Clochard marin, clochard céleste

Publié le par Grassineau Benjamin

 

 

 

« Le ciel est ma patrie et la contemplation des astres ma mission »

 
Anaxagore de Clazomènes.
 


 
 

Clochard marin, clochard céleste, un air de famille ? Je vais répondre à cette question de manière détournée. Et si les philosophes pré-socratiques grecs avaient été des clochard marins ? Des clochards illuminés1 allant de village en village, de port en port2, non pas pour porter la bonne parole, mais pour déblatérer des inepties devant la foule qui les écoutait avec un mélange de mépris, de sérieux et de compassion3. Rétrospectivement, avec plusieurs siècles d'endoctrinement chrétien et scientifique, les clochards grecs nous semblent avoir été des hommes respectables. N'excellaient-ils pas en effet dans les arts intellectuels ? Ne furent-ils pas parmi les premiers à utiliser l'écriture pour propager leur philosophie ? N'ont-ils pas joué le rôle de conseiller du prince ? N'ont-ils pas pratiqué le commerce ?4 Peut-être. Mais c'est bien là un signe de la décadence de notre civilisation, que nous ne soyons même plus capables d'imaginer que les arts politiques et intellectuels5, le commerce et l'écriture, n'ont peut-être pas toujours été aussi prestigieux qu'aujourd'hui. Qui nous dit que chez les grecs antiques, il ne s'agissait pas d'activités de second rang, méprisables, douteuses, fantaisistes ? Peut-être les grecs affectionnaient-ils en priorité les arts de la guerre, de la table, le sexe, la navigation et la plaisanterie ? Plus j'y pense, plus je me dis que oui, finalement les tous premiers philosophes grecs ont très certainement été des clochards marins.


Soit, mais si c'est le cas, pourquoi les a-t-on écoutés ? Eh bien pour deux raisons. Tout d'abord parce qu'au fil du temps, à force de se faire chasser des ports ou des villes qu'il traversaient6, ils finirent par gagner leur lettre de noblesse et par se sédentariser. Quand les citoyens en eurent assez de les chasser, ils leur offrirent un statut. Et ils finirent même par les prendre au sérieux. Ensuite, parce que si dans notre civilisation du vide, la parole sacrée est monopolisée par les religieux, les politiciens de métiers et les scientifiques, ne doutons pas qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Dans les démocraties marines7, la parole était entre les mains des citoyens. Elle pouvait être accaparée par le premier venu. C'est pourquoi, chez les grecs, on devait écouter tout autant les branks et les clochards marins que les honnêtes hommes. Celui qui prenait la parole, qui parvenait à s'imposer devant une foule, triomphait, quelque soit son statut, et voilà tout. 


Ceci jusqu'au jour où avec Socrate, le clochard marin décide de renoncer à la sagesse. Il se transforme en militant, il veut imposer son dogme8. Il veut abandonner son statut précaire. Fini le rôle de clochard perdu, qui erre de port en port. Le nomadisme des pré-socratique, les délires mystiques prennent fin. Au départ, il entreprend de vendre ses idées dans des conférences privées ou en enseignant9. Puis place, avec Platon et Socrate, à la parole figée, au conservatisme, au royaume des certitudes. Le philosophe se transforme en expert, il veut devenir celui qui gère la cité. C'est décidé, le philosophe enseignera la vérité. Envers et contre ceux qui n'y croient pas. Fini le temps des jets de pierres et des bannissements, le clochard s'embourgeoise. Il faut bien vivre...

 

Donc, finalement, pendant que nous entassons nos clochards dans des squats, des foyers, que nous les méprisons, que nous les stigmatisons, nous sommes peut-être en train de nous fermer à une parole sacrée. À la parole du changement. Et croyant les enfermer, c'est nous-mêmes que nous enfermons. Car les sages des temps modernes, ce sont bien les clochards. Qui, hormis un clochard, peut se targuer d'être réellement détaché des ambitions matérielles ? Sûrement pas un intellectuel parisien, assurément.  

 

Notre société vit donc dans ce perpétuel mouvement de balancier. Tantôt nous penchons du côté du clochard céleste, du nomade, du monde de l'esprit, du relativisme, tantôt nous nous rabaissons au matérialisme, à l'académisme, au sédentarisme et au rationalisme. Nous passons alors du stade civilisé, celui du clochard céleste, au stade du primitif, celui de l'homme moyen contemporain. Comment ne pas voir, en effet, que nous sommes devenus des primitifs ? Nous nous ruinons, nous nous battons et nous détruisons notre environnement pour produire des choses qui ne servent à rien; nous partons à la cueillette remplir nos caddies; nous croyons fermement à des mythes scientifiques complètement loufoques; nous sommes tellement enfermés dans des rites, des codes, des habitudes que nous ne sommes même plus capables de les percevoir, etc. En plus, si l'on en croit Pierre Clastres, nous sommes bien plus soumis à nos chefs que dans les sociétés tribales. Si bien qu'en fin de compte, en terme de liberté individuelle, nous avons régressé...


Le clochard céleste refuse tout simplement cette civilisation du vide pour se réinventer son propre monde. Il est celui qui vit des étoiles. C'est à dire de rien. C'est un voyageur du vent, en perpétuel mouvement. Les étoiles sont son guide. Il dort dans les gares désaffectés, dans les champs, dans les squats, dans les décharges. Le clochard marin, lui aussi, se fie au vent et aux étoiles pour guider sa route. Il vit de peu de choses, de pêche, de petits boulots, de voyages, de littérature, de musique et de squats. Sa vie est rythmée par son propre mouvement et le mouvement des éléments. Lui aussi refuse ce monde sans vie, sans poésie, sans espoir10.


Le clochard marin élabore des théories sur le monde, des théories profondes qui naissent de sa propre subjectivité. Il reconnaît que chaque être humain, en tant qu'être en mouvement, est porteur d'une vision unique, d'une sensibilité propre. Il apprend au contact des hommes et des femmes, de la nature et des cultures, le respect des différences et la profondeur de la pensée d'autrui qui va bien au delà des clivages sociaux. Et il prend ainsi conscience de la vanité de l'apparence sociale. 
 
 
Clochard marin et clochard céleste vivent tous deux dans des lieux à la fois communs et marginaux. Leur monde a beau être celui des sédentaires, il n'en est pas moins complètement différent. Ils sont tous deux les habitants d'un monde à part, d'un monde où le vent et les étoiles sont leurs seuls et uniques maîtres. Tous deux ont choisi ce mode de vie, même si ce fut plus ou moins contraint. Ils l'ont choisi car ils reconnaissent dans ce mode de vie un mode de vie unique, où le monde se teinte d'une coloration différente, où les êtres humains deviennent leur compagnons de route et non plus leurs ennemis, leurs concurrents, leurs maîtres ou leurs valets.

 

Clochards marins et clochards célestes sont dans un état d'émerveillement chronique. Non pas que leur vie soit forcément belle et heureuse. Elle peut être décadente et harassante. Mais parce qu'ils découvrent sans arrêt un monde neuf. Parce que leur vie est tout entière tendue vers cet ailleurs qu'ils vont bientôt découvrir, vers ce monde qu'ils vont enchanter ou désenchanter avec leur propre regard. 
 
 
Clochards marins et clochards célestes sont sans arrêt sur le départ ou en mouvement. L'attente n'est que la période qui précède le départ, où ils s'émerveillent en se remémorant les anciens voyages, ou en imaginant les futurs voyages. Le voyage n'est que le moment où se prépare le repos. Et le départ, c'est le moment où ils commencent à ressentir la puissance vibrante de l'émerveillement qui commençait à se tarir. Chaque départ, chaque repos est un monde à part. Un monde où se reconstitue l'essentiel de leur être. 
 

Clochards marins et clochards célestes ont leur propre royaume, celui du vent, des étoiles et de la liberté. Leur parole est libre. Elle va comme le vent.



1L'idée est peut-être moins débile qu'elle en a l'air. Prenons le recueil de textes présocratiques de Jean-Paul Dumont, Les écoles présocratiques, Paris, Gallimard, 1998. Collection Folio/Essais. (notation : rien par défaut) et celui de Jean Voilquin, Penseurs grecs avant Socrate. De Thalès de Milet à Prodicos, Paris, Flammarion, 1988. Collection GF. (noté PG). Diogène Laërce raconte que Thalès eut une vie solitaire et privée, et resta célibataire toute sa vie (p. 12). Or, chez les grecs, un tel statut devait très certainement être précaire. La preuve en est que sa mort est attribuée à la faim et à la soif (p. 17). Héraclite vit frugalement (p. 54), puis sombre dans la misanthropie, et s'en va dans les montagnes vivre de plantes et d'herbes. Il finit par s'enduire de bouse de vache, si bien qu'il meurt en se desséchant au soleil. Il est même dévoré par les chiens (p. 49-50). Timon, selon Diogène Laërce, raconte que tel un oiseau braillard, Héraclite injurie le public en parlant par énigme. Pythagore s'enterre durant trois années dans un appartement souterrain (p. 112). En une autre occasion, selon Apollonios, il entend une voix forte et surhumaine, ce qui terrifie la foule autour de lui. Il montre également à son public une jambe en or (p. 115). Ici, on est bien entendu à la limite de la raillerie et de la mystification. A la fin de sa vie, Empédocle se jette dans un cratère (p. 134). Démocrite aurait connu la ruine matérielle. Il fut pauvre et misérable et vécut des aumônes de son frère. Il aurait vécu dans une farouche solitude (PG, p. 163).

2Selon Diogène Laërce, Thalès fut chassé de Phénicie (p. 11) et parcourut l'Egypte (p.13). Pythagore voyagea également en Égypte (p. 112), et aurait été originaire de Samos ou tyrrhénien (p. 115). Jugeant indigne, en tant qu'homme libre, de soumettre à un despote dominateur, il partit en Italie (p.116). Il raconte aussi avoir été marin de Délos (p.117). Arrivé en Italie, les citoyens de Crotone comprennent qu'ils ont affaire à un homme qui a beaucoup voyagé (p. 117). Il aurait en effet appris son savoir au contact des égyptiens, des chaldéens et des phéniciens (p. 118). Il eut comme élèves des lucaniens, des messapiens, des picéniens et des romains (p. 120). Il voyagea également en Syrie (p. 122) et termina sa vie à Métaponte (p. 121). Arimnestos aurait quant à lui été en exil (p. 113). Et les autres pythagoriciens se déplacèrent également fréquemment (p. 123). Xénophane de Colophon fut vraisemblablement un poète errant (PG, p. 59). Empédocle voyagea lui aussi tout au long de sa vie (p. 132). Il est dit qu'il parcourut les cités avec une couronne d'or sur la tête, des chaussures de bronze, et une vieille baguette delphique (p. 134). Selon Strabon, Démocrite aurait parcouru une bonne partie de l'Asie, et aurait vécu plusieurs années à Athènes dans l'anonymat, tout en professant sa doctrine (p. 407). Il se serait rendu chez les chaldéens, à Babylone et chez les sophistes des Indes (p. 409). Selon Cicéron, Pythagore, Platon et Démocrite auraient été soucieux de s'instruire en voyageant dans les contrées les plus lointaines (p. 408). Protagoras se mit à parcourir la Grèce à l'âge de trente ans. Il enseigna en Sicile, en grande Grèce, à Thourioi (port d'Italie du Sud) et probablement à Cyrène (Lybie) (PG, p. 202). Il périt semble-t-il dans un naufrage en se rendant en Sicile (Ibidem). D'une manière générale, les sophistes firent de fréquents voyages, et avaient pour habitude de voyager de ville en ville (le plus souvent des villes portuaires) pour prodiguer leur enseignement qu'ils se faisaient rémunérer. Hippias parcourut ainsi de nombreuses villes (p. 746-747). En somme, qui étaient les philosophes grecs présocratiques ? Eh bien c'étaient des zonards des mers, qui vivaient de leur spectacle (leur enseignement), ou de diverses combines.

3Diogène Laërce raconte que Thalès est raillé par une vieille dame alors qu'il tombe dans un trou. Pour Platon, c'est par une servante thrace. Diogène Laërce raconte aussi qu'Anaximandre était raillé par la marmaille (p. 32). Précisons toutefois que le rôle de ces clochards célestes semble essentiel chez les grecs antiques, en tant qu'ils sont porteurs de stabilité sociale. Ainsi pour résoudre un conflit entre deux villes au sujet d'un trépied, on choisit de le remettre à Thalès. Car on sait qu'il est sage, détaché des choses matérielles, et qu'il ne pourra donc pas profiter du trépied ! Héraclite est quant à lui appelé par les éphésiens pour mettre en place des lois à leur usage. Mais il s'y refuse. Il préfère en fait jouet aux osselets avec des enfants plutôt que de conseiller politiquement les éphésiens qui, selon Diogène Laërce s'étaient attroupés autour de lui et semblaient trouver sa conduite bizarre. En effet, il les traite d'imbéciles parce qu'ils ne comprennent pas son attitude (p. 49). Mais il n'empêche qu'il est dit qu'il sauva les éphésiens lors d'un siège en leur donnant l'exemple de sa frugalité (p. 54). Les pythagoriciens étaient selon Jamblique demandés par les citoyens pour être à la tête du gouvernement et des affaires publiques (p. 123). Zénon d'Élée aurait quant à lui coupé sa propre langue avant de la cracher au visage d'un tyran. Devant un tel exemple, la foule se serait rué sur ce dernier et l'aurait lapidé (p. 364). En interprétant ces récits, on peut penser que le philosophe a, au commencement de la civilisation grecque, un statut de marginal, parfois étranger ou expatrié, proche du clochard, un peu dérangé, extrême dans son comportement, sage en ce sens qu'il n'est pas matériellement intéressé. Il peut donc endosser le statut de juge, de conseiller et de stabilisateur de l'ordre social, du fait de sa neutralité. Éventuellement, on peut même lui confier des fonctions de politicien, de dirigeant, car étant extérieur au débat, étant neutre par rapport aux intérêts des parties en conflit, il prend des décisions dans une certaine impartialité, et il ose faire ce que d'autres n'osent pas accomplir. Cependant, rien ne prouve que ces fonctions sociales étaient chez les grecs une source de prestige.

4Thalès pratiquait le commerce et la politique (p. 12, 22). Mais il pratiquait le commerce non pas de façon vénale, mais seulement pour prouver à quel point il est aisé de s'enrichir. Pline dit la même chose à propos de Démocrite (p. 409). Et pour Philon, Démocrite refusa la vile richesse qu'il aurait dû percevoir en héritant, pour se consacrer à la philosophie (p. 408). Il était selon Pline attaché à sa pauvreté (p. 409). Selon Hérodote, Thalès conseilla militairement de façon fort utile les ioniens (p. 19). Selon Élien, Anaximandre prit le commandement d'une colonie (p. 33) et sauva, selon Cicéron, les lacédémoniens d'un tremblement de terre qu'il avait prévu (p. 34) ! Héraclite aurait quant à lui renoncé au titre de roi et souhaitait par son discours ésotérique échapper au mépris qui résulte du succès (p. 50). Il méprise également l'invitation du roi Darius de se rendre en Perse, mais convainc le tyran Mélancomas de quitter le pouvoir (p. 53). Pythagore conseille les anciens à Crotone (p. 117). Empédocle eut lui aussi une carrière politique (p. 130) et il aurait protégé Agrigente d'un vent furieux et sauvé Athènes de la peste (p. 134-135). Selon Diogène Laërce, on confia sept fois à Archytas, le commandement suprême de sa cité (p. 274). Il dirigea également la ligue des italiens de Grande-Grèce (p. 275). Zénon d'Élée entrepris de renverser le tyran Néarque (p. 363). Philostrate raconte que Démocrite sauva aussi Abdère de la peste (p. 411). Quant à Gorgias, venu de Sicile, il prit la tête de l'ambassade des habitants de Léontium à Athènes, pour défendre leur cause (p. 690).

5Par exemple, selon Pline, Démocrite considérait que les riches citoyens dénigraient les études auquel il se livrait (p. 409).

6Par exemple, certaines sources affirment qu'Empédocle d'Argiente aurait été banni ou pendu (PG, p. 116). Anaxagore aurait été contraint de se réfugier à Lampsaque (PG, p. 143). Protagoras fut banni (PG, p. 202) et Prodicos, accusé de corrompre la jeunesse, fut forcé de boire de la cigüe (p. 730).

7De nombreux historiens ont avancé la thèse selon laquelle chez les grecs antiques, la naissance de la démocratie serait en grande partie à rattacher aux activités liées à la mer (pêche, commerce maritime, marine militaire, piraterie...). Rien d'étonnant à cela, on sait que les grecs étaient de grands navigateurs. Chez les présocratiques, la mer, en tous les cas, joue un rôle prépondérant. L'eau et le mouvement sont pour Thalès au principe de toute chose. Et les pêcheurs, la mer, le commerce maritime jouent un rôle de premier plan dans la mythologie qui s'est forgé autour de son personnage. Selon Hermias et Simplicius, Anaximandre assure lui aussi que le mouvement est un principe éternel (p. 37, 41). Il accorde également une place prépondérante à l'air qui génère la foudre, les orages et les typhons (p. 45). Héraclite fait du mouvement le principe de toute chose (p. 56). Il compare également le soleil, la lune à un vaisseau (p. 59) et à diverses reprises, il parle de la mer, des navires et des marins (p. 60). Quant à Pythagore, il prêcha un temps dans le port de Mésoponte (p. 114).

8C'est du moins l'hypothèse proposée par Voltaire. Pour la petite référence : Voltaire, Traité sur la tolérance, Les éditions du cheval ailé, Genève, 1948. Notons que le bannissement des pythagoriciens répond peut-être d'une même logique. On sait que les pythagoriciens tentèrent à diverses reprises de s'immiscer dans la vie politique. Au départ, on accepta leur contribution (p. 277), mais il est probable que devant leur intolérance, on finit par les exclure. C'est ce qui explique que les pythagoriciens furent ensuite bannis des cités où ils s'étaient établis (Dumont, p. 250). Le complot de Cylon contre les pythagoriciens, frustré de ne pas avoir pu recevoir l'enseignement de pythagore (p. 122) aurait alors été un des premiers mythes accompagnant la naissance d'une profession intellectuelle. Le complot vise en effet à assimiler ceux qui ne sont pas assez doués pour recevoir l'enseignement – des riches en l'occurrence – avec les persécuteurs. Par là, il faut entendre que ceux qui refusent l'enseignement, ou ceux qui veulent contester le pouvoir de la nouvelle corporation qui se met en place, et qui prétend gérer la cité, ou ceux qui veulent accéder au secret par la force « sans suivre l'enseignement », sont ceux qui conduisent à la ruine de la cité. Les ignorants deviennent donc les ennemis, les persécuteurs. Et ils persécutent parce qu'ils sont « frustrés » de ne pas avoir accès au savoir que les philosophes ont...

9Le coup d'envoi est donné par les sophistes. Mais les sophistes sont dans le fond, plutôt sympathiques... Simplement, ils vendent leur enseignement pour se faire un peu de tunes. Mais ils ne vont pas, comme les philosophes après Socrate, jouer les conseillers du prince. Protagoras est banni d'Athènes et ses livres sont brûlés en public (p. 663). Prodicos (p. 730) est quant à lui, condamné à boire de la cigüe. Leur démarche n'est donc pas autoritaire. Et ils se démarquent des post-socratiques par leur éthique relativiste. Peut-être faut-il alors voir dans leur attitude une résistance au socratisme qui se met progressivement en place. Car tandis qu'avec Platon, la philosophie se range dans le conservatisme, tandis que le philosophe veut survivre en devenant le conseiller du prince et en se sédentarisant, les sophistes tentent de conserver leur autonomie. Probablement y a-t-il eu durant la transition pré-post-socratique, une augmentation du coût de la vie, ou du moins, une difficulté grandissante à vivre en zonant. Les sophistes choisirent alors de de vendre leur enseignement, de faire de leur parole un spectacle, pour continuer à zoner et vivre de façon autonome. Hippias ne décrit-il pas l'autarcie comme la fin suprême ? (p. 746). Leur collecte de fond s'apparentait alors très certainement à une forme d'aumône, pouvant parfois même être lucrative. En d'autres termes, ils faisaient la manche. Rien de plus. Et ils s'en sortaient bien. Même si, bien sûr, ils devaient en rajouter un peu sur les sommes qu'ils récoltaient... Comme n'importe quel zonard...

10En fait, il y a plus qu'un air de famille entre clochards célestes et clochards marins. Car beaucoup d'écrivains de la beat generation naviguèrent. Jack Kerouac et Corso servirent dans la marine marchande. Lawrence Ferlinghetti y fut officier. Quant à Gary Snyder, il fut lui aussi matelot. Bob Kaufman fut quant à lui mousse dans la marine marine marchande. Il fit neuf fois le tour du monde

Quelques liens.

Le roman de Titouan.
- Jack Kerouac.
- Corto Maltese.
- La Beat Generation.
- Les présocratiques.



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