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Philosophies et pratiques de la voile pourave

Samedi 30 décembre 2006

Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué, mais les ports de nos pays soi-disant développés sont remplis de bateaux immobiles. C'est à dire de bateaux qui dorment, qui hibernent, même en été. A mon avis, c'est quand même une preuve indéniable de notre sous-développement. La plupart des bateaux sortent quoi, maximum une semaine par an ? En fait, je crois que la moyenne est de trois jours.

La question est donc : comment faire pour optimiser le parc à bateaux ? Comment faire pour que les bateaux de plaisance servent à autre chose qu'à meubler les soirées des citadins fortunés (je veux dire, les primitifs modernes) qui épatent leur galerie en montrant les photos de leur sortie de l'été à La Rochelle, Montpellier ou Cannes ? Comment faire pour empêcher cette armada de bateaux de moisir dans les ports, en été comme en hiver ?

La meilleure solution, c'est la voile pourave, bien entendu. Un bateau minable, délabré, qui donc a envie de montrer ses photos à sa petite galerie de bourges du centre-ville ou des quartiers résidentiels ?

Mais une autre solution, c'est de mettre son bateau en libre accès. Mais... Ca demande quelques réflexions. Disons qu'il y a différentes manières de mettre un bateau en libre-accès. Manières qui sont parfaitement compatibles avec nos petits instincts de capitalistes dont on aurait tort de se défaire.

1. Des bateaux privés que vous prêtez à titre grâcieux à vos amis ou à des gens de confiance, ou bien, à n'importe qui. Disons que c'est la solution bateau privé en libre accès.

2. Des croisières gratos. Vous invitez qui le veut bien sur votre bateau.

3. Des bateaux publics, mis à disposition des citoyens que nous sommes.

Le bateau en libre-accès, ça existe. Si on met de côté les aspects juridiques assez pénibles (assurance, problèmes de responsabilité, etc.), il est parfaitement possible de faire de votre bateau un bateau en libre accès. Bien sûr, bateau en libre-accès ne veut pas dire que vous vous privez de naviguer quand ça vous chante. Vous restez le maître absolu de votre bateau. Lorsque vous avez décidé que vous avez besoin de votre bateau, personne ne peut l'emprunter. Le reste du temps, chacun fait comme il en a envie. A vous de vous organiser. Passez des annonces ou commencez par en parler autour de vous, à des gens de confiance. Dans le pire des cas, vous le prêtez contre service rendu, un coup de peinture, un peu de matos, etc. Le gentil emprûnteur vous entretient votre bateau, et vous, vous lui prêtez votre épave...

Bien sûr, ça pose quelques petits problèmes au niveau des dégâts. Qui va payer l'éventuel naufrage ? Celui qui emprunte bien entendu. Il prend ses responsabilités. Si vous voulez faire les choses bien comme il faut, vous faites un contrat. Bon, enfin, à ce niveau là, tout est envisageable...

Concernant les croisières gratos, il faut bien comprendre, et faire comprendre, que vous ne faites pas de "cadeau" en invitant quelqu'un sur votre bateau. Chacun y gagne. Ce n'est pas un acte de philanthropie, c'est simplement, que c'est souvent plus sympa de faire du bateau à plusieurs que tout seul. Dans ces conditions, faire payer ne sert à rien. Sur le bateau, on vous prendra pour la boniche de service parce que quelqu'un qui paye, il va en vouloir pour son argent. Donc, c'est bête à dire, mais si vous voulez passer un bon mement, évitez de faire payer la croisière...

D'autre part, si vous êtes un adepte de la voile pourave, et j'espère que vous l'êtes à présent, vous partez sans une tune. Bon, ben ça facilite le pot commun, comme y a pas un rond dans la caisse... Mais à ce niveau, la meilleure règle est celle qui facilite la vie. On se prête de l'argent quand on en a envie, et puis point.

Venons-en aux bateaux publics. On l'a vu, la plupart des marins de plaisance utilisent leur bateau 3 jours/an. Arghh... There is a big problem. Il y aurait bien une solution pour les dissuader d'acheter un bateau et d'encombrer les ports. C'est de mettre des bateaux à libre disposition. On pourrait en mettre quatre ou cinq par petits ports, et une vingtaine dans les gros ports. Comme des gymnases publics en quelque sorte. Il n'y a rien de particulièrement neuf dans une telle idée.

Naturellement, on pourrait imaginer différentes formes de prêts : prêt à la journée, à la semaine, pour deux ou trois jours, etc. On pourrait s'inscrire sur des listes d'attente, les emprunter seul, ou être obligés de les emprunter à plusieurs. Quitte à se retrouver avec des inconnus. Dans ce genre de situations, il y aurait des règles démocratiques pour gérer la direction du bateau. Il faudrait aussi réfléchir à une technique pour faire en sorte que l'on puisse laisser des bateaux dans un port ou dans un autre. Ca permettrait des croisières et des déplacements assez longs. Par exemple, un certain nombre de bateaux seraient attachés à un port, d'autres seraient en libre circulation. Quand on aurait la chance d'en trouver un, on monterait dedans et c'est parti... On pourrait aussi imaginer un nombre de bateau maximum par port, ce qui obligerait les plaisanciers à changer de port si le nombre de bateaux publics est rempli. Ou des destinations obligatoires en fonction du nombre de places disponibles. Avec Internet, toutes ces techniques de coordination auto-régulée, ça serait de la rigolade...

En plus, comme ces bateaux seraient dans le domaine public, et ne seraient pas accaparés par une énième corporation de fonctionnaire, ils serait facile de les réparer. Tout le monde en serait responsable... Celui qui souhaiterait y apporter des améliorations pourrait le faire sans problème. Eventuellement, il pourrait se former gratuitement à la construction navale. Des bénévoles apporteraient leurs compétences... Un peu comme dans un SEL en somme. Ca fait que finalement, les bateaux seraient sûrement en meilleur état que tous ces bateaux privés qui moisissent dans les ports. Ou qui paraissent en bon état, mais qui moisissent quand même... Ajoutons à cela que les bénévoles pourraient librement donner des cours de navigation aux débutants. C'est toujours sympa de montrer sa science. En plus, ce côté communautaire sur les bateaux favoriserait l'esprit de la voile pourave et la fraternité sur mer, ce qui est finalement plutôt cool. Pour finir, notons qu'on pourrait assurer l'entretien des bateaux, lorsque c'est nécessaire par le prix des places de port pour les bateaux publics. Ce coût ne serait pas obligatoire, mais on pourrait payer quand même. Dans ce cas, l'argent public irait dans une caisse commune, où chacun pourrait puiser pour acheter du matériel nécessaire à l'entretien des bateaux publics. Il indiquerait, par Internet, qu'il faut investir dans telle ou telle pièce, et voilà...

Viva la voile pourave...

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- La bourse de la voile pourave


Par Grassineau Benjamin
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Dimanche 31 décembre 2006

Ceux qui font un peu de plaisance l'ont forcément remarqué, le prix des places de port est de plus en plus cher. Il n'est pas rare aujourd'hui de payer de 10 à 20 euros en saison pour passer une nuit au port. Et comme d'habitude, c'est le consommateur de base qui casque. Ce sont les pauvres comme vous et moi (enfin moi en tous les cas) qui paient pour les riches. Donc, faisons un peu de lutte des classes ! Après tout, si les premiers systèmes d'assurance sociale sont nés sur mer, ce n'est peut-être pas un hasard...

Posons donc la question directement, comment faire pour rendre les ports abordables, ou carrément gratuits ? Certains vous diront que le meilleur moyen de rendre les ports pas chers, c'est de les privatiser. A défaut de pouvoir noyer ces imbéciles, crachez leur à la gueule, ils l'ont bien cherché. Passons donc sur ces néo-libéraux (ou néo-marxistes, je ne vois pas trop la différence) sans cervelle...

Un port de plaisance, ça a plusieurs utilités. Dressons rapidement la liste.


1. Ca permet de faire hiverner des bateaux, de stocker du capital, de l'entretenir. Les séjours sont alors très longs et les bateaux bougent peu, parfois jamais. Ce qui n'empêche pas que les bateaux sont parfois entretenus car ils sont souvent bichonnés par leurs propriétaires. Dans le même genre, ca peut servir de vitrine promotionnelle pour vendre des bateaux.

2. Ca permet d'avoir son bateau à portée de main pour aller faire des tours à la pêche ou des sorties à la journée.

3. Ca permet de faire des croisières. Dans ce cas, les séjours sont plutôt brefs. Le plaisancier fait du cabotage ou des longs séjours. Parfois, il reste plus d'un mois au port, parfois une journée.

4. Ca permet de vivre au port. Il y a pas mal de gens qui vivent dans les ports. Difficile de dire le pourcentage. Mais ça existe. Malheureusement, on manque de statistiques sur le sujet. Mais peut-être de 1 à ¨5% dans les gros ports.

5. Ca permet de s'abriter, de se ravitailler, etc.


La liste n'est sûrement pas exhaustive. Mais ce n'est pas le plus important. Ce qui pose le plus de problème dans un port, c'est la fonction 1. Ce sont les bateaux qui moisissent dans les quais parce qu'ils servent à stocker du capital. Pire, l'augmentation du coût des séjours brefs tend à renforcer la fonction 1 (ca devient ultra-cher de sortir ne serait-ce qu'une semaine) et à transférer de l'argent des plaisanciers qui aiment bouger (les plaisanciers qui utilisent réellement les ports) vers ceux qui stockent leur capital (dont les courtiers de bateaux). Autrement dit, nous payons en naviguant les détenteurs de capital, c'est à dire, les capitalistes. Le consommateur de base, le local, paye pour le capitaliste, souvent citadin qui utilise son bateau pour sa promotion sociale ou pour stocker son capital. Ce qui me paraît franchement anormal. Donc, question : comment faire pour pénaliser les pratiques de type 1 ? Je n'ai pas fait maths-sup, je l'avoue, mais je vais quand même essayer de réfléchir au problème.

Pour pénaliser les pratiques de type 1, la solution n'est pas compliquée, il faut mettre en place des tarifs fondés sur une logique inverse de celle qui existe à l'heure actuelle. Plutôt que de mettre en place des tarifs qui sont dégressifs avec le temps passé au port, il faut mettre en place des tarifs qui sont progressifs avec le temps passé au port. Autrement dit, le plaisancier qui reste un ou deux jours au port, ne devrait même pas avoir à payer le port. C'est du service public. En restant une semaine, il commencerait à payer un petit quelque chose. En restant à l'année, il douillerait un maximum. Le coût par jour augmenterait avec le nombre de jours passés au port. L'avantage, c'est qu'au moins les bateaux circuleraient. Cela pénaliserait l'immobilisme et inciterait à la mobilité. Bien entendu, il faudrait adapter les tarifs à la météo. Une météo difficile rendrait les départs impossibles et le plaisancier aurait donc droit à une période gratuite au port supplémentaire.

On peut toutefois faire remarquer qu'il faut bien stocker les bateaux quelque part. Et les plaisanciers n'y sont pour rien. Une solution pour résoudre ce problème serait de mettre en place un système d'incitation à la mobilité. Le coût à l'année serait diminué en fonction du nombre de sorties à l'année. Plus le bateau sortirait durant l'année, moins le coût de stockage dans le port serait élevé. Il y aurait un avantage à un tel système. C'est que les plaisanciers seraient incités à prêter leurs bateaux, au lieu de les laisser croupir dans les ports. Il seraient en quelque sorte rémunérés lorsqu'ils prêteraient gratuitement leur bateau. Ce qui permettrait à n'importe qui de faire du bateau. Donc, 1. cela permetterait de démocratiser la plaisance. 2. cela diminuerait le nombre de bateau achetés et par suite, le nombre de bateaux présents dans les ports. Ce qui décongestionnerait les ports. Ajoutons à cela que les bateaux circuleraient plus souvent, donc les ports seraient encore plus libérés (plus de bateaux dehors, moins dans les ports). C'est sûr, ça ne ferait pas plaisir à Janneau, Benneteau et cie, mais bon, on est pas là pour leur bonheur. C'est eux qui sont là pour notre bonheur.

Certes, on peut envisager le problème suivant. Des petits malins bougeraient leur bateau tout le temps pour éviter de payer des frais de port. Ils pourraient également payer des gens pour bouger leur bateau tous les deux ou trois jours. Fort heureusement, avec l'informatique, de tels comportements seraient vite repérés. Un type qui fait tout le temps la navette entre deux ports devrait se justifier. En ce qui concerne les gens qui sortent à la journée pour aller pêcher, le problème serait identique. Ils seraient incités à prêter leur bateau pour éviter d'encaisser un "coût d'immobilisme" trop important.

Concernant les gens qui habitent dans les ports. Comme ce sont souvent eux qui font vivre les ports, il faut éviter de les pénaliser. On pourrait donc imaginer des tarifs "spécial résidents", nettement moins élevés que les tarifs "stockage de capital" (ceux qui veulent stocker du capital peuvent le faire à sec). Il serait facile d'amener la preuve qu'on réside bien dans le port. L'intérêt d'un tel système serait de favoriser la location de bateaux à des résidents. Ce qui, au passage, ferait des ports des lieux de vie, et non plus des parcs à bateaux mornes et désolants.

Il est clair que des ports complètement gratuits n'arrangeraient rien. Les places de port sont limités. De ce fait, la gratuité des ports conduirait à étendre indéfiniement les ports, ce qui nuierait aux éco-systèmes côtiers, et ce qui serait tout simplement débile. Notons que la privatisation conduirait au même résultat. A l'inverse, un système de tarification progressif pénaliserait les riches plaisanciers qui se servent des ports comme espace de stockage pour montrer leurs gros bateaux à leurs copains parisiens. Ceux-là, qu'ils restent chez eux, ou qu'ils douillent. Ils n'ont qu'à naviguer sur la Seine. Avec un système de tarification progressive, les ports redeviendraient des lieux de vie, seraient progressivement désencombrés et réapproprié par les "locaux" et les amoureux de la mer. Or, c'est bien eux qui font vivre les ports. Voilà, voilà...

Viva la voile pourave

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- La bourse de la voile pourave
Par Grassineau Benjamin
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Dimanche 31 décembre 2006

De nos jours, c'est un fait, la voile renvoie une image franchement sérieuse. Faire de la voile, c'est faire partie d'une classe aisée, c'est se la jouer, faire de la compète, épater la galerie. J'aimerais montrer ici qu'on peut en fait faire de la voile de manière totalement différente. Que la voile est par essence un truc de hippies, de beatniks, de gitans des mers et que là est sa vraie vocation.

Le nomadisme marin a une longue histoire. Rien de surprenant. Etre nomade a longtemps été le propre de l'homme (sur ce sujet, voir Jacques Attali, l'homme nomade). En plus, le nomadisme convient parfaitement aux besoins de l'être humain. Par exemple, selon Marshall Sahlins, un anthropologue, la pénurie et la pauvreté sont des inventions modernes, propres aux civilisations sédentaires. Là où on croit avoir fait un bond en avant avec notre soi-disant civilisation du progrès - je dirais plutôt, civilisation du sous-développement chronique - on s'aperçoit que nos conditions de vie ont en fait empiré.

Commençons donc par le commencement. Le nomadisme n'est pas une tare, c'est un mode de vie hautement civilisé. Nettement plus que cette civilisation du vide où l'on part en vacances comme des moutons sans que cela n'ait aucune signification, ou de cette civilisation où on travaille, on lutte, on se bat pour une compétition qui n'a strictement aucun sens. Ou encore, de cette civilisation où on croit dans des mythes politiques, scientifiques ou autres, qui sont tout aussi creux que les mythes de ceux qu'on a appelé des primitifs. Eux avaient leurs totems, leurs rites, nous avons les nôtres. En nous ruant dans des concerts, dans des amphithéâtres d'université, en affirmant fièrement nos goûts pour telle ou telle musique, telle ou telle oeuvre d'art (des nouveaux totems ?), en croyant dans la science moderne, en s'imaginant que ces simulacres de procès ont un sens et veulent dire quelque chose, en idôlatrant Jimi Hendrix, Ségolène Royal ou nos profs de fac, en nous offrant des cadeaux à noël, en nous ruant dans les grandes surfaces, nous sommes des mystiques, des superstitieux et des primitifs. Point, nous n'avons jamais dépassé ce stade.

Prenons donc cette idée comme point de départ. La civilisation nomade vaut largement notre civilisation pseudo-moderne. Nous sommes au pire des sous-modernes.

Partant de ce constat, le nomadisme marin, la voile pourave est une solution d'avenir. C'est une manière de reconsidérer l'existence. Le nomadisme marin est un nomadisme qui libère quelque chose de profondément ancré dans nos fibres. Nous avons besoin de bouger. La signification de nos existences ne se découvre que dans le mouvement. En étant statique, notre représentation du monde s'étiole, nous nous soumettons à l'apparence de l'inéluctable. Nous devenons conservateurs.

Le nomadisme est donc un art de vivre, une force de changement et une direction de vie. En devenant nomade, on trouve sa propre signification à ses actes, en dehors de l'apparence sociale qui nous conditionne. Or, le bateau est le meilleur moyen d'être nomade. Eventuellement, c'est un moyen de transport économe. On rencontre des tas de gens sympas. On peut trimbaler pas mal d'affaires (livres, culture, portables, vélos, etc.). On peut bosser à droite à gauche. On peut donc vivre comme un nomade, sans trop polluer, sans trop galérer, sans déranger...

L'idéal, de nos jours, et l'idée me plaît bien, serait que des nomades des mers s'agglutinent entre eux pour former de véritables sociétés fondées sur la libre association. Ils formeraient des sortes de groupes autonomes, transnationaux, où l'autonomie individuelle serait la règle d'or. L'exclusion, au sein de ces groupes, serait interdite par un code moral, et l'association entre des individus ou des équipages indépendants serait le principe de régulation fondamental.

Ces groupes nomades seraient des sortes de regroupement de beatniks modernes qui répandraient aux quatre coins du monde ce vent de liberté dont on a bien besoin aujourd'hui... Les nomades marins joueraient de la musique dans les villes, vivraient de pêche, de littérature, de travaux sur Internet ou de diverses ventes. Ce ne seraient pas des commerçants, appâtés par le gain, mais les citoyens d'une république de marins qui auraient pris la décision de vivre différemment, de faire passer des valeurs comme la liberté, la solidarité et l'autonomie, au dessus des valeurs occidentales de base qui nous pourrissent la vie. Par leur simple exemple, les nomades marins produiraient un déclic dans la vie de tous ces occidentaux désoeuvrés qui s'affairent avec sérieux et acharnement à reproduire un système franchement décadent.

Bien sûr, ce n'est pas une utopie que je décris ici, c'est le monde de demain. Vous verrez, on y viendra. Si un vent de liberté doit souffler sur nos continents, il soufflera par nos côtes, comme ça s'est toujours fait.

VIVA LA VOILE POURAVE

Sur le sujet.

- Nomade marin sur le Forum Hisse et Ho
-
Indonésie: Le mystère du peuple Badjos
- Un article sur le peuple Badjo.
- Tom Vater, Au large de la ThaïlandeLes Moken, nomades des mers Courrier international   no774, 01/09/2005, p.36-37
- Ivanoff, Jacques ; Reynard, Nicolas, Les nomades des mers, National Geographic France   no 68, 01/05/2005, 2-21
- Les nomades des mers en thaïlande.
- The moken, Sea-gypsies
- Sea gypsies, sur Wikipédia.
- Les nomades des flots.
- Les Vezos.
Par Grassineau Benjamin
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Vendredi 5 janvier 2007

Cette vision des nomades marins m'enchante et me ravit.
Elle a le goût acide de la madeleine à Marcel, avant
que le fric, la frime, et les fashion victims ne viennent
polluer une pratique saine, simple et naturelle.

Car cette voile là, vieux bateaux rafistolés ou constructions
amateur sommaires, équipés de bric et de broc, skippés par
des navigateurs aussi astucieux qu'impécunieux qui se
bonifiaient en cours de route, elle a bien existé du début
des années 70 jusqu'au milieu des 80'.

Elle a non seulement existé mais je l'ai connue.
Le fossile témoigne.
J'en fus un des chantres dans "Loisirs Nautiques", alors la revue
de référence des écumeurs de Bohème, et mieux encore
je l'ai pratiquée sur de vieux petits bateaux pourris,
sans moteur, prenant l'eau par les fonds, avec des voiles 100 fois
ravaudées, armés seulement d'un compas et d'un sextant.
Plus voile pourave que moi, tu meurs !

Mais attention, pas de misérabilisme.
Dans nos expéditions hasardeuses, nous étions des gentlemen
de la mer, des aristos de l'aventure, des marquis de la Dêche,
des dealers d'adrénaline condamnés à la perpétuelle partance.
Que du panache, pas de la petite bière !

Morte la voile pour tous ?
Benjamin la ressuscite. Avec finesse et avec force.
Les vieux marins peuvent enfin crever tranquilles dans leurs mouroirs.
Les nouveaux plaisanciers ne seront pas tous des bourges arrogants
qui croient que le monde entier est à vendre.
Vive les nomades marins, vive la voile pourave!

Christian Navis
http://christian.navis.free.fr
Par Grassineau Benjamin
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Samedi 6 janvier 2007

 

 

 

« Le ciel est ma patrie et la contemplation des astres ma mission »

 
Anaxagore de Clazomènes.
 


 
 

Clochard marin, clochard céleste, un air de famille ? Je vais répondre à cette question de manière détournée. Et si les philosophes pré-socratiques grecs avaient été des clochard marins ? Des clochards illuminés1 allant de village en village, de port en port2, non pas pour porter la bonne parole, mais pour déblatérer des inepties devant la foule qui les écoutait avec un mélange de mépris, de sérieux et de compassion3. Rétrospectivement, avec plusieurs siècles d'endoctrinement chrétien et scientifique, les clochards grecs nous semblent avoir été des hommes respectables. N'excellaient-ils pas en effet dans les arts intellectuels ? Ne furent-ils pas parmi les premiers à utiliser l'écriture pour propager leur philosophie ? N'ont-ils pas joué le rôle de conseiller du prince ? N'ont-ils pas pratiqué le commerce ?4 Peut-être. Mais c'est bien là un signe de la décadence de notre civilisation, que nous ne soyons même plus capables d'imaginer que les arts politiques et intellectuels5, le commerce et l'écriture, n'ont peut-être pas toujours été aussi prestigieux qu'aujourd'hui. Qui nous dit que chez les grecs antiques, il ne s'agissait pas d'activités de second rang, méprisables, douteuses, fantaisistes ? Peut-être les grecs affectionnaient-ils en priorité les arts de la guerre, de la table, le sexe, la navigation et la plaisanterie ? Plus j'y pense, plus je me dis que oui, finalement les tous premiers philosophes grecs ont très certainement été des clochards marins.


Soit, mais si c'est le cas, pourquoi les a-t-on écoutés ? Eh bien pour deux raisons. Tout d'abord parce qu'au fil du temps, à force de se faire chasser des ports ou des villes qu'il traversaient6, ils finirent par gagner leur lettre de noblesse et par se sédentariser. Quand les citoyens en eurent assez de les chasser, ils leur offrirent un statut. Et ils finirent même par les prendre au sérieux. Ensuite, parce que si dans notre civilisation du vide, la parole sacrée est monopolisée par les religieux, les politiciens de métiers et les scientifiques, ne doutons pas qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Dans les démocraties marines7, la parole était entre les mains des citoyens. Elle pouvait être accaparée par le premier venu. C'est pourquoi, chez les grecs, on devait écouter tout autant les branks et les clochards marins que les honnêtes hommes. Celui qui prenait la parole, qui parvenait à s'imposer devant une foule, triomphait, quelque soit son statut, et voilà tout. 


Ceci jusqu'au jour où avec Socrate, le clochard marin décide de renoncer à la sagesse. Il se transforme en militant, il veut imposer son dogme8. Il veut abandonner son statut précaire. Fini le rôle de clochard perdu, qui erre de port en port. Le nomadisme des pré-socratique, les délires mystiques prennent fin. Au départ, il entreprend de vendre ses idées dans des conférences privées ou en enseignant9. Puis place, avec Platon et Socrate, à la parole figée, au conservatisme, au royaume des certitudes. Le philosophe se transforme en expert, il veut devenir celui qui gère la cité. C'est décidé, le philosophe enseignera la vérité. Envers et contre ceux qui n'y croient pas. Fini le temps des jets de pierres et des bannissements, le clochard s'embourgeoise. Il faut bien vivre...

 

Donc, finalement, pendant que nous entassons nos clochards dans des squats, des foyers, que nous les méprisons, que nous les stigmatisons, nous sommes peut-être en train de nous fermer à une parole sacrée. À la parole du changement. Et croyant les enfermer, c'est nous-mêmes que nous enfermons. Car les sages des temps modernes, ce sont bien les clochards. Qui, hormis un clochard, peut se targuer d'être réellement détaché des ambitions matérielles ? Sûrement pas un intellectuel parisien, assurément.  

 

Notre société vit donc dans ce perpétuel mouvement de balancier. Tantôt nous penchons du côté du clochard céleste, du nomade, du monde de l'esprit, du relativisme, tantôt nous nous rabaissons au matérialisme, à l'académisme, au sédentarisme et au rationalisme. Nous passons alors du stade civilisé, celui du clochard céleste, au stade du primitif, celui de l'homme moyen contemporain. Comment ne pas voir, en effet, que nous sommes devenus des primitifs ? Nous nous ruinons, nous nous battons et nous détruisons notre environnement pour produire des choses qui ne servent à rien; nous partons à la cueillette remplir nos caddies; nous croyons fermement à des mythes scientifiques complètement loufoques; nous sommes tellement enfermés dans des rites, des codes, des habitudes que nous ne sommes même plus capables de les percevoir, etc. En plus, si l'on en croit Pierre Clastres, nous sommes bien plus soumis à nos chefs que dans les sociétés tribales. Si bien qu'en fin de compte, en terme de liberté individuelle, nous avons régressé...


Le clochard céleste refuse tout simplement cette civilisation du vide pour se réinventer son propre monde. Il est celui qui vit des étoiles. C'est à dire de rien. C'est un voyageur du vent, en perpétuel mouvement. Les étoiles sont son guide. Il dort dans les gares désaffectés, dans les champs, dans les squats, dans les décharges. Le clochard marin, lui aussi, se fie au vent et aux étoiles pour guider sa route. Il vit de peu de choses, de pêche, de petits boulots, de voyages, de littérature, de musique et de squats. Sa vie est rythmée par son propre mouvement et le mouvement des éléments. Lui aussi refuse ce monde sans vie, sans poésie, sans espoir10.


Le clochard marin élabore des théories sur le monde, des théories profondes qui naissent de sa propre subjectivité. Il reconnaît que chaque être humain, en tant qu'être en mouvement, est porteur d'une vision unique, d'une sensibilité propre. Il apprend au contact des hommes et des femmes, de la nature et des cultures, le respect des différences et la profondeur de la pensée d'autrui qui va bien au delà des clivages sociaux. Et il prend ainsi conscience de la vanité de l'apparence sociale. 
 
 
Clochard marin et clochard céleste vivent tous deux dans des lieux à la fois communs et marginaux. Leur monde a beau être celui des sédentaires, il n'en est pas moins complètement différent. Ils sont tous deux les habitants d'un monde à part, d'un monde où le vent et les étoiles sont leurs seuls et uniques maîtres. Tous deux ont choisi ce mode de vie, même si ce fut plus ou moins contraint. Ils l'ont choisi car ils reconnaissent dans ce mode de vie un mode de vie unique, où le monde se teinte d'une coloration différente, où les êtres humains deviennent leur compagnons de route et non plus leurs ennemis, leurs concurrents, leurs maîtres ou leurs valets.

 

Clochards marins et clochards célestes sont dans un état d'émerveillement chronique. Non pas que leur vie soit forcément belle et heureuse. Elle peut être décadente et harassante. Mais parce qu'ils découvrent sans arrêt un monde neuf. Parce que leur vie est tout entière tendue vers cet ailleurs qu'ils vont bientôt découvrir, vers ce monde qu'ils vont enchanter ou désenchanter avec leur propre regard. 
 
 
Clochards marins et clochards célestes sont sans arrêt sur le départ ou en mouvement. L'attente n'est que la période qui précède le départ, où ils s'émerveillent en se remémorant les anciens voyages, ou en imaginant les futurs voyages. Le voyage n'est que le moment où se prépare le repos. Et le départ, c'est le moment où ils commencent à ressentir la puissance vibrante de l'émerveillement qui commençait à se tarir. Chaque départ, chaque repos est un monde à part. Un monde où se reconstitue l'essentiel de leur être. 
 

Clochards marins et clochards célestes ont leur propre royaume, celui du vent, des étoiles et de la liberté. Leur parole est libre. Elle va comme le vent.



1L'idée est peut-être moins débile qu'elle en a l'air. Prenons le recueil de textes présocratiques de Jean-Paul Dumont, Les écoles présocratiques, Paris, Gallimard, 1998. Collection Folio/Essais. (notation : rien par défaut) et celui de Jean Voilquin, Penseurs grecs avant Socrate. De Thalès de Milet à Prodicos, Paris, Flammarion, 1988. Collection GF. (noté PG). Diogène Laërce raconte que Thalès eut une vie solitaire et privée, et resta célibataire toute sa vie (p. 12). Or, chez les grecs, un tel statut devait très certainement être précaire. La preuve en est que sa mort est attribuée à la faim et à la soif (p. 17). Héraclite vit frugalement (p. 54), puis sombre dans la misanthropie, et s'en va dans les montagnes vivre de plantes et d'herbes. Il finit par s'enduire de bouse de vache, si bien qu'il meurt en se desséchant au soleil. Il est même dévoré par les chiens (p. 49-50). Timon, selon Diogène Laërce, raconte que tel un oiseau braillard, Héraclite injurie le public en parlant par énigme. Pythagore s'enterre durant trois années dans un appartement souterrain (p. 112). En une autre occasion, selon Apollonios, il entend une voix forte et surhumaine, ce qui terrifie la foule autour de lui. Il montre également à son public une jambe en or (p. 115). Ici, on est bien entendu à la limite de la raillerie et de la mystification. A la fin de sa vie, Empédocle se jette dans un cratère (p. 134). Démocrite aurait connu la ruine matérielle. Il fut pauvre et misérable et vécut des aumônes de son frère. Il aurait vécu dans une farouche solitude (PG, p. 163).

2Selon Diogène Laërce, Thalès fut chassé de Phénicie (p. 11) et parcourut l'Egypte (p.13). Pythagore voyagea également en Égypte (p. 112), et aurait été originaire de Samos ou tyrrhénien (p. 115). Jugeant indigne, en tant qu'homme libre, de soumettre à un despote dominateur, il partit en Italie (p.116). Il raconte aussi avoir été marin de Délos (p.117). Arrivé en Italie, les citoyens de Crotone comprennent qu'ils ont affaire à un homme qui a beaucoup voyagé (p. 117). Il aurait en effet appris son savoir au contact des égyptiens, des chaldéens et des phéniciens (p. 118). Il eut comme élèves des lucaniens, des messapiens, des picéniens et des romains (p. 120). Il voyagea également en Syrie (p. 122) et termina sa vie à Métaponte (p. 121). Arimnestos aurait quant à lui été en exil (p. 113). Et les autres pythagoriciens se déplacèrent également fréquemment (p. 123). Xénophane de Colophon fut vraisemblablement un poète errant (PG, p. 59). Empédocle voyagea lui aussi tout au long de sa vie (p. 132). Il est dit qu'il parcourut les cités avec une couronne d'or sur la tête, des chaussures de bronze, et une vieille baguette delphique (p. 134). Selon Strabon, Démocrite aurait parcouru une bonne partie de l'Asie, et aurait vécu plusieurs années à Athènes dans l'anonymat, tout en professant sa doctrine (p. 407). Il se serait rendu chez les chaldéens, à Babylone et chez les sophistes des Indes (p. 409). Selon Cicéron, Pythagore, Platon et Démocrite auraient été soucieux de s'instruire en voyageant dans les contrées les plus lointaines (p. 408). Protagoras se mit à parcourir la Grèce à l'âge de trente ans. Il enseigna en Sicile, en grande Grèce, à Thourioi (port d'Italie du Sud) et probablement à Cyrène (Lybie) (PG, p. 202). Il périt semble-t-il dans un naufrage en se rendant en Sicile (Ibidem). D'une manière générale, les sophistes firent de fréquents voyages, et avaient pour habitude de voyager de ville en ville (le plus souvent des villes portuaires) pour prodiguer leur enseignement qu'ils se faisaient rémunérer. Hippias parcourut ainsi de nombreuses villes (p. 746-747). En somme, qui étaient les philosophes grecs présocratiques ? Eh bien c'étaient des zonards des mers, qui vivaient de leur spectacle (leur enseignement), ou de diverses combines.

3Diogène Laërce raconte que Thalès est raillé par une vieille dame alors qu'il tombe dans un trou. Pour Platon, c'est par une servante thrace. Diogène Laërce raconte aussi qu'Anaximandre était raillé par la marmaille (p. 32). Précisons toutefois que le rôle de ces clochards célestes semble essentiel chez les grecs antiques, en tant qu'ils sont porteurs de stabilité sociale. Ainsi pour résoudre un conflit entre deux villes au sujet d'un trépied, on choisit de le remettre à Thalès. Car on sait qu'il est sage, détaché des choses matérielles, et qu'il ne pourra donc pas profiter du trépied ! Héraclite est quant à lui appelé par les éphésiens pour mettre en place des lois à leur usage. Mais il s'y refuse. Il préfère en fait jouet aux osselets avec des enfants plutôt que de conseiller politiquement les éphésiens qui, selon Diogène Laërce s'étaient attroupés autour de lui et semblaient trouver sa conduite bizarre. En effet, il les traite d'imbéciles parce qu'ils ne comprennent pas son attitude (p. 49). Mais il n'empêche qu'il est dit qu'il sauva les éphésiens lors d'un siège en leur donnant l'exemple de sa frugalité (p. 54). Les pythagoriciens étaient selon Jamblique demandés par les citoyens pour être à la tête du gouvernement et des affaires publiques (p. 123). Zénon d'Élée aurait quant à lui coupé sa propre langue avant de la cracher au visage d'un tyran. Devant un tel exemple, la foule se serait rué sur ce dernier et l'aurait lapidé (p. 364). En interprétant ces récits, on peut penser que le philosophe a, au commencement de la civilisation grecque, un statut de marginal, parfois étranger ou expatrié, proche du clochard, un peu dérangé, extrême dans son comportement, sage en ce sens qu'il n'est pas matériellement intéressé. Il peut donc endosser le statut de juge, de conseiller et de stabilisateur de l'ordre social, du fait de sa neutralité. Éventuellement, on peut même lui confier des fonctions de politicien, de dirigeant, car étant extérieur au débat, étant neutre par rapport aux intérêts des parties en conflit, il prend des décisions dans une certaine impartialité, et il ose faire ce que d'autres n'osent pas accomplir. Cependant, rien ne prouve que ces fonctions sociales étaient chez les grecs une source de prestige.

4Thalès pratiquait le commerce et la politique (p. 12, 22). Mais il pratiquait le commerce non pas de façon vénale, mais seulement pour prouver à quel point il est aisé de s'enrichir. Pline dit la même chose à propos de Démocrite (p. 409). Et pour Philon, Démocrite refusa la vile richesse qu'il aurait dû percevoir en héritant, pour se consacrer à la philosophie (p. 408). Il était selon Pline attaché à sa pauvreté (p. 409). Selon Hérodote, Thalès conseilla militairement de façon fort utile les ioniens (p. 19). Selon Élien, Anaximandre prit le commandement d'une colonie (p. 33) et sauva, selon Cicéron, les lacédémoniens d'un tremblement de terre qu'il avait prévu (p. 34) ! Héraclite aurait quant à lui renoncé au titre de roi et souhaitait par son discours ésotérique échapper au mépris qui résulte du succès (p. 50). Il méprise également l'invitation du roi Darius de se rendre en Perse, mais convainc le tyran Mélancomas de quitter le pouvoir (p. 53). Pythagore conseille les anciens à Crotone (p. 117). Empédocle eut lui aussi une carrière politique (p. 130) et il aurait protégé Agrigente d'un vent furieux et sauvé Athènes de la peste (p. 134-135). Selon Diogène Laërce, on confia sept fois à Archytas, le commandement suprême de sa cité (p. 274). Il dirigea également la ligue des italiens de Grande-Grèce (p. 275). Zénon d'Élée entrepris de renverser le tyran Néarque (p. 363). Philostrate raconte que Démocrite sauva aussi Abdère de la peste (p. 411). Quant à Gorgias, venu de Sicile, il prit la tête de l'ambassade des habitants de Léontium à Athènes, pour défendre leur cause (p. 690).

5Par exemple, selon Pline, Démocrite considérait que les riches citoyens dénigraient les études auquel il se livrait (p. 409).

6Par exemple, certaines sources affirment qu'Empédocle d'Argiente aurait été banni ou pendu (PG, p. 116). Anaxagore aurait été contraint de se réfugier à Lampsaque (PG, p. 143). Protagoras fut banni (PG, p. 202) et Prodicos, accusé de corrompre la jeunesse, fut forcé de boire de la cigüe (p. 730).

7De nombreux historiens ont avancé la thèse selon laquelle chez les grecs antiques, la naissance de la démocratie serait en grande partie à rattacher aux activités liées à la mer (pêche, commerce maritime, marine militaire, piraterie...). Rien d'étonnant à cela, on sait que les grecs étaient de grands navigateurs. Chez les présocratiques, la mer, en tous les cas, joue un rôle prépondérant. L'eau et le mouvement sont pour Thalès au principe de toute chose. Et les pêcheurs, la mer, le commerce maritime jouent un rôle de premier plan dans la mythologie qui s'est forgé autour de son personnage. Selon Hermias et Simplicius, Anaximandre assure lui aussi que le mouvement est un principe éternel (p. 37, 41). Il accorde également une place prépondérante à l'air qui génère la foudre, les orages et les typhons (p. 45). Héraclite fait du mouvement le principe de toute chose (p. 56). Il compare également le soleil, la lune à un vaisseau (p. 59) et à diverses reprises, il parle de la mer, des navires et des marins (p. 60). Quant à Pythagore, il prêcha un temps dans le port de Mésoponte (p. 114).

8C'est du moins l'hypothèse proposée par Voltaire. Pour la petite référence : Voltaire, Traité sur la tolérance, Les éditions du cheval ailé, Genève, 1948. Notons que le bannissement des pythagoriciens répond peut-être d'une même logique. On sait que les pythagoriciens tentèrent à diverses reprises de s'immiscer dans la vie politique. Au départ, on accepta leur contribution (p. 277), mais il est probable que devant leur intolérance, on finit par les exclure. C'est ce qui explique que les pythagoriciens furent ensuite bannis des cités où ils s'étaient établis (Dumont, p. 250). Le complot de Cylon contre les pythagoriciens, frustré de ne pas avoir pu recevoir l'enseignement de pythagore (p. 122) aurait alors été un des premiers mythes accompagnant la naissance d'une profession intellectuelle. Le complot vise en effet à assimiler ceux qui ne sont pas assez doués pour recevoir l'enseignement – des riches en l'occurrence – avec les persécuteurs. Par là, il faut entendre que ceux qui refusent l'enseignement, ou ceux qui veulent contester le pouvoir de la nouvelle corporation qui se met en place, et qui prétend gérer la cité, ou ceux qui veulent accéder au secret par la force « sans suivre l'enseignement », sont ceux qui conduisent à la ruine de la cité. Les ignorants deviennent donc les ennemis, les persécuteurs. Et ils persécutent parce qu'ils sont « frustrés » de ne pas avoir accès au savoir que les philosophes ont...

9Le coup d'envoi est donné par les sophistes. Mais les sophistes sont dans le fond, plutôt sympathiques... Simplement, ils vendent leur enseignement pour se faire un peu de tunes. Mais ils ne vont pas, comme les philosophes après Socrate, jouer les conseillers du prince. Protagoras est banni d'Athènes et ses livres sont brûlés en public (p. 663). Prodicos (p. 730) est quant à lui, condamné à boire de la cigüe. Leur démarche n'est donc pas autoritaire. Et ils se démarquent des post-socratiques par leur éthique relativiste. Peut-être faut-il alors voir dans leur attitude une résistance au socratisme qui se met progressivement en place. Car tandis qu'avec Platon, la philosophie se range dans le conservatisme, tandis que le philosophe veut survivre en devenant le conseiller du prince et en se sédentarisant, les sophistes tentent de conserver leur autonomie. Probablement y a-t-il eu durant la transition pré-post-socratique, une augmentation du coût de la vie, ou du moins, une difficulté grandissante à vivre en zonant. Les sophistes choisirent alors de de vendre leur enseignement, de faire de leur parole un spectacle, pour continuer à zoner et vivre de façon autonome. Hippias ne décrit-il pas l'autarcie comme la fin suprême ? (p. 746). Leur collecte de fond s'apparentait alors très certainement à une forme d'aumône, pouvant parfois même être lucrative. En d'autres termes, ils faisaient la manche. Rien de plus. Et ils s'en sortaient bien. Même si, bien sûr, ils devaient en rajouter un peu sur les sommes qu'ils récoltaient... Comme n'importe quel zonard...

10En fait, il y a plus qu'un air de famille entre clochards célestes et clochards marins. Car beaucoup d'écrivains de la beat generation naviguèrent. Jack Kerouac et Corso servirent dans la marine marchande. Lawrence Ferlinghetti y fut officier. Quant à Gary Snyder, il fut lui aussi matelot. Bob Kaufman fut quant à lui mousse dans la marine marine marchande. Il fit neuf fois le tour du monde

Quelques liens.

Le roman de Titouan.
- Jack Kerouac.
- Corto Maltese.
- La Beat Generation.
- Les présocratiques.



Par Grassineau Benjamin
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