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Les expéditions de voile pourave

Jeudi 31 août 2006

Quelques jours de voile pourave sur la Gironde (2005).

Les quais de Bordeaux

On part de Pauillac, c'était en été si je me rappelle bien. La gironde est un fleuve tout pourri. Absence presque total de plaisance dès qu'on part de la zone Royannaise. David n'y connaît rien à la voile. Kyzzi est une voileuse.

On s'achète des sardines à faire griller avant de partir, des bières et de la bouffe diverse et variée. Après Pauillac, on fait quelques ronds dans l'eau, puis on débarque à Patiras. Kyzzi connaîssait les proprios. On amarre le bateau à un  mouillage, et c'est parti. Un bon squat sur Patiras.

 On se fait un feu sur l'île, on grille les sardines à même le feu (pas besoin de grilles, on est des sauvages). Dans la journée, on va visiter l'île. Parfaitement déserte. Des champs d'agriculture industrielle à perte de vue. En visitant, on tombe sur une ferme abandonnée (c'est courant sur les îles de la Gironde, il y a même des villages abandonnés). On visite un peu les lieux, et on fait de la musique, enregistrée par Kyzzi, sur les nombreux trucs qui font du bruit dans une ferme abandonnée : gros trucs en métal, cuve, voitures, chaînes. Un superbe concert.

Le soir, on pieute dans le bateau.

Le lendemain on arrive à Blaye. Squattage des bars.

Sympathique.

On erre dans Blaye, en cherchant des trucs à faire.

Ca n'avait l'air de rien, ct pas sensas, mais ct un signe, la voile pourave renaissait de ses cendres.

Et ça n'était qu'un début.

Par Grassineau Benjamin
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Samedi 30 décembre 2006

Les quais de Bordeaux (bis)

Hourtin est une grande étendue d'eau dans les landes. David (un autre david) a la chance d'avoir sur le lac un bateau pourave. D'ailleurs, au passage, les lacs des landes sont un formidable vivier de bateaux pouraves. Il a un 7 m bien sympathique qu'il a laissé sur un mouillage, sans payer naturellement. Ce qui fait qu'il retrouve parfois son bateau sur les berges du lac après des tempêtes sans être prévenu, naturellement. A chaque fois, David panique et appelle du monde en renfort pour le déséchouer. Ca fait des expéditions sympas. On pique-nique, on rève en regardant l'horizon du lac. Ca fait un peu comme les Tuamotu, mais en différent.

En tous les cas, il laisse son bateau à libre disposition, chacun pouvant en faire quand il en a envie, ce qui ma foi est bien dans le trip voile-pourave. C'est un bateau en libre-accès. Mais avec David, vous avez surtout l'âme de la voile pourave tranquille, sans stress, sans prise de tête technique ou autre. Il faut dire que c'est un ancien scout marin. Le genre éclaireur en plus sérieux. En plus, son bateau est une merveille de simplicité, bien destroy, mais pas trop. Il reste des voiles qui ne se déchirent pas au premier coup de vent. Et Hourtin est un lac formidable, totalement désert hors saison et exotique. On se croirait sous les tropiques. Il y a de grandes dunes de sable. Et en général, on est les seuls à naviguer sur le lac.

En été 2004 ou 2005, j'ai oublié la date exacte, on part à 4 ou 5 sur son bateau. Navigation paisible. Beau soleil. Mais hélas, pas de vent. Conclusion, le soir on reste bloqué, impossible d'avancer. Car le bateau de David n'a pas de moteur. Mais par chance, David, est un pro de la godille, et il réussit quand même à nous faire atteindre la berge du lac. Hélas, quand on l'atteint, la nuit est quasiment tombée.

Bon, pas de panique. On rentre à pied. On suit le chemin à moto construit par les allemands durant la seconde guerre mondiale. Du moins c'est ce qu'il paraît. Deux ou trois jours après, on est retourné chercher le bateau avec David. Bon. Une belle expédition.

Moralité. Quand vous sortez sur un lac. Ne prévoyez rien (hormis les coups de tempête, tout de même). Laissez-vous aller, la rive n'est pas loin. L'improvisation est la meilleure technique de navigation.

Par Grassineau Benjamin
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Samedi 30 décembre 2006

Le port de La Rochelle

Si il y a une chose que j'aime tout particulièrement lorsque j'arrive dans un village, ou une ville, par la mer, c'est que c'est un monde complètement différent de celui où on arrive par la terre. C'est comme ça, on change de point de vue, et le monde est radicalement différent. Donc, avec Christophe et Eric, on était parti sur la Gironde, vers Royan. La veille, il me semble qu'on était à Mortagne. Je me rappelle plus exactement pourquoi. Mais en tous cas, c'était durant l'automne 2005.

Bon, on décide de s'arrêter à Saint-Georges de Didonne, à l'improviste. Ct le WE, personne dans le port. Vous avez du deviner la suite. Tranquille tout le WE. Reste une question. A quoi ressemble la journée d'un voileux pouraveux ?

D'abord, on erre dans le village. On admire. Quoi donc ? Les détails. Les détails de chaque maison, le décor ! Le décor des sédentaires, qui vivent pour l'apparence. Comme tout le monde, bien sûr. Donc, on visite. On observe. On scrute l'ordinaire. Mais comme on vient de la mer, l'ordinaire est extra-ordinaire. C'est ça l'intérêt. Par exemple, le jour, on va se poser sur la plage de Saint-Georges de Didonne. On dort à même le sable. Ca c'est la belle vie. Rien à penser. Juste à glander. Se laisser porter par les courants. On est paisible, alors que le monde s'affaire à bronzer, discutailler, rouler, produire et consommer. Pas besoin de se fatiguer à consommer, on respire le bon air de la mer.

L'idéal pour se nourrir serait de faire les poubelles des plages, ou d'aller taxer des pic-nics aux touristes. C'est un beau programme. Mais bon, le soir, on a des sardines. Comment on mange des sardines ? Eh bien, sans se fatiguer, pas besoin de grill, de barbecue, ou autre accessoire du joyeux campeur. Première tentative, on se trouve un terrain au bord de l'eau, un chantier en construction. Il y a tout, des pierres plates, des espèces de grilles, etc. Donc, on commence à faire le feu. Hélas, un sédentaire intervient, nous fait son numéro de gorille, et nous dit de quitter les lieux. Bon on s'éxécute. Inutile de lutter contre ce genre de crétins. Et puis, les sardines grillées, ca attend pas.

Donc, on continue à chercher un coin. On trouve un superbe lieu, au dessus d'une conche, avec le bruit des vagues. Encore la belle vie. On se pose, on fait le feu avec des branches prises à droite à gauche et on grille quelques sardine. Comment ? C'est bien simple. On les pique avec un bout de bois et on les met à griller direct sur le feu. C'est excellent, il y a pas à dire. Un peu sableux et cendreux, mais je me suis rarement autant régalé avec des sardines. Voilà. Une bien belle journée.

Le lendemain, on est parti, sans payer le port. Faut pas exagérer, ct le WE et y avait personne. Voilà, compte-rendu d'une petite excapade voile pourave.

Par Grassineau Benjamin
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Samedi 6 janvier 2007

Je vais essayer ici de relater quelques expériences de voile pourave que j'ai eu dans le cadre de la FEEUF. La FEEUF de La Rochelle, pour être précis. Bon, je vais essayer, mais le problème, c'est que ma mémoire commence légèrement à faire défaut. Ce sont des vieux souvenirs. A l'époque, j'avais entre 13 et 18 ans. Aujourd'hui, j'en ai 29. Autant dire que j'en ai oublié pas mal.

Le truc aussi, c'est qu'il faut rendre à César ce qui est à César. Le grand master de la voile pourave, c'était Julien Cerisier. Julien Cerisier, à l'époque, était un vrai furieux. Un génie méconnu. Pour le coup, c'était un vrai clochard céleste... Après, j'en ai rencontré plein des pseudo-rebelles qui se la jouent... Dans les villes, ça court les rues. Mais des comme lui, non. Un autre grand de la voile pourave, c'était Guillaume Frère, que je continue encore à voir. Olivier était aussi pas mal dans son genre (perdu de vue). Mais moi, je dois bien l'avouer, j'étais un peu périphérique. Disons que j'apportais ma touche déjantée (et à l'époque je l'étais), mais j'étais moins allumé que les deux autres. C'était plus intérieur. Faut dire aussi que j'avais loupé le grand épisode de la voile pourave : un été où guillaume, Julien et un pote à Julien, dont j'ai oublié le nom, étaient partis à trois sur le mousquète. Moi j'étais resté à bosser sur l'ile de ré comme poissonnier. Mais j'ai eu la chance d'aller quelques jours avec eux, et c'était bien sympa.

Bon, voilà ma conviction. Y a que dans ces petits groupes d'allumés qu'on peut inventer des trucs neufs. Et là dessus, on s'est défoulés. Honnêtement, on a à peu près tout inventé. Je ne dis pas bien sûr qu'on a pas fait des trucs que d'autres avaient déjà fait avant. Sûrement. Mais l'important, c'est qu'on les faisait sans le savoir. On le faisait pour nous, parce que ça nous faisait délirer, parce que entre 13 et 18 ans, on est tous des mines d'idées neuves, et parce qu'on était nos propres spectateurs. On copiait rien ni personne. On partait de zéro. On faisait ça parce qu'on aimait ça.
On le faisait pour nous marrer, ou parce qu'on était franchement perturbés... Déjà, le fameux mouvement de l'auto-production, dont j'ai découvert l'existence en 2003,on le faisait depuis plus de 10 ans. Mais on le faisait naturellement. On s'était fait un groupe, Pare-Battages, et on s'enregistrait sur des cassettes. On faisait des trucs super chelous, avec des bruits, de la musique déstructurée, des chansons qu'on inventait aux paroles délirantes, des trucs de casseroles. Je ne dis pas, on était un peu inspiré par Thiéfaine. Mais franchement, on faisait que du neuf. Et on se marrait bien. Et en tous cas, tout ce mouvement Underground, à 15 ans, on y connaissait rien. Les performances ? On l'a fait. Je me rappelle d'une journée où on avait été à la décharge de Rivedoux et où on s'était amusé à faire de l'art contemporain sur des vielles machines à laver, en explosant tout ce qu'on trouvait, et en faisant gicler des vieux pots de peinture. Ca valait bien du Jodorowsky. Y aurait encore plein de trucs à raconter, mais je vais me focaliser sur la voile pourave.

Comment ça s'est passé. Ben, c'est pas compliqué. A la FEEUF, en fonction de l'âge, on rentrait dans des groupes différents. Au départ les louveteaux, puis les éclaireurs, et enfin, le groupe des vieux (j'ai oublié le nom). Chez les éclais, on était encadré. Il y avait les responsables. Cela dit, autant le préciser, c'était super laxiste. Rien à voir avec les scouts. C'était grosso modo une expérience de communauté quasi-anarchiste. Pas d'uniforme ni rien. Les foulards, on en voulait pas. En plus, dès 13 ans, on entrait tous dans l'adolescence. A l'époque, je me souviens on avait regardé le film LES DOORS, on lisait du Baudelaire et on était tous complètement furieux. Donc, tout ce qu'était autorité, fallait oublier. Résultat, vous me croirez si vous voulez, mais on était à la limite de l'auto-gestion. Surtout les WE où on se barrait la nuit pour aller en ville. Et La Rochelle, la nuit, c'est une ville où tu peux à peu près tout faire. C'est vachement moins chiant que Bordeaux ou Paris.
Shooter dans les poubelles, c'est presque une tradition. Le nombre de conneries qu'on a alors pu faire, ça dépasse l'entendement. Parfois des conneries tendues puiqu'une fois, on s'était fait frapper et pourchasser par deux vieux bourrés d'un bar de Laleu. On l'avait échappé belle ! Mais je raconte pas toutes les conneries, parce que bon... faut pas donner le mauvais exemple. Durant les éclais, on était sur des canots bretons un peu miteux, et on faisait des camps itinérants. Déjà, c'était bien dans l'esprit de la voile pourave. Je veux dire, on se prenait pas la tête. La meilleure école de voile que j'ai jamais connu. A côté de la FEEUF, les glénants font pâle figure (les glénants c'est vraiment des gros, gros blaireaux). Mais où c'est devenu vraiment sympa, c'est après, parce qu'ils nous laissaient un mousquetaire à libre disposition. Le bateau appartenait à personne, donc personne pouvait jouer au chef. Il fallait juste qu'on y fasse un peu gaffe. Mais de toute façon, il était franchement pourave. Enfin, il roulait et c'était l'essentiel.

Donc, vous laissez un bateau habitable à une bande d'adolescents tous plus allumés les uns que les autres, et vous observez le résultat. Ben ça s'est pas fait attendre. On a fait n'importe quoi. Déjà notre bateau, il était crade. On foutait tout les déchets en vrac dans le fond du bateau, et on se prenait pas la tête. De temps en temps, y en avait un qu'avait une crise de rangement, et ça suffisait. Ensuite, dans les ports, on faisait n'importe quoi. Déjà, on se saoulait chroniquement. Ensuite, comme on était des bons ados excités, on foutait le bordel dans les bars. Rien de particulièrement original, mais on s'amusait bien. Ensuite on rentrait bourrés au port, et on foutait le bordel sur le port en hurlant jusqu'à 5 heures du mat. Pour finir, ça arrivait qu'on dorme sur les pontons. Après, quand je parle des casseroles qu'on jouait sur le port et qu'on faisait la manche, c'est authentique. La manche, c'est surtout Julien qui la faisait. Et à l'époque, il avait un tel regard de brank, que ça faisait peur aux bons touristes qui marchaient dans la rue. Julien c'était un vrai de vrai. Une sorte de Bukowski méconnu. En plus, il aimait jouer au caïd. Guillaume m'a raconté l'avoir vu aller insulter un groupe d'allemands qui mangeaient au restaurant. Comme ça, pour le plaisir. Et ça avait failli dégénérer. Mais le pire, c'est que c'était que des trucs comme ça tout le temps. Je raconterai un peu mieux dans un autre article, parce que ça en vaut la peine...

J'ai gardé un bon souvenir aussi, d'un petit voyage qu'on avait fait avec Guillaume. On était parti de La Rochelle, et on avait été jusqu'à Ars, et on avait fait un break par La Flotte. Là, on avait vraiment moisi le bateau, c'est bien simple, on foutait tous les déchets dans le fond de cale. Attention, on maîtrisait la voile côtière, mais de là à être propre... Ca sert à quoi ? On s'était arrêté à La Flotte, et on avait été piquer des pizzas dans le congélo de mon père (qui habite La Flotte), et des bouteilles de pinard. On avait rien pour les faire cuire, donc on s'était fait cuire ça à même la pierre, sur un feu fait à l'arrache. C'était pas dégueulasse. Après à Ars, on avait été piquer des melons dans un champ. Parce que mon grand truc moi, à l'époque, c'était de vouloir partir sur les routes, de dormir dans les champs et de me nourrir de trucs piqués dans les jardins. Autant dire que je l'ai jamais fait. Et qu'avec le temps, je me suis bien fait récupérer.

Bon, mais je vous le dis, la voile pourave renaît de ces cendres. Ca va chauffer !

Viva la voile pourave.
Par Grassineau Benjamin
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