L'anarchiste marin

Publié le par Grassineau Benjamin

Pour l'anarchiste marin, la mer, l'océan, sont les éléments indissociables de son esprit et de sa vie d'anarchiste. C'est pour lui l'un des seuls espace de liberté authentique, où il peut mettre en pratique sa révolte individuelle contre les hiérarchies, le marché, l'autorité, le conformisme et les Etats. Sur mer, il peut cracher sur les drapeaux en toute tranquilité, et ce ne sont d'ailleurs pas les drapeaux qui manquent !

L'anarchiste marin est à mi-chemin entre la fiction et le réel.

Fiction.

Corto-Maltesse. L'anarchiste marin par excellence. Individualiste et idéaliste, il adhère à sa propre éthique. C'est un gentilhomme de fortune qui parcourt les mers sans se soucier des Etats et des hiérarchies. Il est autonome et indépendant.

Le capitaine Némo est autre anarchiste marin emblématique. En révolte perpétuelle contre la société oppressive de son siècle, il a détourné la technologie, qu'il maîtrise parfaitement, à des fins plutôt cools. Le Nautilus, refuge des proscrits, est le navire-symbole du contre-pouvoir. L'emblème de l'outil convivial qui est réapproprié par l'individu et sert à lutter contre le joug de la société industrielle. Et comme il le dit,


La mer est tout. Son haleine est pure et saine. Là, l'homme n'est jamais seul car il sent de tous côtés l'animation de la vie. La mer n'appartient pas aux despotes. A sa surface, les hommes peuvent encore faire des lois injustes, se battre, se mettre en pièces, faire des guerres aussi horribles que sur terre. Mais neuf mètres plus bas, leur règne cess, leur influence se tarit et leur puissance est anéantie. Ah Monsieur, vivez - vivez au sein des mers. Là seulement, je ne me reconnais aucun maître. Là, je suis libre !


Allez, je change de créneau. Dans le film Waterworld, un des meilleurs films de série Z tourné avec un budget pharaonique, Kevin Costner est le symbole de l'anarchiste individualiste philanthrope - un peu niais aussi -, qui erre sur la mer, et lutte contre l'oppression des anarcho-capitalistes marins ! Interprétation un peu rapide, mais pourtant rigoureusement exacte.

Dans la Baleine des Sables, de Bruce Sterling, c'est un peu la même ambiance, mais dans le trip cyber-punk à la Mad Max. L'intrigue se passe dans un milieu de punks anars qui évoluent sur une planète recouverte d'un océan de sable.

Dans le même genre, les Fremens de Dune sont une métaphore de l'anarchiste marin. Léo Atrédides, noble de naissance, finit par rejoinde le combat d'un peuple contre les opresseurs impérialistes (les Harkonnen), spirituels (les sorcières Benne Gesserit) et marchands (la guilde spatiale). En s'alliant harmonieusement avec la mer de sable, dans un trip écolo bien digne des années 70, il arrive à combattre ces forces du mal et de l'oppression capitaliste, étatique et intellectuelle.

Toujours dans le rayon SF, il y a aussi les navigateurs de l'espace. À ce niveau, la palme d'or de l'anarchiste marin de l'espace revient incontestablement au Vagabond des Limbes. Merveilleux  Vagabond des Limbes. C'est un individualiste forcené, un anarchiste errant qui a rompu avec le pouvoir impérial et vit désormais comme un rénégat. Sur son vaisseau d'argent, il parcourt l'univers, d'aventure en aventures, de cloaque en cloaque, et reste fidèle à son éthique individuelle anarchiste. Axle Munshine est un rebelle profond, animé d'une éthique anarchiste indiscutable, il vit en grande partie en auto-subsistance et en autarcie sur son Vaisseau d'Argent, grâce au Leg de son père. Notez-bien, il ne force jamais Musky à le suivre. C'est elle qui le suit si elle en a envie ! Le vagabond des Limbes, c'est aussi le rebelle par héritage. C'est Korian Munshine, le père d'Axle Munshine, qui, en coulisse - d'un lieu inconnu -, le pousse à libérer la Galaxie du joug de la Guilde.

Un autre anarchiste marin de l'espace est Riddick, authentique anarchiste individualiste, qui lutte contre l'empire des nécromanciers. Rien que ça. Riddick, c'est un peu le gars qu'on peut pas contrôler. Il ne décidera de vous aider que s'il en a envie...

 Thorgal enfin, anarchiste marin, bien qu'il ne soit pas un marin à plein temps. Le rêve de Thorgal, c'est d'aller se paumer sur une île déserte de Scandinavie, pour couler des jours heureux avec sa gonzesse Aaricia, loin de la folie des hommes. Mais c'est pas facile, car partout les hommes ne rêvent que de pouvoir et d'argent, et sont prêts à tout pour y arriver !


Bon. Mais l'anarchiste marin, c'est aussi du concret. J'irais même plus loin, l'anarchisme marin a accompagné le développement de la navigation. Et l'anarchisme, le vrai, pas celui des puritains gauchistes comme Joseph Proudhon, est né sur les mers, loin de la hiérarchie et des Etats sédentaires.

Il y a d'abord eu les pirates. Les pirates furent bien les premiers anarchistes marins. De même que les premiers zonards des mers et les populations côtières. Rétifs à la hiérarchie, les pirates élisaient leurs chefs et se foutaient bien de la société opressive de leur époque.

Et puis, il y a eu les voyageurs des mers chaudes, qui ont fait souffler par leurs rapports de voyage, un vent de rébellion sur l'Europe entière.

Par la suite, Pierre Loti incarna bien l'aventurier des mers. Pierre Loti, le premier hippie...

Et puis, il y a les clochards marins. 

Ensuite, on a eu les plaisanciers rebelles. Alain Gerbault, d'une certaine manière, fut un anarchiste marin.

Et, on trouve des anarchistes marins un peu partout dans les ports de nos jours. Il suffit de savoir les écouter.


Alors, quel avenir pour l'anarchiste marin ? Survivra-t-il aux GPS, aux radars, aux satellites et à tous ces bidules sophistiqués qui renforcent le contrôle des bateaux sur la mer. À mon avis, c'est clair. Le dernier refuge aux totalitarismes, ce sera la mer. Parce que la plupart des autres courants anarchistes ont un terrain de lutte éphémère. Les anarcho-capitalistes ont besoin du marché. Les anarchistes syndicalistes ont besoin de leurs usines. Les anarchiste verts ont besoin des ruines de la société industrielle. L'anarchiste marin lui, n'a besoin que d'une chose : un bout de mer et un truc qui flotte ! Après ça, l'anarchiste marin n'est ni riche ni pauvre. Il survit comme il peut. Et finalement plutôt pas mal... Pas besoin de courber l'échine pour labourer la terre, un peu de pêche, quelques larcins, quelques plantes de bord de mer, une bonne dose de sel, et c'est parti ! Et puis, comme il n'appartient à aucune nation, comme il a la mer comme patrie, l'anarchiste marin n'a pas fini de faire ses révolutions. Les Etats peuvent bien s'écrouler, les empires s'effondrer, rien à dire, l'anarchiste marin a encore de beaux jours devant lui !

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lou 15/10/2009 14:09


tomber dans un mouillage (forain, forcément forain) comme celui-ci au détour d'une virée pourage sur l'océan.net, c'est pain béni, paradis, manne céleste et chamallow. Merci!


Daniel 06/04/2009 12:58

passionnant pour un ex skipper proJ'adore ta philosophie