, votre équipage qui se transforme en lézard écaillé ou qui fait des conciliabules dans votre dos, un champignon qui pousse à l'horizon, un vaisseau spatial qui cache le soleil et les nuages depuis quelques jours, une vague de 50 mètres de hauteur qui arrive dans votre direction (mais ne paniquez pas pour si peu), etc.
Cinquièmement, apprenez à parler aux mulets. On ne sait jamais, si les extra-terrestres débarquent et qu'ils ressemblent à des mulets, votre compréhension des mulets pourra peut-être vous sauver la vie.
Sixièmement, ne partez jamais sans avoir prévu des vivres et du matériel pour au moins trois ou quatres années d'isolement complet. Emmenez-vous pour tenir le coup, les oeuvres complètes de Karl Marx, Gérard De Villiers et Chateaubriand. Avec ça vous aurez de la lecture pour un bon moment et vous pourrez méditer longuement sur le sens profond de l'oeuvre de Gérard de Villiers.
Septièmement, préparez-vous des moyens de quitter le bateau rapidement. Par exemple, une fusée de secours, un sous-marin pour s'enfuir, un passage sous-marin, un cockpit éjectable, etc.
Huitièmement, entraînez-vous au combat au corps à corps. Ca peut servir en cas d'hiver post-nucléaire où les hommes seront revenus à l'état sauvage (quoique nous y sommes peut-être déjà...).
Neuvièmement, prévoir des boules quiès pour résister au chant des sirènes.
Dixièmement, demandez conseil aux autres plaisanciers et aux capitaines de port que vous croisez. Ils seront ravis de vous renseigner. Et ils sont peut-être au courant de prévisions cataclysmiques que vous ignorez... Mais méfiez-vous que ce ne soient pas des aliens. Signe de distinction : ils portent des vareuses et des botalos.

Bon, ben voilà. Conclusion : il y a pas besoin de faire tout un cinéma avec la sécurité sur mer. Du moment qu'on fait normalement attention, tout baigne. C'est comme en voiture, il faut pas faire complètement n'importe quoi. Il faut par exemple éviter de montrer ses fesses ou ses nichons aux flics en les insultant. Il vaut mieux, tout au moins les jours de départ en vacances, éviter de prendre les autoroutes en sens inverse. Il n'est pas non plus très prudent de rouler au dessus de 200 km/h dans les petits villages de campagne, ou de s'arrêter au feu vert mais accélérer aux feux rouges, etc., mais bon, on comprend vite l'essentiel... Et sur mer, il n'y a aucune raison d'avoir peur. Mis à part la présence assez régulière de calamars géants, ce n'est pas plus dangereux qu'en voiture (au moins, il n'y a pas de dahus). Ca remue un peu plus, c'est tout.

Un dernier truc. Une règle qui se vérifie souvent sur un bateau, c'est que les gens sont motivés pour se bouger et pour participer, et qu'ils apprennent vite en observant. Ce qui veut dire que sur un bateau il n'y a pas besoin d'être scolaire et de pourchasser les glandeurs, il suffit juste de les laisser bosser à votre place et de menacer de les jeter par dessus bord si ils contestent vos ordres. Si vous faites ça, vous verrez que la bonne volonté, sur un bateau, ça vient tout seul. Donc pour être un bon voileux-pouraveux, il vaut mieux ne pas donner des ordres à tour de bras, ne pas distribuer les tâches, et tout ce beau monde sur le bateau se sentira comme un poisson dans l'eau. La raison en est que tout le monde sur un bateau a envie d'apprendre. Surtout quand le bateau est à la dérive depuis plusieurs jours et que les vivres commencent à manquer. Et puis, à quoi bon prendre les autres membres de l'équipage pour des incompétents, des feignants, des valets et des irresponsables, puisque vous l'êtes aussi... Au moins, en ne glandant rien, vous êtes sûr de ne pas paniquer, ou pire, de jouer au savant ou au petit chef. Et c'est bien ça qu'est le plus chiant sur un bateau.

Bon, ben finalement, c'est bien vrai qu'il n'y a rien de plus facile au monde que la navigation...

Et vive la voile pourave.

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benjamin 15/03/2007 11:30

oui, c'est clair que c'est pas du luxe, un des trucs les plus utiles sur mer finalement. Par contre, honnêtement, j'avais jamais pensé au problème. Comment font les daltoniens ? Ca s'est une vrai question.

laurent 05/02/2007 16:17

mmmm. oui c'est assez bien résumé.Cela dit, une petite connaissance de base des balises et des couleurs peut servir. Je me demande comment font les daltoniens d'ailleurs ?