Bateau en libre accès

Publié le par Grassineau Benjamin

Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué, mais les ports de nos pays soi-disant développés sont remplis de bateaux immobiles. C'est à dire de bateaux qui dorment, qui hibernent, même en été. A mon avis, c'est quand même une preuve indéniable de notre sous-développement. La plupart des bateaux sortent quoi, maximum une semaine par an ? En fait, je crois que la moyenne est de trois jours.

La question est donc : comment faire pour optimiser le parc à bateaux ? Comment faire pour que les bateaux de plaisance servent à autre chose qu'à meubler les soirées des citadins fortunés (je veux dire, les primitifs modernes) qui épatent leur galerie en montrant les photos de leur sortie de l'été à La Rochelle, Montpellier ou Cannes ? Comment faire pour empêcher cette armada de bateaux de moisir dans les ports, en été comme en hiver ?

La meilleure solution, c'est la voile pourave, bien entendu. Un bateau minable, délabré, qui donc a envie de montrer ses photos à sa petite galerie de bourges du centre-ville ou des quartiers résidentiels ?

Mais une autre solution, c'est de mettre son bateau en libre accès. Mais... Ca demande quelques réflexions. Disons qu'il y a différentes manières de mettre un bateau en libre-accès. Manières qui sont parfaitement compatibles avec nos petits instincts de capitalistes dont on aurait tort de se défaire.

1. Des bateaux privés que vous prêtez à titre grâcieux à vos amis ou à des gens de confiance, ou bien, à n'importe qui. Disons que c'est la solution bateau privé en libre accès.

2. Des croisières gratos. Vous invitez qui le veut bien sur votre bateau.

3. Des bateaux publics, mis à disposition des citoyens que nous sommes.

Le bateau en libre-accès, ça existe. Si on met de côté les aspects juridiques assez pénibles (assurance, problèmes de responsabilité, etc.), il est parfaitement possible de faire de votre bateau un bateau en libre accès. Bien sûr, bateau en libre-accès ne veut pas dire que vous vous privez de naviguer quand ça vous chante. Vous restez le maître absolu de votre bateau. Lorsque vous avez décidé que vous avez besoin de votre bateau, personne ne peut l'emprunter. Le reste du temps, chacun fait comme il en a envie. A vous de vous organiser. Passez des annonces ou commencez par en parler autour de vous, à des gens de confiance. Dans le pire des cas, vous le prêtez contre service rendu, un coup de peinture, un peu de matos, etc. Le gentil emprûnteur vous entretient votre bateau, et vous, vous lui prêtez votre épave...

Bien sûr, ça pose quelques petits problèmes au niveau des dégâts. Qui va payer l'éventuel naufrage ? Celui qui emprunte bien entendu. Il prend ses responsabilités. Si vous voulez faire les choses bien comme il faut, vous faites un contrat. Bon, enfin, à ce niveau là, tout est envisageable...

Concernant les croisières gratos, il faut bien comprendre, et faire comprendre, que vous ne faites pas de "cadeau" en invitant quelqu'un sur votre bateau. Chacun y gagne. Ce n'est pas un acte de philanthropie, c'est simplement, que c'est souvent plus sympa de faire du bateau à plusieurs que tout seul. Dans ces conditions, faire payer ne sert à rien. Sur le bateau, on vous prendra pour la boniche de service parce que quelqu'un qui paye, il va en vouloir pour son argent. Donc, c'est bête à dire, mais si vous voulez passer un bon mement, évitez de faire payer la croisière...

D'autre part, si vous êtes un adepte de la voile pourave, et j'espère que vous l'êtes à présent, vous partez sans une tune. Bon, ben ça facilite le pot commun, comme y a pas un rond dans la caisse... Mais à ce niveau, la meilleure règle est celle qui facilite la vie. On se prête de l'argent quand on en a envie, et puis point.

Venons-en aux bateaux publics. On l'a vu, la plupart des marins de plaisance utilisent leur bateau 3 jours/an. Arghh... There is a big problem. Il y aurait bien une solution pour les dissuader d'acheter un bateau et d'encombrer les ports. C'est de mettre des bateaux à libre disposition. On pourrait en mettre quatre ou cinq par petits ports, et une vingtaine dans les gros ports. Comme des gymnases publics en quelque sorte. Il n'y a rien de particulièrement neuf dans une telle idée.

Naturellement, on pourrait imaginer différentes formes de prêts : prêt à la journée, à la semaine, pour deux ou trois jours, etc. On pourrait s'inscrire sur des listes d'attente, les emprunter seul, ou être obligés de les emprunter à plusieurs. Quitte à se retrouver avec des inconnus. Dans ce genre de situations, il y aurait des règles démocratiques pour gérer la direction du bateau. Il faudrait aussi réfléchir à une technique pour faire en sorte que l'on puisse laisser des bateaux dans un port ou dans un autre. Ca permettrait des croisières et des déplacements assez longs. Par exemple, un certain nombre de bateaux seraient attachés à un port, d'autres seraient en libre circulation. Quand on aurait la chance d'en trouver un, on monterait dedans et c'est parti... On pourrait aussi imaginer un nombre de bateau maximum par port, ce qui obligerait les plaisanciers à changer de port si le nombre de bateaux publics est rempli. Ou des destinations obligatoires en fonction du nombre de places disponibles. Avec Internet, toutes ces techniques de coordination auto-régulée, ça serait de la rigolade...

En plus, comme ces bateaux seraient dans le domaine public, et ne seraient pas accaparés par une énième corporation de fonctionnaire, ils serait facile de les réparer. Tout le monde en serait responsable... Celui qui souhaiterait y apporter des améliorations pourrait le faire sans problème. Eventuellement, il pourrait se former gratuitement à la construction navale. Des bénévoles apporteraient leurs compétences... Un peu comme dans un SEL en somme. Ca fait que finalement, les bateaux seraient sûrement en meilleur état que tous ces bateaux privés qui moisissent dans les ports. Ou qui paraissent en bon état, mais qui moisissent quand même... Ajoutons à cela que les bénévoles pourraient librement donner des cours de navigation aux débutants. C'est toujours sympa de montrer sa science. En plus, ce côté communautaire sur les bateaux favoriserait l'esprit de la voile pourave et la fraternité sur mer, ce qui est finalement plutôt cool. Pour finir, notons qu'on pourrait assurer l'entretien des bateaux, lorsque c'est nécessaire par le prix des places de port pour les bateaux publics. Ce coût ne serait pas obligatoire, mais on pourrait payer quand même. Dans ce cas, l'argent public irait dans une caisse commune, où chacun pourrait puiser pour acheter du matériel nécessaire à l'entretien des bateaux publics. Il indiquerait, par Internet, qu'il faut investir dans telle ou telle pièce, et voilà...

Viva la voile pourave...

Voir aussi.

- La bourse de la voile pourave


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