Cette vision des nomades marins m'enchante et me ravit. Elle a le goût acide de la madeleine à Marcel, avant que le fric, la frime, et les fashion victims ne viennent polluer une pratique saine, simple et naturelle.
Car cette voile là, vieux bateaux rafistolés ou constructions amateur sommaires, équipés de bric et de broc, skippés par des navigateurs aussi astucieux qu'impécunieux qui se bonifiaient en cours de route, elle a bien existé du début des années 70 jusqu'au milieu des 80'.
Elle a non seulement existé mais je l'ai connue. Le fossile témoigne. J'en fus un des chantres dans "Loisirs Nautiques", alors la revue de référence des écumeurs de Bohème, et mieux encore je l'ai pratiquée sur de vieux petits bateaux pourris, sans moteur, prenant l'eau par les fonds, avec des voiles 100 fois ravaudées, armés seulement d'un compas et d'un sextant. Plus voile pourave que moi, tu meurs !
Mais attention, pas de misérabilisme. Dans nos expéditions hasardeuses, nous étions des gentlemen de la mer, des aristos de l'aventure, des marquis de la Dêche, des dealers d'adrénaline condamnés à la perpétuelle partance. Que du panache, pas de la petite bière !
Morte la voile pour tous ? Benjamin la ressuscite. Avec finesse et avec force. Les vieux marins peuvent enfin crever tranquilles dans leurs mouroirs. Les nouveaux plaisanciers ne seront pas tous des bourges arrogants qui croient que le monde entier est à vendre. Vive les nomades marins, vive la voile pourave!