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Anthropologie et philosophie de la voile

Mardi 2 janvier 2007

Avant de casser du sucre sur le dos du voileux, il faut commencer par admettre qu'il a connu autrefois son heure de gloire... Si, si... Au XIXe et début du XXe siècle, le voileux était un bourgeois éclairé, qui utilisait la voile pour véhiculer et mettre en pratique un certain nombre de valeurs qu'il affectionnait : la compétition, la ténacité, le mérite, le goût de l'exploration, le loisir, etc. Goût de l'exploration qui a permis en d'autres circonstances, d'asservir des peuples colonisés en toute bonne conscience... Mais bon..., là n'est pas la question. Car quelques soient les intentions de ces voileux conquérants, il est indéniable qu'ils ont donné lieu au départ à des expériences intéressantes et enrichissantes (exploration libre, voile de plaisance, voile de compétition, etc.). Les citadins sont un peu abrutis, mais ils ont parfois des idées.

Seulement voilà. La bourgeoisie moderne, elle a bientôt 300 ans. Autant dire que les bourgeois ne sont donc plus capables d'inventer grand chose depuis longtemps. Ils ressassent les mêmes rengaines depuis au moins un siècle. C'est pour cette raison que la voile des grands bourgeois, imprégnée de grandeur, est devenue la voile bourge. Rien de surprenant à cela. En Europe, on sait comment ça fonctionne depuis trois siècles. Les grands bourgeois (ou les anglais) ont les idées. Le troupeau des bourgeois s'y colle parce qu'il faut bien s'y mettre. Les petits-bourgeois suivent par habitude. Les classes moyennes embrayent en dernier, persuadées qu'elles sont de parvenir à un niveau de vie plus élevé. Bien sûr, la voile n'a pas échappé à cette loi de la diffusion descendante des pratiques et des innovations. A preuve, on parle généralement de démocratisation de la plaisance. Démocratisation ? Ben voyons. Paradoxe de notre civilisation où les bourges copient les pauvres (que je sache, ce ne sont pas eux qui ont inventé la voile), avant de démocratiser des pratiques qu'ils leur ont piqué ! Rectifions tout de même notre propos. En réalité, seule une partie de la voile a subi cette régression idéologique, puisque pour certains, la voile était restée ce qu'elle avait toujours été : un moyen de locomotion.

Quoi qu'il en soit. Prenons un triste exemple de cette déchéance de la voile bourge : les bourges parisiens qui font de la voile. Inutile d'y aller par quatre chemins. Ils sont franchement pathétiques. Ils font pitié. Peut-on éprouver autre chose qu'une profonde peine devant ces parisiens de luxe, aux personnalités détruites par la compétion sociale, qui s'imaginent faire acte de bravoure en faisant des croisières sur les voiliers de l'EDHEC ? Symptôme flagrant de la décadence parisienne, ils ont réduit la voile à un outil de distinction sociale. Mais croyant se distinguer, ils ne font pourtant que se conformer et singer les rites et croyances de leur milieu social, terriblement pauvre en idées nouvelles et embourbé dans des préjugés dramatiquement rétrogrades. Conséquence : ils font de la voile comme on fait un rallye. L'essentiel est de frimer, de se la jouer, de faire mieux que son pote. La voile est pour eux un moyen de promotion sociale et d'étalage de leur richesse. Fini le côté loisir, l'apprentissage de la vie, l'exploration... Tout cela est remplacé par la compète...

Un peu d'anthropologie. Les voileux bourges pullulent généralement dans les associations, les clubs et autres organisations à but non-lucratifs. Ils sont de classe moyenne à riche. Ont un bateau à La Rochelle, Brest, Deauville ou en Méditerranée. Bon, sur ce sujet, tout est dit. Je ne connais pas d'agence de voyages qui fasse des expéditions pour découvrir cette tribu d'arriérés qui vivent en s'imaginant qu'ils possèdent le monde et sont au sommet de l'humanité (comme de nombreuses autres tribus d'ailleurs), mais ça vaudrait le coup d'en organiser. On les rencontre dans le XVIe à Paris ou dans les centre-villes des grandes villes françaises. Leur hantise : ne pas posséder le voilier dernier cri. Cela ternirait leur réputation.


Il ne faudrait toutefois pas surestimer l'importance de ces zouaves, et imaginer qu'ils se situent au sommet de la pyramide des voileux. Eux voudraient le croire. Mais en réalité, c'est une tribu parmi d'autres. Certes, c'est la plus pathétique de toutes, mais c'est surtout un peu le noyau dur des voileux, le modèle originel d'où le mal est parti ! Et c'est pour ça qu'il fallait commencer par elle.

Une autre tribu de voileux est la tribu des sportifs. C'est de loin une des pires. Faute d'avoir de l'argent, pour la plupart, ces voileux se rabattent sur la compétition, les exploits et les records. Leur terrain d'occupation : le savoir. Rien d'étonnant, c'est un bien aisément disponible, qu'ils peuvent contrôler. Le but est donc de faire de la voile un truc de professionnel. Et le meilleur moyen pour ça, c'est de l'enseigner. Leur objectif est de "scolariser" la voile. C'est de faire du marin moyen un mauvais marin, un ignorant qui s'ignore. Conséquence logique, les voileux sportifs pullulent dans les écoles de voile. Encore un peu d'anthropologie. Ils ont développé certaines croyances, ont leurs idoles (Lamazou, Moitessier, Tabarly, etc.), leurs mythes, leurs rites, leurs rassemblements, une manière rationnelle et compétitive d'appréhender le milieu marin, parfois une pseudo-éthique (comme chez les Glénants), etc. Ils ont même des codes vestimentaires (comme la tribu des bourges chez qui c'est ciré jaune, pull marin et botalos aux pieds), une certaine nonchalance (ils restent ancrés dans la vingtaine un bon moment), ils fument du hash, boivent, se collent de l'écran total sur le nez (ils connaissent les rudesses de la vie de marin) et aiment parler technique. Ils aiment aussi se montrer en spectacle, dans des  grandes compétitions. Ca leur permet de comparer la taille de leurs biceps, et de collecter des fonds pour pratiquer leur "passion". Ils font alors des sortes de shows, gigantesques messes modernes où tous rêvent en coeur d'occuper la place de l'un des grands prêtres : la barre d'un grand voilier de course. Conscients de leur supériorité, ils regardent avec un certain mépris les gens qui n'ont pas accès à leur merveilleux monde de compétition. Sur un bateau, ils sont pragmatiques et disciplinés. Ils aiment discuter technique, sécurité, régler les voiles et tenter de doubler leur voisin. A noter que certains chefs de bord dans la catégorie voileux sportifs sont de véritables tyrans. Et plus généralement, faire de la voile avec des voileux sportifs peut s'avérer extrêmement pénible. Rapidement, ils insinueront dans votre esprit qu'on peut être "bon" en voile, que c'est un don, et que toute la bonne volonté ne suffit pas à devenir bon. Donc, vous partez peinard, insouciant, vous revenez sur les nerfs, dégoûtés de la voile à tout jamais, et persuadés de votre incapacité à devenir un jour un bon marin ! Pour finir, la hantise du voileux sportif : arriver dernier dans une compétition.

Une autre catégorie qui vaut le détour est le voileux technicien. Ce voileux, faute de briller dans le monde de l'apparence ou des compétitions sportives, se rabat sur la technique et la sécurité. Il devient un pro de l'ordre et de la sécurité. La voile est pour lui une manière de sublimer ses instincts de domination sur le monde et sur son équipage. Il va vous barratiner sur le meilleur matériau pour réaliser une coque, sur les coins les plus dangereux en navigation, sur la sécurité de nuit, sur les règles maritimes (les plus courageux connaissent par coeur l'alphabet international et la signification des drapeaux internationaux : en cas d'échouage en face du port, il faut savoir rester sur ses gardes) sur le prix des ports, etc. C'est pour lui une manière d'expulser hors de lui toute la frayeur qu'il éprouve dès qu'il sort du port pour aller faire deux ou trois ronds dans l'eau. Ce voileux est très courant. Il hante les ports et il est très difficile de l'éviter. Il se targue d'éprouver un certain mépris envers le plaisancier peu respecteux des règles de navigation qui n'a pas bien retenu les leçons et connaît mal ses noeuds et son vocabulaire marin. Sa hantise : être secouru par la SNSM suite à une mauvaise interprétation des prévisions météo.

Autre catégorie : le voileux explorateur. Digne héritier des anciens colons, il mesure le nombre de galons à la distance des côtes et au nombre de ports visités en Australie, en Indonésie et aux Caraïbes. Pour lui, un voileux qui se respecte est un voileux qui part le plus loin possible et qui s'est pris un maximum de branlées par gros temps dans des passes difficiles. Faute de quoi, c'est un looser. Il aime donc raconter ses exploits autour d'une table, en buvant un rhum, avec une certaine nostalgie dans la voix. Il aime le marin, le vrai, celui qui en a bavé et qui exhibe sans le vouloir les tatouages miteux qu'il a sur les bras. Son idole, c'est le marin qu'en a chié. Vie de marin, vie de chien. Parfois, il a construit son bateau lui même, la tête remplie des exploits d'Alain Gerbault. Les plus courageux ont fait un tour du monde, et vous n'avez pas fini d'en entendre parler. Mais très souvent, il abandonne la mer après son tour du monde. Plus ou moins secrètement honteux de n'avoir rencontré que des gens comme lui durant tout son périple super bien organisé. Sa hantise : ne jamais décoller de son port d'attache et mourir sans avoir pu faire son tour du monde.

Dernière catégorie. Le voileux beauf. Le voileux beauf, ce qui le branche, c'est les plans apéros, merguez et sardines frites. Pour lui, la voile, c'est le camping-car bon plan avec Mimine. Le plan que ces potes de travail ne connaissent pas, mais que lui connaît, parce qu'il est plus malin qu'eux. Son plaisir, c'est de siroter un ricard devant une télé de poche, le soir, sur son cokpit, dans un port de la côte d'Azur, en rigolant avec les copains. On l'a compris, le meilleur plan voile pour notre voileux beauf, c'est la voile confort. Un bon voyage est un voyage confortable et péperre. Sa hantise : se retrouver en panne de chauffage, de télé ou de glacière.

Voilà un premier aperçu de ce monde des voileux en pleine décrépitude, qui rêve en secret de réitérer les exploits des premiers bourgeois, mais qui ne fait en réalité que les singer, sans même s'en rendre compte. Monde de voileux qui décidemment, n'a plus grand intérêt pour les amoureux de la mer...

Alors, n'hésitez plus, rejoignez la voile pourave.
Par Grassineau Benjamin
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Samedi 6 janvier 2007

En voiture, il y a des gens qui aiment faire du
tuning. Ils veulent que leur voiture soit un bijou de collection, une beauté, une oeuvre d'art. Seulement le truc, c'est que la beauté, c'est relatif. Donc forcément, il y a différentes sortes de tuning. Y a le tuning classique (ailerons, feux multiples, méga flammes sur la carosserie, etc.), le tuning vieille voiture (siège en cuir, vieux cendriers, etc.), le tuning voiture flambant neuve (voiture neuve, super nickel, on peut se mirer dans la carosserie, etc.), le tuning camping-car (cuisine équipée dernier cri, lit pliable électronique, etc.), le tuning poubelle (auto-collants qui recouvrent la carrosserie, plancher troué, etc). Et y en a d'autres. En voile, c'est un peu pareil. Donc, allez, un peu d'anthropologie pour se détendre.

Tout d'abord, il y a le tuning clean. Le but, c'est de faire de son bateau un bateau qui brille. La moindre tache de rouille doit être combattue ardemment à coup de produits chimiques très chers et bien corrosifs (merci les poissons...). La boîte à outils d'un amateur de tuning clean est donc composée de produits chimiques hautement toxiques en tout genre. L'avantage, c'est que si vous êtes un peu connaisseur en chimie, vous pouvez probablement vous recycler dans le terrorisme naval... Mais l'objectif d'un amateur de voile tuning clean, en général, n'est pas de faire sauter les ports qu'il traverse, c'est plutôt d'être fier de son beau bateau bien propre. Il rajoute un tau, du bon matos, parfois une éolienne pour le frigo à whisky, une barre bien clean, etc. Ce qu'il veut, c'est du bateau qui brille. Faut pas aller chercher plus loin. Son angoisse, avoir des pare battages dépareillés. Sa tenue : veste de quart bien résistante et lunettes de soleil. Question comportement, le tuningueux clean est un maniaque du rangement. Si bien qu'à son bord, vous n'avez qu'une peur, salir avec vos chaussures. Son bateau est clean de chez clean, au point même parfois qu'il n'ose plus le sortir de peur de l'abimer. Le risque du tuning clean, glisser sur une pièce d'inox trop bien polie et tomber à l'eau...

Il y a aussi le tuning vieux gréement. Le but, c'est de faire de son bateau un authentique voilier des années 30 ou un voilier CP des années 60. Sa boîte à outil est remplie d'étoupe, de peintures biologiques et de pinoches au cas où la coque qui date de l'avant-guerre lacherait dans un coup de vent. L'obsession de l'amateur du tuning vieux gréement, c'est de reproduire à l'identique le bateau d'origine, voile, vis, clous, habitat compris. Pour ça il y met de l'ardeur. Il faut dire qu'il le bichonne son petit bijou. Sa tenue : vareuse, gitane maïs et béret marin. Le vieuxgrémenteux est un bon bougre. Il aime les rassemblements de vieux gréements où il peut montrer sa petite merveille à ses copains, et il aime aussi les chants marins avec un verre de pinard et du camenbos. Le risque du tuning vieux gréement. S'emmêler dans les cordages et rester bloqué dans une sorte de bondage machiavélique !

Autre catégorie, le tuning sportif. Le but, c'est d'acheter les voiles flambant neuves, les winchs derniers cris, l'électronique de haute compétition, une peinture spéciale pour voilier de course, etc. La boîte à outil de l'amateur de tuning sportif : le catalogue de matos marin, car généralement, le matos high-tech coûte trop cher pour qu'il puisse se le payer. Sa tenue. Le vêtement aérodynamique pour ne pas ralentir le bateau. Certains se greffent aussi une puce bionique pour pouvoir paramétrer la meilleure nave possible ! L'angoisse du tuneur sportif : un bateau qui rame. Son comportement. Il a un peu le même comportement qu'un herbivore aux aguets. Il jette constamment des coups d'oeil à droite à gauche pour être sûr que la bateau avance au max de ses capacités, il se lève brusquement pour aller vérifier les réglages, il vous assène des ordres sans arrêt (des sortes de cris d'alarme), etc. Le risque du tuning sportif. Comme chez les trackers, la crise cardiaque à 30 ans !

Catégorie moins connue, le tuning gothique. Le tuneur gothique, ce qui le fait kiffer, c'est le bateau ténébreux, les sectes pirates, les requins tigres et les messes sataniques où tout le monde vomit en choeur à cause du mal de mer. Il peint son bateau en noir, car il aime le noir. Les voiles aussi, mais il peint sur la coque ou sur les voiles, une grand flaque de sang qui dégouline. Il remplace les winchs et l'accastillage par des chaînes cloutées, il met une grande lame à la place du bout dehors et il se fabrique une barre cloutée. Sa boîte à outils, la bible noire et du matos de pêche pour éviscérer les poissons et lire la météo dans leurs entrailles ! Sa tenue. Bon ben une vareuse noire, un bandeau en travers du visage et surtout du rimmel noir qui résiste à l'eau de mer. Son comportement. A votre avis. Il sort la nuit, dans les ténèbres d'une tempête glaciale, là où il espère rencontrer de dignes monstres marins ou des esprits lovecraftiens, et en récitant des liturgies sataniques. Le risque du tuning gothique. Etre sacrifié par son équipage et jeté en pature aux requins.

Dernière catégorie, le tuning pourave. L'amateur de tuning pourave est forcément voileux-pouraveux, mais tous les voileux-pouraveux ne sont pas forcément des tuneur-pouraveux. On peut-être un voileux pouraveux par la force des choses. Parce qu'on est trop feignant pour ranger, parce qu'on se contre-fout de l'apparence du bateau, parce qu'on est bien dans son bordel, parce qu'on a toujours vécu comme ça, parce qu'on rafistole son bateau pour pas qu'il coule, etc. Mais on peut être aussi un tuneur pouraveux. C'est plus vicieux, ça veut dire qu'on aime ce qui est crade, délabré, détruit, etc. Le tuneur pouraveux est une sorte de voileux underground. Il kiffe sur les coques moisis, les vieux rafiots rouillés, les paquebots miteux, les ports en perdition (le bassin à flot de Bordeaux par exemple), les zones rouges, les voiles trouées, etc. C'est plus fort que lui, il a une attirance pour le désordre, l'entropie, le clochardisme, les graffitis et les taches de rouille ! Il rêve parfois devant les vieux bateaux en bois qui finissent leurs vieux jours dans un port plein de vase, devant les plates ostréicoles où tout est entassé en vrac, devant les vieux pontons faits de piquets en bois, devant les ports industriels où des paquebots croulants
venus de Sibérie accostent de temps en temps, etc. Sa trousse à outils est remplie de bons vieux outils de rafistolage, de bouts de planche en CP récupérés dans des chantiers navals, de matos pour recoudre les voiles qui se déchirent régulièrement, etc. Son bateau est crade, ses voiles sont trouées et il met des pneus à la place des parres battages. Parfois, il fait taguer son bateau par des potes de cité, juste pour le plaisir. Si, c'est un amateur de beatniks, il peut aussi peindre des fleurs sur sa voile et sa coque. Son comportement, celui d'un clochard céleste. Donc y a de la latitude. Le risque du tuneur pouraveux : s'endormir à la barre après une cuite mémorable.

Bon, ben voilà...

Viva la voile pourave
Par Grassineau Benjamin
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Lundi 8 janvier 2007

 

Loin, très loin dans les tréfonds de la civilisation moderne, il y a l'internaute moyen. Il se positionne tout en bas de l'échelle de l'évolution humaine, dans les caveaux de l'humanité déclinante. Le mouton est de loin bien plus original, ambitieux, plus insaisissable dans son comportement, que cette espèce régressive qui s'imagine avoir trouvé un sens à son existence en squattant des forums. L'internaute moyen se caractérise par son goût de l'ordre et de la sécurité, il aime la foule. Et il aime surtout la hiérarchie. Il n'est à son aise que lorsqu'un modérateur ou un administrateur traîne dans les parages. Parce qu'il ne faut pas se leurrer, ce qui caractérise Internet aujourd'hui, c'est la hiérarchie. On ne peut pas y couper, le réseau des réseaux est en train de devenir une immense machine à classer, où quelques tyranneaux font régner leur loi impitoyable sur les forums, méga-sites ou autre bidules soi-disant communautaires. Pendant ce temps, tout le monde continue à s'imaginer qu'Internet va rester un réseau libre et ouvert... Mais l'a-t-il jamais été ? Ben tout dépend ce qu'on veut en faire...

 

On peut faire d'Internet un outil de communication et de transmission des savoirs, simple, efficace et convivial. Un méga-forum. Mais c'est hélas sans compter sur la présence de petits chefs militaires déjà bien implantés... Car il y a sur Internet, comme partout ailleurs, des ambitieux minables, qui jouissent dès qu'ils ont un peu de pouvoir entre les mains. Ils n'attendent qu'une chose, pouvoir en coller plein la gueule à un newbie, ou à un pauvre type qui erre sur les forums en quête de renseignements ou de discussions sincères. Bien sûr, tout le monde n'est pas à la hauteur. Il y en a qui sont plus gradés que d'autres. En général parce qu'ils ont été parmi les premiers à créer un site (sans idées, mais ils ont occupé le terrain en premier) ou parce qu'ils ont un pauvre statut minable qui leur donne un peu de pouvoir. Derrière ces chefs autoritaires, dignes héritiers du lieutenant-caporal de nos casernes, il y a les petits caporaux qui suivent leurs lieutenants docilement. Ils forment un vaste troupeau, toujours prêt à s'en prendre au pauvre malheureux qui aurait l'outrecuidance de faire un pas de travers sur un forum. Ils cherchent le bouc-émissaire, la victime, la petite minorité à haïr, c'est plus fort qu'eux. C'est congénital. Généralement, ce sont de pauvres types, gras et laids, rivés dans leur fauteuil, qui suent à grosses gouttes derrière leur ordinateur, donc il faut bien qu'ils compensent. Dans leur petite vie minable, ils s'en prennent plein la gueule. Sur Internet, ils décompensent. Ces types sont donc bien en deçà des amibes. Ce sont de pauvres rats qui se battent pour un bout de lard, des descendants de paysans habituer à trimer et à tirer le boeuf. Des débris qui tremblent dès qu'ils voient un galon.

Voil. Ab. (définition : c'est une fiction, une entité virtuelle où se regroupent les voileux aberrants, abrutis et abrutissants. Tant mieux pour ceux qui comprennent) est un regroupement de ces pauvres hères. Et puisqu'en bon clochard marin, j'ai vais parfois les insulter pour me faire éjecter de leur terrasse de gens bien pensant, je vais en rajouter une couche. Les bouffons de Voil. Ab. veulent démocratiser la plaisance. Grand mal leur en prend. Car faut-il voir autre chose dans leur programme qu'une sorte de croisée de missionnaires bien disciplinés qui s'imaginent faire oeuvre de bienfaisance en répandant la parole divine ? Ben non. La démocratisation de la plaisance, c'est une hypocrisie. C'est une des nombreuses variantes d'un gros foutage de gueule généralisé qui consiste à faire croire aux pauvres que si ils font ce que les bourgeois font, ou si ils ont ce que les bourgeois ont, ils iront vers plus de démocratie. Ce qui est surprenant dans l'histoire, c'est que ça fait trois cent ans qu'on nous balance cette rengaine et qu'il y a encore autant de gens pour y croire.

 

Bon, mais parlons-en de cette démocratisation de la plaisance. C'est quoi le but ? Le but, pour certains, c'est de pouvoir faire comme les riches. Stop. Arrêtons le délire. La voile, ça ne coûte rien. A l'origine, c'est un truc de pauvres, un truc de gars normaux, comme vous et moi. Ce qu'on veut nous faire gober, c'est que la démocratie, c'est le fait d'avoir accès à ce que les riches ont, à leur manière de faire et de penser. Mais dans ce cas, la démocratisation, c'est le renforcement des privilèges des privilégiés. C'est croire que ceux qui n'ont pas, doivent envier ce que les privilégiés ont. Et qu'est-ce qui fait le privilège de ces privilégiés ? C'est de s'imaginer qu'on les envie. C'est de se croire au sommet de la pyramide. Aujourd'hui, la démocratisation de la plaisance, c'est ça. Il faut faire de la voile comme la font les riches. Et c'est à cette condition qu'on se démocratise... Partant de là, il y a une montagne à gravir, avec toutes les étapes. Au final, si tu te comportes bien, si t'as bien suivi toutes les leçons, tu peux espérer avoir un 12-13 m à 60 ans pour faire ton tour du monde. Manque de bol, t'en as tellement trimé toute ta vie pour te payer ton bijou, que t'es devenu un gars super con, qui maugrée sans arrêt dans sa moustache, et qu'a franchement plus envie de faire grand chose. T'y vas, tu le fais parce qu'il faut le faire, mais tu ferais le tour de Floride en camping-car, ça reviendrait au même. En fait, t'as même plus envie de baiser, et c'est pas demain la veille que t'iras courir les p'tites dans les ports. Dans le pire des cas, t'es devenu un sac à vin (parce que le plaisancier, en général, ça picole) incapable d'aligner deux phrases sensées; au mieux, t'es un de ces espèces de vieux retraité bien portant qu'est franchement super con, et qui reste dans son coin à dilapider son capital. Il y a rien d'autre à dire là dessus. T'es super naze, t'es un vieux méprisant, tu sens l'odeur du fric qui se disperse. Point.

 

Voilà donc à quoi nous mène cette démocratisation de la plaisance. À une armada de camping-cars qui vont envahir nos ports et polluer la mer. Le comportement de ces nouveaux riches ne différera pas de l'amateur moyen de camping-car. Pour sûr, à force de se refiler des bons tuyaux, ils auront des plans pour naviguer pas trop cher avec du bon matos. Mais ils s'entasseront tous dans les ports comme des sardines dans une boîte. Ils pollueront en masse les mêmes coins, parce qu'ils sont grégaires, ils aiment la foule. Il n'y a qu'à aller sur un forum de Voil. Ab. pour s'en convaincre, c'est déjà des petits moutons dociles, qui se sont collés des grades de militaires en fonction de leur ancienneté sur le forum, et qui sont prêt à gueuler tous en choeur, pour éjecter un clochard marin. Ils ont ça dans le sang. Ces gars là ne sont rassurés que lorsqu'ils sont du bon côté de la barrière. Et pour se sentir dans le rang, pour monter d'un échelon, pour se sentir supérieurs, il leur faut des marginaux. Ça les valorise. Donc pour sûr. Ils les reniflent de loin. Dès qu'il y en a qui traîne dans les parages, tu peux être sûr qu'ils vont se jeter dessus en rangs serrés.

 

C'est ça la démocratisation ? Sûrement pas. La démocratisation c'est le respect des libertés, l'ouverture, la tolérance. C'est la quête de l'égalité et de la diversité. La voile, c'est justement ce qui permet de s'ouvrir l'esprit, de rencontrer des gens différents, d'avoir un mode de vie différent, de changer de point de vue, d'apprendre la tolérance et le respect des différences. C'est en ce sens que c'est démocratique. Et voilà ce qu'est la vraie démocratisation de la plaisance. Après, chacun peut se faire sa poubelle flottante à sa manière. Y a pas besoin d'en parler trois plombes. Mais leur manière à eux de faire de la voile n'a rien à voir. Elle est aux antipodes. Ce qu'ils veulent, c'est parler de fric, de matos et de destinations dans le vent. Le hic, du coup, c'est qu'ils s'entassent tous en rang dans les mêmes ports, et qu'ils ne rencontrent plus que des gens comme eux. Et de quoi ils parlent quand ils se croisent ? De fric, de matos et de destination dans le vent. Alors après, comment ça pourrait leur ouvrir l'esprit ?

 

Des sardines en boîte. Franchement, c'est des sardines en boîte. Y a rien d'autre à dire.


Par Grassineau Benjamin
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Lundi 26 mars 2007



La parole aux marins n° 2. Florent, 26 ans, travaille en Charente Maritime, à l’agencement des bateaux depuis 1 an et demi, dans un chantier naval de plaisance. Il est né à Abidjan, et a été élevé dans divers pays étrangers où ses parents se rendaient par la mer en bateau de plaisance, qu’ils remettaient en état eux même.

Il revient du Cap Vert où il a été skipper pendant deux ans.

 
Solidarité
 

La solidarité, je ne sais pas. Quand j’ai eu le pépin, j’ai vu un bateau assez éloigné, il n’était peut être pas équipé de VHF, mais je n’ai eu de l’aide qu’une heure trente après et pourtant je n’étais qu’à 6 kilomètres des côtes, grosso modo.

C’est un bateau de travail avec les touristes, qui m’a entendu. Ils étaient derrière une pointe rocheuse, tout de suite ils sont venus. Un de mes clients a été attaqué par un requin. Il y avait quatre bateaux.

La solidarité, n’est pas généralisée. Je ne les ai pas vus, eux ils ont tout vu, le temps que je remonte l’ancre et que je rentre, ils ont déjà raconté l’histoire. Quelle solidarité tu veux devant cette histoire !

Il ne serait peut-être pas mort, s’il y avait eu une aide plus tôt ; Il a tenu 3/4 d’heure, j’ai donné ma position en toutes les langues, puis j’ai fait route sur le port, donc solidarité entre guillemets… je l’ai vu mourir… cauchemar, pendant 3 nuits je n’ai pas dormi après.. je l’ai mis dans le cercueil avec tout le respect du monde. Ce qui a été horrible, il y avait juste au port quand je suis arrivé, juste un petit point santé. C’est un bateau européen qui nous a aidé, avec deux médecins autrichiens, ils n’ont pu le ranimer.

La plage était à 50 mètres, il partait à la nage avec sa femme… j’étais sur le bateau, l’ancre était mal accrochée, je devais les rejoindre dans 10 minutes. Des enfants se baignaient, il y avait 4 bateaux au mouillage… Il y a eu un gros clapotis sur l’eau, le mec levé dans les airs et la tête du requin sur l’eau. J’ai démarré le bateau à toute vitesse, je ne m’étais pas imaginé une telle violence. C’était un requin tigre, le requin il n’a pas tourné, il n’a pas observé sa proie… Tout le monde se baignait, c’était une île déserte, un gros rocher avec des criques. Les gens ont sorti le mec de l’eau.

Moteur démarré, j’essaie de rapprocher le bateau pour hisser le mec à l’arrière du bateau, l’arrière du bateau est devant lui, j’essaye de le lever, 90, 100 kilos en bon allemand. J’ai été aidé pour finir.

Il a d’abord vu sa main presque sectionnée, il a fait, je suis sur un début d’infarctus quand il a vu qu’il avait perdu sa jambe il a fait un infarctus. J’ai été aidé pour lui faire un garrot. On a tout de suite fait route, sa femme était paniquée. Il a vite eu une mauvaise oxygénation, les trois autres bateaux ont suivi.

Le requin, il savait qu’il y avait du nettoyage fréquent de poissons ici, il savait qu’il y avait du poisson qui tombait. Bernard a du être attaqué, car il était très, très blanc et qu’il nageait très, très mal, il y a du avoir confusion pour le requin.


La solidarité elle existe chez les « gitans de la mer » qui se baladent. Ca arrive à être la petite famille. Quand on est arrivé avec mon père sur notre bateau Ben au Cap Vert, on n’avait pas un rond, ils nous ont aidé à chercher des solutions. En Mauritanie, on s’est fait plumer, et on avait à peine de quoi payer l’immigration. On a vendu nos portables, nos CD, nos guitares…

Oh oui, j’ai aidé, je me suis dévoué pour aider à dégager des bateaux échoués. C’est presque automatique. Quand on a appris qu’il y en avait un qui avait échoué sur les cailloux, on y a été, pendant six heures. On a sorti le bateau du sable. C’est presque impulsif, les gens de bateau se sont proposés. C’étaient des allemands qui avaient échoué. Ils avaient dégagé tout le vin du bateau et j’ai encore leur image, de les voir buvant ce vin. C’était une réaction au choc. Leur bateau était très abîmé et nous l’avons sorti juste à temps, de 7 heures du soir à 3 heures du matin nous nous sommes débattus pour le sortir.

Un bateau en détresse, j’irai immédiatement l’aider, au moins je chercherai, même si c’était un cargo, c’est je sais démesuré et je me suis déjà posé la question. Au niveau de l’aide en mer c’est très généralisé.

Pourtant malgré le message de déroutement du bateau de pêche pour qu’on ne lui barre pas la route car il est prioritaire, le chalutier a été coupé en deux par un cargo. Les cargos, c’est autre chose. Je n’ai jamais été pour un cargo. On a failli nous faire rentrer dedans par des chalutiers. Je les voyais loin, mais c’était la lueur de leur projecteur qui paraissait atténuée. Puis j’ai vu un gyrophare, c’est qu’ils allumaient et éteignaient leurs projecteurs pour me prévenir. J’étais à 15 mètres d’eux quand j’ai braqué. 

 
IDENTITE
 

Nous les plaisanciers on navigue tous pour notre plaisir, mais différemment. Il y en a qui ont des bateaux mais qui vivent en marina, et des gens qui vivent sur leurs bateaux. Le mec qui a son bateau pour faire un tour avec même si c’est plus que des ronds dans l’eau, il se divertit, bon moins peut être, mais ce sont des gens comme tout le monde, car ils ont un travail, et tout. Il faut faire la part des choses car ce n’est pas du tout le même type même s’il prend une année sabbatique. Il alimente ses rêves de ronds dans l’eau pour partir ou ne pas partir, il en est au stade embryon. C’est très différent du « gitan de mer » qui lui a fait le pas. Il est parti. Et ce n’est pas toujours rose et pas toujours les cocotiers et le soleil ! Il faut pas mettre tout le monde dans le même tas, c’est très différent de mentalité et de personne.

C’est le même plaisir, mais un au stade d’embryon et l’autre réalise son rêve avec son bateau, maison et cocon. Les autres prennent des coups de rêves pour en alimenter leur pensée… c’est pas vivre vraiment le voyage. S’amuser en mer… c’est la même illusion, le même sentiment.

Il y a un petit aparté au niveau du plaisir. Au moment où tu pars tu es triste et préoccupé de prendre la mer et hyper heureux de voir la terre. Il y a des gens qui n’ont pas de bateau, qui en louent car ils ont la passion de la mer, de la voile, du calme de tout ce que ça comprend. Au niveau charter tu le vois très bien. Pour une traversée de 48 heures il y a un moment sans voir la terre. Quelle joie de la revoir. C’est une sensation impressionnante de revoir la terre, une lueur à l’horizon… tu vas mettre le pied à terre. Rien que d’y penser de l’avoir vécu, je le ressens encore.

Ce sentiment les gens qui font des ronds dans l’eau ne le ressentent pas.

Le gros de mes apprentissages, c’est Bernard Moitessier. Il racontait que les gens de Singapour partaient avec rien, ils n’avaient que les étoiles. Lui il partait avec des épaves, sur l’île de l’Ascension, où un cargo l’avait emmené, il avait le projet de faire un bateau en papier, pour un seul voyage, collé avec la résine trouvée sur place. Il a trouvé un bateau qui l’a emmené en France. Il a eu un bateau en acier qu’il a quand même foutu à la côte. Sur les photos qui illustrent son livre, à 60 ans, c’est un homme très maigre, on le voit en train de vider son bateau du sable.

C’était un plaisir+++ pour lui, 8 mois sans toucher la terre, il avait une énorme barbe. Mais c’était plus que du plaisir !

 

Mais ça dépend des professionnels, du domaine, pour les cargos, je n’ai pas trop d’opinion, ça me déplait. Ils ont le prestige, mais le dégazage, les containers tombés à la mer si dangereux pour les plaisanciers. Capitaine au long cours je ne sais pas si c’est un homme de mer. Les pêcheurs, oui ce sont des hommes de mer. Ils ont une alliance avec la mer, tout comme le plaisancier confirmé.

Pour l’instant je fais de l’agencement de bateau, je le fais avec passion, car c’est relationné au bateau, ma passion, mon trip. Je revendique quand je négocie avec mes employeurs : «vous avez de la chance de trouver quelqu’un à qui ça plaît ».. Dessiner les bateaux me rendrait l’homme le plus heureux du monde, même poser des cloisons ça me plaît. Dès que je mets les pieds sur un bateau, ça me plaît. 

Les règles de vie, heureusement, elles me paraissent les même. C’est plutôt le rythme de vie qui diffère. C’est un monde à part, plutôt à portée du monde, car tu es de l’autre côté, soit sur la plage tu regardes la mer, soit sur le bateau tu regardes la terre. C’est le même monde mais il est divisé quand tu es sur la mer.

Il y a la même convivialité quand tu es sur le bateau, tu es invité, tu fais connaissance avec les autres, comme à terre il y a des relations. C’est le même monde entre humains, entre personnes. C’est plus accentué car il y a plus de solidarité.

« Le monde est un mouchoir », tu retombes sur les même gens, pas par coïncidence, car c’est les même routes pour les bateaux. Ca crée des liens qui équivalent à des liens sur terre, comme des liens d’amis d’enfance, des potes du long cours comme si l’on avait grandi ensemble. 

Tu ne vis pas dans un monde à part, tu vis séparé par la mer. La vie est la même et pas différente, seulement, il y a d’autres conversations, d’autres thèmes, on parle de pélicans, de poissons… Les plaisirs de la vie sont peut être plus accentués, vécus plus sincèrement.

Sur terre, on utilise du social. C’est à dire que les valeurs sur terre, le fait de garder le contact, ça peut être utile un jour ou l’autre. Sur le bateau le contact, tu le gardes par sentiment.

En bateau, tu peux être seul facilement, à terre c’est difficile, si tu en as marre de la mesquinerie des autres tu es obligé de faire avec.

Les nordiques, genre suédois, ils sont très « cons », les danois, tous ces gens des pays du nord, ils sont froids, différents, très rudes avec une autre mentalité. Ils ne feront pas le tour des bateaux pour voir qui est là. Pourtant, j’en ai connu des sympas. Mais ce n’est pas le même genre de convivialité, de vie sur mer, les hollandais aussi sont du même genre. Mais peut être, oui c’est clair, c’est un problème de langue. Ce sont surtout des français, des anglais, des américains.

Dans la baie de Mindelo, au Cap Vert, il y a 50 bateaux français, pour 20 bateaux de différentes nationalités. Tu as énormément de plaisanciers français, on est les premiers mondiaux.

J’ai aidé des danois, je leur ai trouvé une solution pour garder leur bateau car ils devaient retourner se faire opérer rapidement chez lui. 

Soit on aime naviguer, soit on aime pas, ensuite il y a différents degrés. On ne peut pas généraliser. Pas au début, pas quand tu commences, tu n’as aucun sens de la mer, que la peur et l’incertitude. Ca s’apprend. Le fait de travailler sur la mer, ou de vivre ça demande une grande dextérité physique ou psychique, l’esprit marin, le fait que tu puisses te sentir bien sur un bateau, même en te sentant vasouillard, ça s’apprend. Tu ne l’as pas dans le premier pas sur un bateau. Ca c’est sur. Il y a des gens qui ne l’ont jamais. 

La motivation pour un professionnel, c’est l’argent. Pour un plaisancier, c’est pour se décontracter en mer, ne serait ce que pour sentir le calme, le bruit des voiles. La frime, c’est pour le moteur, mais peut être qu’ils aiment, je ne comprends pas. C’est aussi pour l’adrénaline, le fait de vouloir faire du sport.C’est vouloir s’arracher. En majorité ce qui fait faire le pas à partir, (même si cela n’arrive pas tous les jours), c’est le ras le bol du système, la société et son ras le bol. Il faut vouloir la liberté pour faire le pas.

La pêche en amateur peut être une motivation pour faire des ronds dans l’eau.

L’ambiance, ça dépend… ça peut être très, très bien mais ça peut finir au couteau. C’est le problème de la vie en commun dans un espace réduit. Il y a des couples heureux, qui ont une bonne entente et qui sur le bateau ne peuvent vivre ensemble. Sur un bateau, c’est trop réduit, tu ne marches pas. Ca crée même des problèmes. B.Moitessier ne savait plus marcher après 6 mois de mer.

Quand tu arrives à un endroit, c’est aussi le fait de découvrir toi même cette terre, c’est une autre joie de découvrir l’autre peuple, leur manière de voir, même si tu es déçu.

Tu es libre, si ça se passe mal tu hisses les voiles. Rien ne t’empêche, tu es libre, libre. C’est la découverte.

 
VIE D’EQUIPAGE
 

L’entraide est impérative. La confiance doit s’instaurer. La solidarité même dans le plaisir, s’il n’y en a pas, ça ne marche pas et ça arrive malheureusement.

Tout doit être en harmonie, car en fait c’est harmonieux ; je peux l’entrevoir par ma folie, mais je suis persuadé que des détails non approfondis, que le vent faisant pression sur ta voile fait avancer ton bateau en harmonie du système de fonctionnement. Quand tu règles tes voiles, tu as une seule manière de les régler, les conséquences sont négatives sur le bateau, si tu as mal réglé. C’est de même pour l’équipage où il doit y avoir une relation harmonieuse.

Je suis né avec, je suis né sur la route à Abidjan. Qu’est ce que ça doit frustrer de ne pas partir, distorsion de la pensée, il ne devient plus noble. Que des inconvénients de ne plus partir. 

Oui, je pense que l’isolement renforce la solidarité. Peut être pas sur des usines à conserve, mais avec un petit équipage, la solidarité est presque immesurable. C’est peut être du au fait que comme chez les prisonniers, ils sont solidaires, car il y a l’isolement, ça préconditionne une solidarité, même si ça ne naît pas de l’amour, ni de l’amitié, c’est un sentiment beaucoup plus pur qui répond à une situation donnée.

C’est sur qu’on ne prend ou qu’on ne prendra pas la mer si l’équipage est merdeux. Ca crée une solidarité, mais ça peut engendre des engueulades, du stress, mais ça se résorbe facilement, par exemple dans un coup de chien. Ca se résorbe, c’est rare que ça tourne mal.

Dans un équipage extérieur, une personne en plus, ça peut foutre la merde, car il y a exclusion de la nouvelle personne. Les autres sont habitués à vivre ensemble. Je l’ai vu sur les charters. Dans un premier temps en tant que skipper, tu dois faire tout pour la rentrer. Des apartés qui contredisent la solidarité.

Les pêcheurs savent tous les jours, ensemble, risquer leur vie pour les autres. C’est très naturel. Si le mec tombe à la mer, ils vont tout faire pour le récupérer, il ne sera pas largué à moins que ce soit des assassins. Il ne peut pas être largué. C’est une norme sans être une norme, une loi sans être une loi. 

Oui, cette solidarité est plus que nécessaire, elle est importante, elle est vitale. Il n’y a plus personne qui partirait si elle n’existait pas. On ne partirait plus.

Ceux qui partent tout seul, c’est une force de caractère. Je pourrais facilement le faire, je l’ai fait un peu. Mais c’est un aparté. Déjà ce sont des gens qui n’ont pas peur de la solitude. Ils font un pas que ne fait pas tout le monde. C’est de l’inconscience, chez certains. J’en ai rencontré un ancien camionneur, il était depuis deux ans déjà sur un bateau, mais un tel extrême ! Il s’est fait couper l’orteil qui était gonflé comme une rose. Il disait regardez, je ne sens rien. C’est un peu de l’inconscience, car il n’a pas pris de précaution et risque un pépin de l’ordre du non retour.

On ne prend pas du tout les mêmes risques, quand on est seul. Si les gens ne sont pas conditionnés à cela. Le pas que fait la personne, c’est de surmonter la peur de se retrouver dans un pépin toute seule. 

On cherche à désamorcer le conflit, par tous les moyens. Comme dans un charter, si jamais il y a une personne qui fout la merde, j’ai le droit de la débarquer, car ça peut être dangereux. Tu essaies de désamorcer, de calmer, mais cette personne doit être débarquée, car si il y a un danger, elle n’aidera pas. Sur un bateau, il faut être unis. 

La nouvelle personne, par moments, elle est exclue au début ; sa main d’œuvre sera la bienvenue, donc on va l’intégrer malgré l’exclusion directe. A l’apéro, dans la conversation, au début, elle sera exclue. Il faut qu ‘elle donne de soi et que l’équipage donne du leur pour l’intégrer, car le milieu est très restreint. C’est pas évident. 

C’est toujours la même personne qui prend les décisions. Mais s’il y a un accord mutuel dans la plaisance, pour changer de cap, pour voir autre chose, en cas de problème technique comme si une dépression arrive, c’est la même personne qui va décider le changement de cap. C’est la même personne, toujours la même personne.

Une personne empoche la responsabilité. C’est une loi. S’il y a un pépin, il ne faut pas de divergence dans la responsabilité. 

Les équipiers ne sont pas obligatoirement polyvalents. Mais à partir d’un certain stade, tu peux faire un peu tout car tu as des notions. Tu as vite fait d’apprendre le fonctionnement. Tu es à même au bout de 3 ou 4 ans de faire tout. Il y a des gens pas du tout polyvalents, dans le domaine du sport, du loisir de la passion. 

A terre, ça dépend dans quelle situation, la relation change, tu vas rester en contact, l’influence du monde change. La proximité, la profession, tout change. Tu as perdu tout en gardant l’amitié, tu vas perdre la relation. Mais c’est surtout en fonction des gens. C’est impulsif, c’est la manière de rentrer dans les amitiés. Ca crée un choc psychologique, quand tu rencontres une personne que tu as perdue de vue depuis longtemps. Tu réagis ensuite selon la pensée. 

L’interaction entreprise sur terre ne déclenche pas la même solidarité. Pourtant nettoyer la plage entre riverains, c’est de la solidarité. Ils sont tous solidaires envers un point commun, pour entreprendre quelque chose en groupe, ensemble, pour une entreprise collective.

Sur le bateau, je ne pense pas que ça soit le fait d’entreprendre quelque chose ensemble, c’est le fait de se retrouver dans un espace réduit, sur un milieu qui n’est pas le sien.

Le mec, le jeune sur un bateau qui ne peut pas engrainer la poulie, va être tout de suite pris en charge, non pas pour l’apprentissage, mais pour la sécurité de l’équipage, celui qui va faire à sa place, c’est la réalité pour parer à un danger. Une poulie mal engrenée, c’est très dangereux pour tous.

La solidarité, n’est pas dans le bonheur ou le bon fonctionnement, la solidarité, c’est dans l’extrême, c’est aider les gens par un sentiment pur et simple.

Même des gens qui ne s’entendent pas. Les mecs, même s’ils ne se connaissent pas, ils ne sont rien, solidarité par le fait d’être dans le même bateau. Tu espères que les gens vont faire avec toi, ce que tu fais pour eux. Mais c’est spontané. 

 
RAPPORT NAVIRE AUTRES 
 

On se fait des signes amicaux. Oui, on salue, les autres bateaux, les barques de pêche etc… On se dit bonjour. En mer dès fois, c’est sporadique, de rencontrer un bateau, tu dis bonjour, sauf dans les coins où il y a trop de monde. On fait en sorte de respecter la priorité, on se rapproche, le premier réflexe, c’est d’aller voir l’autre et l’autre aussi si l’on est sur la même route. Dès qu’on se voit, on se regroupe pour se mesurer, pour se voir… Tu vois un bateau tous les trois ou quatre jours, alors quand tu en vois un, tu vas le voir. 

 
DEFINITION DES TERMES
 
 
Tout ça se regroupe.

La solidarité, c’est aider les gens sans réfléchir, l’amitié, aimer les gens ; Tu es solidaire ou tu ne l’es pas. En règle générale les gens de mer sont solidaires. Ils ont un sens très approfondi de l’amitié. Une personne qui a des sentiments très négatifs envers autrui ne sera jamais solidaire.

Les gens pas solidaires qui ne savent pas être solidaires, dans les marins, ces gens seront tout seuls. Ils seront exclus, par exemple, les fachos qui méprisent les cap de Verdiens se retrouvent seuls. Il y avait un voleur noctambule au quotidien, entre mecs des bateaux, ils en ont désigné 4 ou 5 pour veiller toute la nuit. Ils l’ont tabassé et remis aux flics.

Des gens peuvent ne pas comprendre le pays où ils arrivent. Il y a des gens faibles qui n’appliquent pas les normes qui ont des envies, il se passe un phénomène de jalousie ou de vol… dès que tu mets le pied sur terre ils arrivent à 15 te demandent un job pour gagner trois ronds. Donc la réaction entre mecs de bateau est très différente, une personne non solidaire racontera que ça s’est mal passé. Le fait de s’asseoir sur ce qu’on t’a piqué, ça s’est de la solidarité. Question de bon sens, en réfléchissant, tu sais qu’une chose ne va pas sans l’autre. Aider par bon sens, tu l’as ou tu ne l’as pas.

Aider les gens, il y en a qui s’en foutent. Même dans le milieu de la mer, il y en a qui s’en foutent.
Par Grassineau Benjamin
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Lundi 26 mars 2007



La parole aux marins n°3. Serge, plaisancier.
 

A 23 ans j’ai commencé à faire du bateau, sur un habitable de 5 mètres 65, Jouët 18. J’ai appris tout seul, d’abord trois ou quatre fois avec cet ami. J’ai aimé d’emblée et ça m’a donné l’envie d’en construire un, dériveur en acier de 10 mètres. Je n’avais aucune notion à la base. J’ai lu des livres, posé des questions à des copains, fait des bêtises et puis réparé. 10 ans se sont écoulés entre le désir et la finition. 3 ans pour la réalisation du bateau.

Je suis parti en couple, nous avons divorcé après, mais non ça n’a pas cloché sur le bateau. De janvier 1994 à juillet 2003, j’ai vécu sur mon bateau… Madère… Dakar… Saloune… Cap Vert… Dakar… Saloune… Casamance… Cap Vert… Brésil… et rentrée…Au début nous étions deux, puis j’ai été tout seul pendant 6 ans. Oui, j’ai été navigateur solitaire par obligation, non par choix.


Sur un bateau, les occupations ne manquent pas, il faut gérer le vent, gérer la mer, gérer la nourriture, lire, la musique, pêcher pour la nourriture. Il n’y a pas d’obligation de travail là dedans, c’est pour mon plaisir.(très peu de bateaux n’ont pas de bouquin ! Ah, les bibliothèques de bateaux, beaucoup de romans…). Il y a toujours des prises de bec, des mises en place plutôt.


La solidarité sur un bateau, c’est vrai quand tu as un problème tu en causes, il y a une écoute. Quand tu es en mer, tu n’hésites pas à aller aider quelqu’un, tu ne te poses pas de question, s’il y a un danger. Pour ma part, je n’ai jamais rien eu de dramatique, que des petits trucs, des déséchouages… C’est en fonction des possibilités qu’on a de pouvoir aider. J’éteignais la VHF, car ça parle en toutes les langues.


Les gens de mer tant que ces gens là respectent la mer, je les respecte aussi. En général, ces gens là sont des grands humains, des gens la qui respectent l’entraide, il y a eux et ceux qui ne respectent pas la mer, ne respectent pas non plus l’entraide. Autrefois elle occupait la première place, mais aujourd’hui j’ai changé de vie et j’y passe moins de temps. Je n’étais pas plus seul en mer que si j’avais été à terre.


Oui des règles de vie particulières, tout au moins identique à celle des montagnards, de la vie dans le désert. Ce sont des milieux hostiles et différents, avec des mêmes règles de vie. On a vraiment l’impression de vivre dans un monde à part. C’est un monde choisi, pas subi. Il y a des gens de mer qui ont un esprit marin. D’autre part il faut savoir ses limites, ce sont ceux qui respectent la mer, savoir ses limites et ne pas les dépasser, pour ne pas mettre d’autres vies en péril. C’est pas un milieu où l’on fait le fanfaron, où l’on recherche la gloriole. Si tu te dépasses, c’est les éléments qui l’ont voulu et c’est pour sauver ta peau.


Ce qui me motive à partir en mer ? Une sérénité… C’est simplement le fait de partir. En mer j’ai l’impression d’être chez moi… le vent … le soleil… l’eau… tout cela est en mouvement et nous fait participer à la vie de la Terre. Même en plein marais où j’habite, tout cela est trafiqué, et le ciel on ne le voit pas dans ma maison. En mer, rien ne t’empêche à gérer ton déplacement. C’est une forme de liberté.


ENTRAIDE   

Oui, il y a une forme d’entraide sur le bateau, même si des fois il faut mettre les points sur les i . C’est une équipe. Ca dépend de la qualité des humains embarqués, car c’est une vie en communauté restreinte et que le bateau est un révélateur de caractère. Ca active, ça met plus fort les qualités et les défauts des gens. Non ce n’est pas une nécessité vitale due à l’isolement qui fait renforcer la solidarité, qui fait fonctionner la solidarité ; il faut la créer, voire l’obliger en parlant : tu donnes les règles, si il y en a un qui ne fonctionne pas, ce qui est très rare, c’est l’enfer. Tout le monde est au diapason, sans ça, c’est terrible ! tout alors devient de plus en plus difficile. Il y en a un qui va morfler et l’autre deviendra tortionnaire et le reste de l’équipage va morfler. Ca se passe très, très mal.

J’ai vu sur d’autres bateaux, une des deux personnes en litige ou plusieurs doivent être débarquées incessamment. Il ne faut pas chercher à comprendre, il faut débarquer.

Un nouvel arrivant, il faut lui expliquer les règles du bord, les quarts, pour manger, les corvées. Il faut que tous prennent leur part active. Les affinités, etc… c’est comme à terre. En bateau, il faut prendre énormément sur soi, sans ça, ça ne marche pas. On ne peut pas se cacher, sur un bateau.

La décision n’appartient qu’à une seule personne, le responsable du bateau, même si il y a une discussion avant. Les équipiers, s’ils ont des connaissances, ils sont compétents.
Ils apprennent après.
 

Les relations entre les membres de l’équipage à terre sont les mêmes si la traversée s’est bien passée. Si la traversée se passe bien, c’est souvent l’occasion de grandes bouffes, de grosses cuites… Tout le monde remet à plat ses petits problèmes et puis tout va bien ! A la deuxième étape après, c’est pas évident que les gens se voient.

 
RAPPORTS NAVIRE/AUTRES

C’est différent si c’est dans le pertuis ou en Afrique !
Je me refais aux normes locales, la courtoisie pour moi, tout au moins ici, c’est les règles maritimes, tribord à … voiliers prioritaires sur moteur, sauf si accès dans un chenal. C’est le respect des règles, ici. C’est l’application des règles, bête, pas de courtoisie. En Afrique, très peu de voiliers, pas de courtoisie, mais en règle générale, ils ne te rentrent pas dedans.
 
DEFINITION DES TERMES

La solidarité ? Une aide à une autre personne, sans attendre de retour, connue, pas connue. Une entraide désintéressée pouvant être anonyme. Tu peux aussi aider tes amis, ça s’appelle aussi de la solidarité. Tu n’es pas obligé de connaître la personne pour l’aider.

Ca se passe au port essentiellement, si tu connais la solution, tu la donnes. S’ils sont dans la dèche au niveau de la bouffe, tu te démerdes pour les aider. A l’étranger, il y a forcément un moyen (même activité, même nationalité), l’entraide peut se passer aussi à ce niveau là, même pas des gens de la mer.

En mer, c’est filer un coup de main à un bateau en difficulté, c’est pas aussi simple que ça, quand tu es en mer. Pour ma part j’ai juste sorti des gens qui s’étaient échoués.

C’est aussi, répondre à une situation de détresse morale physique ou matérielle, tu le vois bien, mais il n’y a pas que ans la détresse que tu vas aider les gens. A partir du moment où il y a un problème, tu vas aider les gens.

A partir du moment où il est humain, il n’y a aucune condition pour que j’aide quelqu’un. S’il est très désagréable, en mer je l’aiderai, là pas de couleur, c’est toujours. A terre, je ne suis pas tout seul, il peut y avoir des affinités. Le milieu marin est très sectaire, comme à terre, affinités ou pas mais en mer sur un bateau, il n’y a pas d’histoires de personnalité. En mer tu penses que les gens feront comme toi, c’est pour cela que tu ne regardes pas celui que tu aides.

C’est un monde que tu ne peux pas oublier, c’est un côté de moi qui ne disparaît pas, je ne rentre pas dans le moule, j’essaye de ne pas en faire trop, même si je suis né dans ce monde de terrien, dix ans de mer m’ont plus forgé que la terre. C’est viable que lorsque tu es sur l’eau. A terre ça ne sert plus à rien. Tu prends une démarche de pingouin un peu rigolote, qui n’est bien que lorsqu’il est dans l’eau.

Par Grassineau Benjamin
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