Le cimetière des moteurs

Publié le par Grassineau Benjamin

Ca y est, c'est fait, mon vieux moteur volvo penta mdb2, tout rouillé, a lâché. Et ce coup-ci, pour de bon !

 

Il a agonisé une bonne heure, face au port du Croisic, en faisant des clacs clacs clacs lugubres, et pis, lentement, sans déranger personne, dans un dernier râle, il a sombré dans le repos éternel.

 

Une bielle, comme disent les prêtres de la mécanique. Ces hommes étranges et impassibles, capables de comprendre les mystères insondables du coeur du moteur.

 

Et le verdict est tombé, comme un coup de poignard : "ah non, là, on peut plus rien faire".

 

C'était à La Turballe, sous un soleil écrasant, et quand le mécanicien a prononcé ses phrases fatidiques, un silence de plomb s'est abattu, on entendait les mouches voler... Dur moment !

 

Moralité, je suis rentré à la voile sur l'ile de ré. Ce qui fut une belle aventure de voile pourave (et de vraie voile !). Entre les galères pour rentrer dans les ports, les combines pour se faire tracter, la tentative d'improviser une chaise moteur avec un tabouret (coïncidence à laquelle j'avais même pas pensé, c'était au mouillage de la chaise à Noirmoutier !) et un moteur HB qui finalement ne fonctionnait pas, etc., on s'est bien amusés.

 

Mais je n'arrive pas à oublier mon petit moteur qui m'a fait tant de misères...

 

Donc, en hommage à toi, mon moteur favori, qui a vaillamment rempli ton devoir pendant tant d'années; toi, moteur infatiguable, qui m'a si bien aidé quand il fallait remonter les courants tumultueux; toi, qui malgré tes diverses fuites, continuait à cracher ta belle fumée blanche; toi, moteur un peu capricieux, contre lequel j'ai pesté des centaines de fois, quand tu calais inopinément et quand je devais changer tes pièces; toi, moteur tranquille, mais qui savait aussi être impétueux, et qui m'a sauvé d'une déferlante au large de l'Ile d'Oléron, je crée cette page Internet, pour que ton souvenir dure éternellement (jusqu'à ce qu'OverBlog fasse faillite, ce qui ne saurait tarder, s'ils continuent à nous blinder de pubs... note: les enterrements sont toujours un bon moyen pour faire passer des messages, les gens sont plus réceptifs, les curés l'ont d'ailleurs bien compris) !

 

Après tous, les objets ont bien droit à notre considération éternelle... Qui nous a sauvé en 14 18, les poilus et les fusils ? Mais tout le monde s'en carre l'oeuf des fusils... alors que sans eux... Pourtant, pas un seul monument au morts pour les fusils, tanks, gamelles, etc. On est trop anthropocentristes...

 

Il faut remédier à cette injustice.

 

Je crée donc cette page cimetière, pour tous les moteurs de la terre, où chacun peut venir enterrer son moteur dans le respect et dans la dignité, loin des médisances : "oui, il l'a mal entretenu...", "il fallait mettre de l'huile...". Loin des médisances, parce qu'ici on s'en fout ! On est sur le site de la voile pourrave, et un moteur, ça doit vivre sa vie, ce n'est pas une pièce de musée !

 

Donc, pour tous ceux qui veulent enterrer leur moteur pour qu'il repose en paix, cette page est dédiée : utilisez les commentaires pour lui laisser un dernier hommage.

 

Adieu petit moteur, fais de beaux rêves, au paradis des moteurs, plein de bonne huile et de bateaux fabuleux. Tu l'as bien mérité.

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Les Arts Naturels 05/04/2014 18:22


J'aime rarement ce qui est "pourrave". En général, si je tombe sur quoi que ce soit de pourrave, je le jette !


Ton article n'est pourtant certainement pas à jeter, ou alors ... dans une bouteille à la mer ?


Je suis de Saint-Malo, et je n'y ai pas vu beaucoup de voiles pourraves, comme tu dis. Je vais y prêter davantage attention...


Bon courage !

régis de la turmelière 06/02/2014 00:04


Salut, je tombe par hasard sur ton site et je le "marquetapage" pour y revenir. Je suis un fils spi de nanar, 9 voiliers à mon actif et le dernier, un sacré yacht de luxe de chez wauquiez, 10 ans
à bord en famille autour du monde sans jamais avoir dû une petite thune à une banque et sans jamais avoir gagné plus qu'un salaire d'ouvrier. J'ai vu fleurir les marinas là où nous mouillions
naguère. J'ai vu se perdre l'esprit maritime avec l'avènement du contre-moulé-infusion et des rtt propulsant les nouveau trentenaires à carte bleue sous les tropiques; j'ai vu... Du coup, on a
vendu le bateau et on s'est installé en Auvergne, loin de la mer; c'était plus ça. Mais je pense que la crise aidant, on va assister à un renouveau de la débrouille et de l'entraide maritime.
Moi-même, 2 ans après la fin du voyage, je me reprends à rêver à un tiki 30. Moi, un tiki 30 et l'horizon... Aller, ça me file le cafard, je me couche. A bientôt.