La voile pourave à la FEEUF, début 90.

Publié le par Grassineau Benjamin


Je vais essayer ici de relater quelques expériences de voile pourave que j'ai eu dans le cadre de la FEEUF. La FEEUF de La Rochelle, pour être précis. Bon, je vais essayer, mais le problème, c'est que ma mémoire commence légèrement à faire défaut. Ce sont des vieux souvenirs. A l'époque, j'avais entre 13 et 18 ans. Aujourd'hui, j'en ai 29. Autant dire que j'en ai oublié pas mal.

Le truc aussi, c'est qu'il faut rendre à César ce qui est à César. Le grand master de la voile pourave, c'était Julien Cerisier. Julien Cerisier, à l'époque, était un vrai furieux. Un génie méconnu. Pour le coup, c'était un vrai clochard céleste... Après, j'en ai rencontré plein des pseudo-rebelles qui se la jouent... Dans les villes, ça court les rues. Mais des comme lui, non. Un autre grand de la voile pourave, c'était Guillaume Frère, que je continue encore à voir. Olivier était aussi pas mal dans son genre (perdu de vue). Mais moi, je dois bien l'avouer, j'étais un peu périphérique. Disons que j'apportais ma touche déjantée (et à l'époque je l'étais), mais j'étais moins allumé que les deux autres. C'était plus intérieur. Faut dire aussi que j'avais loupé le grand épisode de la voile pourave : un été où guillaume, Julien et un pote à Julien, dont j'ai oublié le nom, étaient partis à trois sur le mousquète. Moi j'étais resté à bosser sur l'ile de ré comme poissonnier. Mais j'ai eu la chance d'aller quelques jours avec eux, et c'était bien sympa.

Bon, voilà ma conviction. Y a que dans ces petits groupes d'allumés qu'on peut inventer des trucs neufs. Et là dessus, on s'est défoulés. Honnêtement, on a à peu près tout inventé. Je ne dis pas bien sûr qu'on a pas fait des trucs que d'autres avaient déjà fait avant. Sûrement. Mais l'important, c'est qu'on les faisait sans le savoir. On le faisait pour nous, parce que ça nous faisait délirer, parce que entre 13 et 18 ans, on est tous des mines d'idées neuves, et parce qu'on était nos propres spectateurs. On copiait rien ni personne. On partait de zéro. On faisait ça parce qu'on aimait ça.
On le faisait pour nous marrer, ou parce qu'on était franchement perturbés... Déjà, le fameux mouvement de l'auto-production, dont j'ai découvert l'existence en 2003,on le faisait depuis plus de 10 ans. Mais on le faisait naturellement. On s'était fait un groupe, Pare-Battages, et on s'enregistrait sur des cassettes. On faisait des trucs super chelous, avec des bruits, de la musique déstructurée, des chansons qu'on inventait aux paroles délirantes, des trucs de casseroles. Je ne dis pas, on était un peu inspiré par Thiéfaine. Mais franchement, on faisait que du neuf. Et on se marrait bien. Et en tous cas, tout ce mouvement Underground, à 15 ans, on y connaissait rien. Les performances ? On l'a fait. Je me rappelle d'une journée où on avait été à la décharge de Rivedoux et où on s'était amusé à faire de l'art contemporain sur des vielles machines à laver, en explosant tout ce qu'on trouvait, et en faisant gicler des vieux pots de peinture. Ca valait bien du Jodorowsky. Y aurait encore plein de trucs à raconter, mais je vais me focaliser sur la voile pourave.

Comment ça s'est passé. Ben, c'est pas compliqué. A la FEEUF, en fonction de l'âge, on rentrait dans des groupes différents. Au départ les louveteaux, puis les éclaireurs, et enfin, le groupe des vieux (j'ai oublié le nom). Chez les éclais, on était encadré. Il y avait les responsables. Cela dit, autant le préciser, c'était super laxiste. Rien à voir avec les scouts. C'était grosso modo une expérience de communauté quasi-anarchiste. Pas d'uniforme ni rien. Les foulards, on en voulait pas. En plus, dès 13 ans, on entrait tous dans l'adolescence. A l'époque, je me souviens on avait regardé le film LES DOORS, on lisait du Baudelaire et on était tous complètement furieux. Donc, tout ce qu'était autorité, fallait oublier. Résultat, vous me croirez si vous voulez, mais on était à la limite de l'auto-gestion. Surtout les WE où on se barrait la nuit pour aller en ville. Et La Rochelle, la nuit, c'est une ville où tu peux à peu près tout faire. C'est vachement moins chiant que Bordeaux ou Paris.
Shooter dans les poubelles, c'est presque une tradition. Le nombre de conneries qu'on a alors pu faire, ça dépasse l'entendement. Parfois des conneries tendues puiqu'une fois, on s'était fait frapper et pourchasser par deux vieux bourrés d'un bar de Laleu. On l'avait échappé belle ! Mais je raconte pas toutes les conneries, parce que bon... faut pas donner le mauvais exemple. Durant les éclais, on était sur des canots bretons un peu miteux, et on faisait des camps itinérants. Déjà, c'était bien dans l'esprit de la voile pourave. Je veux dire, on se prenait pas la tête. La meilleure école de voile que j'ai jamais connu. A côté de la FEEUF, les glénants font pâle figure (les glénants c'est vraiment des gros, gros blaireaux). Mais où c'est devenu vraiment sympa, c'est après, parce qu'ils nous laissaient un mousquetaire à libre disposition. Le bateau appartenait à personne, donc personne pouvait jouer au chef. Il fallait juste qu'on y fasse un peu gaffe. Mais de toute façon, il était franchement pourave. Enfin, il roulait et c'était l'essentiel.

Donc, vous laissez un bateau habitable à une bande d'adolescents tous plus allumés les uns que les autres, et vous observez le résultat. Ben ça s'est pas fait attendre. On a fait n'importe quoi. Déjà notre bateau, il était crade. On foutait tout les déchets en vrac dans le fond du bateau, et on se prenait pas la tête. De temps en temps, y en avait un qu'avait une crise de rangement, et ça suffisait. Ensuite, dans les ports, on faisait n'importe quoi. Déjà, on se saoulait chroniquement. Ensuite, comme on était des bons ados excités, on foutait le bordel dans les bars. Rien de particulièrement original, mais on s'amusait bien. Ensuite on rentrait bourrés au port, et on foutait le bordel sur le port en hurlant jusqu'à 5 heures du mat. Pour finir, ça arrivait qu'on dorme sur les pontons. Après, quand je parle des casseroles qu'on jouait sur le port et qu'on faisait la manche, c'est authentique. La manche, c'est surtout Julien qui la faisait. Et à l'époque, il avait un tel regard de brank, que ça faisait peur aux bons touristes qui marchaient dans la rue. Julien c'était un vrai de vrai. Une sorte de Bukowski méconnu. En plus, il aimait jouer au caïd. Guillaume m'a raconté l'avoir vu aller insulter un groupe d'allemands qui mangeaient au restaurant. Comme ça, pour le plaisir. Et ça avait failli dégénérer. Mais le pire, c'est que c'était que des trucs comme ça tout le temps. Je raconterai un peu mieux dans un autre article, parce que ça en vaut la peine...

J'ai gardé un bon souvenir aussi, d'un petit voyage qu'on avait fait avec Guillaume. On était parti de La Rochelle, et on avait été jusqu'à Ars, et on avait fait un break par La Flotte. Là, on avait vraiment moisi le bateau, c'est bien simple, on foutait tous les déchets dans le fond de cale. Attention, on maîtrisait la voile côtière, mais de là à être propre... Ca sert à quoi ? On s'était arrêté à La Flotte, et on avait été piquer des pizzas dans le congélo de mon père (qui habite La Flotte), et des bouteilles de pinard. On avait rien pour les faire cuire, donc on s'était fait cuire ça à même la pierre, sur un feu fait à l'arrache. C'était pas dégueulasse. Après à Ars, on avait été piquer des melons dans un champ. Parce que mon grand truc moi, à l'époque, c'était de vouloir partir sur les routes, de dormir dans les champs et de me nourrir de trucs piqués dans les jardins. Autant dire que je l'ai jamais fait. Et qu'avec le temps, je me suis bien fait récupérer.

Bon, mais je vous le dis, la voile pourave renaît de ces cendres. Ca va chauffer !

Viva la voile pourave.

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Muriel S 18/09/2009 00:14

et moi je regardais ça de loin, car la voile ça jamais été mon truc... juste un souvenir de camp en Bretagne et de duvets imprégnés de Chouchenn... c'était la Feeuf voile de LR !En tout cas, ça m'a rappelé de bons souvenirs et des noms avec !