Interview de Michel, ostréiculteur et plaisancier

Publié le par Grassineau Benjamin



La parole aux marins n° 4. ENTRETIEN SEMI DIRECTIF. Michel G. Ostréiculteur à Port des Barques (17).


Mon entreprise à moi, comment ça marche ? parce qu’à la limite, je fais un truc assez particulier, que tout le monde fait pas. C’est pour ça que ma façon de travailler est assez …, elle est comme tout le monde, mais on s’est spécialisé dans une certaine façon. C’est à dire que les ostréiculteurs de Marennes et d’Oléron, les ¾, ils vont de la petite à la grosse, que moi je fais que de la semence et je fais un petit peu de grosses pour ma femme, qu’elle les vende sur la côte. Mais autrement on vend pas, on fait pas de la grosse, c’est peut être pour ça que je suis pas le bon…

Mon entreprise est familiale. C’est à dire qu’on a deux structures. J’ai une société de type familial avec ma femme. Moi, je l’ai créée mon entreprise. Mon père m’a donné un tout petit parc et après je me suis débrouillé tout seul, voilà ! 12 ares, ça fait 1200 mètres carré.

Au départ je m’entendais pas trop avec mon père, il nous a donné à chacun des frères 12 ares de terrain et puis moi, j’ai fait l’école d’ostréiculture et de pêche et puis ça m’intéressait pas trop l’ostréiculture. Il nous a donné à chacun 12 ares et moi j’ai opté pour la pêche. 

Je suis parti à la pêche, j’ai fait faire un bateau et tout ça, puis moi, je suis parti.

Puis j’ai un frère qui est décédé, c’était lui qui était implanté dans l’ostréiculture, on était trois, donc j’ai racheté la part à mon frère, voilà donc ce qui m’a mis les deux pieds dedans.

On est trois à plein temps et puis après il y a les saisonniers, dix, mais là c’est pareil, je travaille avec mon frère, on a chacun notre entreprise, mais on travaille ensemble. Donc, j’en ai trois à plein temps, chez mon frère ils sont deux à plein temps, ce qui fait trois aussi, et on a jusqu’à dix, quinze saisonniers. Par contre on a le même matériel ce qui est un avantage.

 

Oui, dans mon entreprise à moi, il y a de la solidarité, chez nous les ostréiculteurs, il y a de la solidarité. La solidarité, c’est l’entraide aussi bien matérielle que financière, souvent aussi. Voilà. Oui, oui, il y a toujours un peu de rivalité, mais quand quelqu’un a besoin, tout le monde y va. 

Après la tempête, je crois pas que ça été là le gros truc, parce qu’enfin de compte on a bien été aidé au niveau de l’état. Donc, tout le monde s’y est mis aussi, mais tout le monde s’en est tiré.

Mais je vois « souventes fois » un qui a été malade pendant longtemps ou quoi, ou on donne des marées, ou on aide au niveau travail, ou ça nous est arrivé financièrement d’aider les gens. Enfin, çà ne dure qu’un an peut être, c’est pas des grosses sommes non plus, c’est du dépannage. Chez nous ça se fait, quoi. 

Je crois que c’est le monde de la mer qui est souvent comme cela. Enfin c’est vrai, il y a des exceptions mais on se donne la main.

Moi j’ai jamais eu besoin, je touche du bois, mais j’ai jamais été trop dans la difficulté. Mais moi j’ai des copains qui ont attrapé accident, qui ont été invalides pendant un an, de temps on a été donné un coup de main, quoi. D’autres aussi, ah non, je ne suis pas le seul comme ça.

Je m’occupe aussi beaucoup de collectif, quoi. Syndical, syndicat chez nous c’est un grand mot, c’est pas le syndicat politique, tel qu’on le conçoit. C’est plutôt association, une association professionnelle à Port des Barques on est peut être soixante et quelques, je ne sais pas s’il y en a quatre ou cinq qui n’y sont pas, non il n’y en a pas cinq.. Ca c’est…

Je fais donc partie du syndicat et puis après je suis membre d’une section régionale qui regroupe l’ensemble des professionnels de Marennes Oléron et de Poitou Charente. Donc c’est une activité qui prend beaucoup de temps.

 

Oh oui dans le monde de la pêche il y a la solidarité, mais il faut comprendre, la solidarité, c’est sur elle existe, mais, c’est l’esprit de compétition, là c’est à la pêche comme en ostréiculture, il faut tout le temps qu’on fasse mieux et plus que le voisin. A la pêche, c’est peut être encore plus prononcé, dans l’ensemble, c’est vrais qu’on est vachement solidaire, mais à la pêche, j’ai fait vingt ans la pêche et c’est vrai qu’effectivement en temps que patron, je ne donnais pas mes coins de pêche et que je l’ai toujours fait. Là, il n’y a pas de problème !!! Mais quand quelqu’un est en panne ou quoi ou n’importe quoi, ou qu’il y a un problème matériel, j’aide.

 

La VHF, oui on s’en sert, pour les plaisanciers au niveau des gens de la mer, il y a des très bons plaisanciers, au niveau des gens de la mer, il y a des plaisanciers, mais par contre avant il y avait un restrictif, maintenant tout le monde est plaisancier et ça n’amène pas que du bien. Le mot plaisancier, c’est vaste et dedans il n’y a pas que des bons. Chez les professionnels il n’y a pas que des bons non plus. Je ne sais pas mais ça a vachement évolué le monde de la plaisance. Avant dans le coureau, on voyait peut être par semaine et même l’été, il y avait peut être 100 bateaux, maintenant, il y en a 2000, donc, ça a explosé, voilà.

 

Pendant les vacances, je fais de la voile, on aime beaucoup ça.

Quand je vais me promener, mon bateau, il est basé en Martinique, et je vais un peu partout, je rayonne dans les îles, la dernière fois quand je suis parti, j’ai été au Vénézuéla, trois jours et demi, quatre jours de mer, ça dépend du vent. 

En tant que plaisancier, je n’ai jamais eu l’occasion de porter secours, en tant que professionnel de la pêche, alors oui. Mais il y a beaucoup moins de bateaux aux Antilles, qu’il y en a chez nous !

 

En tant qu’ostréiculteur, ça nous arrive souvent de ramener un collègue qui est en panne. Ou un qui est trop chargé, on lui ôte un peu de son poids, pour le mettre sur notre bateau pour pas que ça le gêne.

Quand le temps est trop mauvais, personne n’y va. Quand ça nous reprend et qu’on est à la mer, pas encore rentré, alors on rentre. 

(au niveau des piballes, c’est bien dommage, un jour il n’y aura plus d’anguilles, je ne peux pas cracher dans la soupe, j’ai vécu de cela)

La solidarité, du côté des paysans c’est pareil, je crois. Du côté des paysans, ceux qu’on connaît, ils s’aident quand même. Les autres corporations, je ne sais pas, je ne connais pas.

Les touristes, c’est pareil, au niveau d’un camping, ils se connaissent, moi je vais souvent au bistrot, au café et on entend des gens dire, j’ai emmené machin à la plage, j’ai emmené machin à la pêche, Ca doit être pareil. Le malheur de notre monde c’est quand les gens ne se connaissent pas.

Quand il y a quelqu’un en danger tout le monde y va. Non, l’assistance n’est pas liée à la connaissance. Non, non, jamais, non.

Non, on est peut être plus solidaire avec des gens avec qui on a des affinités , non, non.


Je ne sais plus, car je n’ai pas les chiffres en tête, mais le nombre d’exploitation à Marennes, Oléron, c’est plus de 70%. Quand on appelle une exploitation familiale, c’est le mari, la femme et les enfants qui travaillent ensemble. Oui, presque toujours, c’est héréditaire, le pourcentage, je ne le sais pas. Mais je le vois dans les jeunes, car je fais partie du conseil d’administration du lycée de la mer.

On a plus de départ à la retraite que de repreneurs. Ah oui, on avait peut être 10 départs à la retraite, pour un repreneur. Ca s’agrandit les exploitations, le voisin prend toujours le meilleur. Et puis dans une exploitation tout n’est pas toujours bon à 100%. Alors, le mauvais c’est perdu. Tout le monde veut que du bon. Chez nous c’est particulier, on n’est pas propriétaires, on est les fermiers de l’état, nos concessions ne nous appartiennent pas.

Quand on ne trouve pas repreneur, c’est l’état qui reprend possession des parcelles de terrain, il les met à l’affichage et tous les professionnels, peuvent y accéder. Ils favorisent les jeunes par rapport aux vieux. On a une rémunération en point et en âge. Ca part de la compétition.

J’ai une fille , mais elle ne reprendra pas

Même pour moi aujourd’hui, l’état peut annuler mon droit de location. On a des bails de 25 ans. Mais si l’état dit aujourd’hui on a un projet quelconque… Mais de droit l’état peut reprendre son bien.

 

Moi j’aime mon métier, moi j’adore ça, mais ce qui est dommage, c’est que nombre de mes copains disent, ah bien non, mon fils ne fera pas l’ostréiculture, c’est dommage car on a un beau métier. On a un beau métier quand même. C’est différent de la pêche, mais c’est bien. 

Le monde de la mer est très différent, on a pas du tout le même point de vue, on a pas la même vision des choses. Parce que, pourquoi, je ne sais pas. Peut être dans l’agriculture, dans l’agriculture, c’est pareil, les vrais paysans ils aiment ce qu’ils font, ils aiment leur terre. Et nous, c’est pareil le monde de la mer c’est ça. J’aime tout, tout quoi dans ce métier et mes ouvriers je crois que c’est pareil, il y a Pierre qui est avec nous, il était avec nous depuis l’âge de 14 ans. Il était à l’école , le week end il vient travailler avec nous, il a 30 ans maintenant.

Je vois Didier, il était avec moi comme matelot quand je faisais la pêche, on avait 20 ans chacun, il est parti à terre, mais il est revenu avec moi maintenant. Lui c’est pareil il est revenu, parce qu’il aime.

 

A tout je rattache la solidarité dans notre monde, aussi bien dans le travail que dans l’effort financier.

 

Nous on a eu une bonne base, contrairement à la génération de mon père où c’était juste après guerre, ils ont pas eu tout ça. Mon père c’était un marin, il a fait l’ostréiculture, son père faisait l’ostréiculture aussi. Je suis ostréiculteur, fils d’ostréiculteur et petit fils d’ostréiculteur. Avant il n’y avait pas d’ostréiculteurs, avant c’étaient des marins. Avant loin, loin, chez nous on a été tout le temps à la côte.

J’ai des cousins partout à l’île de Ré, à l’île d’Oléron, comme ils naviguaient beaucoup à la voile, on avait de la famille partout, comme ça ils rentraient aussi bien à la Rochelle qu’à Oléron. Mon père me racontait que quand il était gamin dès fois, ils partaient pour une journée, et ils pouvaient revenir qu’une semaine après. Grand mère s’était habituée. Pas de vent ou du trop mauvais temps

C’était dangereux quand même, quoique à l’abri des îles, encore faut il pouvoir rentrer dans le pertuis, car il y a des moments où c’est… Tout le transport se faisait par bateau.

Commenter cet article