La voile décroissante

Publié le par Grassineau Benjamin

La décroissance est à la mode. Tant mieux !

Reste que parfois, j'aimerais bien savoir ce qu'est la décroissance... Décroissance technologique, décroissance du PIB, décroissance de la consommation, décroissance comme mode de vie global ?... Pas très clair tout ça... Pas plus d'ailleurs que le terme croissance !

A mon sens, c'est plutôt un mode de vie, une tendance, un idéal... Une manière de pratiquer ses activités sans superflu, sans gadget. Alors, qu'est-ce que ça donne si on l'applique à la voile ? Eh ben la voile pourave !

Et je le prouve !

D'abord, étant un pauvre voileux miséreux, vous dépensez le moins possible. Contraint de mendier dans les ports, vous vous rabattez sur les plantes sauvages, les restes des restaurants à touristes, les poissons, les coquillages... Bref, vous retrouvez votre instinct de la débrouille.

Idem pour le matos, vous recyclez. Votre voile a beau être déchirée, qu'importe, le bateau avance. Lentement, certes, mais n'est-ce pas ça la décroissance ? Prendre son temps ! Dans le fond, vous êtes un adepte du recyclage, de l'auto-production et du Do It Yourself !

Et le moteur ? Encore faudrait-il qu'il fonctionne ? Certes, il est vieux, rouillé jusqu'aux pistons, mais il tourne encore, crachant sa belle fumée blanche polluante. Anti-écologique ? Peut-être, mais avez-vous songé à la pollution générée par la production d'un nouveau moteur tout clinquant, qui ne cale même pas quand ça gite... ? Terrible ! Mieux vaut donc pousser son vieux moteur des années 1970 jusqu'à ce qu'il agonise dans un dernier râle crépitant. Ca pollue, certes, mais moins que d'en racheter un neuf !

Et le tourisme solidaire. N'est-ce pas ça finalement la voile pourave ? Solidaire des clochards des mers partout à travers le monde !

Ce qui est bien dommage, dans le fond, c'est que le discours politique sur la voile est aujourd'hui réduit à peau de chagrin. Pourtant, la voile pourraît être une arme contre le capitalisme à outrance. Ce n'est pas non plus l'idéal. C'est vrai. Il est finalement plus naturel de partir avec son tipi, son âne et de répandre partout à travers le monde des messages subversifs (par ses actes plutôt que par ses paroles, c'est plus efficace et plus courageux !). Mais malgrè tout, la voile est un instrument politique. À double titre. D'abord, à l'intérieur du monde même de la voile. Plein de normes, de préjugés, règles, de contraintes, de principes de vie souvent inutiles et fastidieux. Ensuite, contre la société dans laquelle nous vivons, prise dans son ensemble. Ce n'est pas un hasard, par exemple, si les hippies se sont si souvent tournés vers la mer, après avoir constaté que la vie à la ferme, ce n'est pas si simple.

Donc, la voile, c'est politique. Mais c'est hélas aujourd'hui laissé à la politique des dominants. Cela véhicule leurs principes, leurs idées et leurs pratiques. Que ce soit chez les voileux bourges, les voileux sportifs, les vieux-grémenteux ou les voileux ouvriers (qui participent tout autant au système de domination) ! Et c'est bien ça qui m'énerve. À quand la voile trash !? La voile hippie, la voile de misère, la voile rebelle, la voile rouge et noire !? Est-ce qu'on doit laisser ainsi toutes nos activités se faire enfermer dans des systèmes de pratiques et de valeurs préformatées telles que le sport ? Est-ce que courrir est un sport ?

Tout autour de moi, je vois comme ça des activités humaines qui finissent encerclées, normalisées par des règles, des systèmes de croyances, des hiérarchies, et ça me saoule. Exemple : l'art urbain. À priori, barbouiller ou faire de la musique est une activité sympa, naturelle. Jusqu'à ce que ça soit enserré dans le milieu artistique, et ça devient chiant. Pareil pour la voile.

Mais je m'égare. Et je résume, la voile pourave, c'est donc finalement une sorte de voile décroissante. Cela dit, sans le côté moralisant chiant des décroissants. Pour une raison fort simple. Les voileux pouraveux que j'ai pu rencontrer sur mer sont en général des individualistes purs et durs. Ils sont d'ailleurs plutôt décroissants par la force des choses. Mais toujours partant, par ailleurs, pour discuter et siroter un verre...

Finalement, ils sont décroissants, non pas par idéologie, comme la plupart des objecteurs de croissance, mais parce que ça coule de source. Ce n'est pas une contrainte d'être décroissant en voile pourave, c'est un plaisir, un mode de vie, une façon d'être sans en faire trop. Mais allez faire comprendre ça à des bobos urbains, qui se proclament haut et fort pour la décroissance et sont ultra-moralisateurs... Impossible ! Tout simplement parce que ce sont des chrétiens reconvertis... Ils pourront pas comprendre qu'un surfeur qui vit dans son van sur la côte basque est bien plus décroissant qu'eux ; eux qui votent écolos et se disent décroissants, tout en habitant dans un centre urbain, parce qu'ils achètent bio et réparent leur veste ! La plupart des décroissants que je connais (pas tous) se recherchent des nouveaux rituels, des nouvelles croyances, des nouvelles contraintes. Comme s'ils voulaient reconstruire les rites religieux disparus, par exemple, en s'imposant tout un ensemble de tabous alimentaires et de valeurs ultra-chiantes. Et là dessus, ils préparent leur future croisade... Bon courage !

Que donnerait finalement, le monde de la voile décroissante, si tout le monde s'y mettait... ? Je pense, un monde parfait. On vivrait sur nos bateaux (à quoi bon avoir une baraque quand on a un habitable de 7m ?), on se filerait de la bouffe, on ferait des soirées, on organiserait des cueillettes collectives, ... En gros, toujours pareil, ça serait la vie de gitans des mers. Y en a déjà qui vivent un peu comme ça, au moins en partie. Maintenant, de là à dire qu'ils ont des idées politiques décroissantes... Franchement non, mais c'est bien là tout le problème : aller au delà du discours et agir.

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Arthur Roubignolle 27/02/2012 04:47


Un grand  vent de  liberté ton site, la mer est liberté, celle que cherchent aussi les nantis, mais qu'ils ne trouvent jamais parce qu'ils restent prisonniers de  leur désir de
"posséder", d'en imposer avec leurs beaux bateaux aussi clinquants qu'ennuyeux, avec leurs "marinas" dégageant un sentiment de tristesse et de désolation chic. La fameuse "démocratisation" de la
voile des années soixante continue à disparaitre peu à peu sous le conformisme ambiant, mais le vent tourne et tournera encore. Je crois que je vais recommencer à naviguer sur un petit bateau
pourave et hisser de nouveau le pavillon noir des frêres de la côte. Il ne faut pas leur laisser la mer rien que pour eux, parce qu'en fin de compte c'est ce qu'ils veulent, se réserver pour eux,
en super-égoistes qu'ils sont les derniers petits paradis terrestres, et que les pauvres restent chez eux, incapables de bouger, de rever. A la niche les congés-payés! A la niche les chomeurs
désoeuvrés! Je souhaite que ton "concept" (désolé d'utiliser ce mot) de "voile pourave",  va faire école, ne serait-ce que pour apporter un peu de fantaisie, qui n'existe quasiment plus dans
la (dé) plaisance actuelle...

Grassineau Benjamin 04/11/2011 12:38



Sympa le lien : http://www.pdracer.com/


Oui, c'est rigolo !



alain robert 02/11/2011 21:18



que pensez vous des puddle ducks race ? ( site PD RACE )


les francais n'en construisent pas et les ricains s'éclatent avec ça


en de franches parties de rigolade



admin 30/06/2010 14:29



Bonjour, merci pour ce commentaire motivant ! je réponds à la bourre, mais le coeur y est !



julien 30/03/2010 14:58


Juste un mot pour dire que la voile decroissante, je suis a 200% pour!
Moi je crois au projet communautaire comme un mode de vie. Il faut arreter d'imaginer les aventures en mer comme des projets individuels. C'est justement tout l'aventage du bateau. On peut se
deplacer en groupe tout en etant seul captaine de son bateau. C'est un espace physique et mental ou on peut facilement trouver son coin de solitude et d'individualite.
A qreflechir tout ca mais vivement que ca arrive
Et bravo pour la reprise des articles. Je suis fan
Pour info, aventure pluriel repart en mer cet ete pour un voyage vers la corse et la sardaigne. Ce sont des vieux greementeux pour certains mais surtout des amoureux de l'aventure maritime en toute
simplicite. J'ai participe avec beaucoup de plaisir a la caramed de 2009 en espagne.
Bon vent
a suivre la tournure que cela prendra