Voile pourave, la voile qui craint
Si vous trouvez que :
- Il n'est pas nécessaire d'avoir fait les glénants pour naviguer correctement.
- Il y a des sous-officiers, mais il n'y a pas de sous-marins.
- La voile dans les marinas de la côte d'azur, c'est pathétique.
- La voile de compétition des voileux, c'est déprimant.
- La voile des amateurs de technique, qui font du tuning sur leur bateau, c'est lamentable.
- La voile est devenue un repère de voileux, de bourges et de techniciens.
Alors, ce site est le vôtre.
Que esta, la voilé pouravès ?
La voile pourave, c'est une manière de faire du bateau sans s'énerver. Que le tonnerre gronde, que la tempête se rapproche, peu importe... De toute façon le bateau est déjà percé de partout, donc que peut-on bien y faire ?
La voile pourave a une longue histoire, les pirates, les nomades marins, les gitans des mers l'ont pratiqué. Voilà, sur ce sujet, tout est dit.
Mais la voile pourave dont il est question ici, commence aux éclaireurs marins, à la FEEUF, dans les années 1980/1990. C'est durant cette période, chez des jeunes sans le sous à qui on avait laissé des petits habitables à libre disposition, que des pratiques et une philosophie vont se développer. Hélas, elle décline, faute de voileux pouraveux et de bateaux qui flottent. Mais elle a quand même résisté à l'assault de l'oubli, vaille que vaille. Les grandes idées ne meurent jamais ! Une fois que les fondements, les pratiques et la philosophie de la voile pourave avaient été inventés sur le tas, rien n'aurait pu les faire péricliter.
Aujourd'hui, c'est le grand retour. La voile pourave renaît de ses cendres. Et mieux. Bientôt, le mouvement de la voile pourave va déferler sur les côtes. Pour le meilleur et pour le pire !
La voile pourave est un art de vivre. Un art de rendre son bateau sale, peu avenant, impropre à la navigation hauturière et franchement différent du bateau cannois standard.
L'objectif de la voile pourave est de faire de la voile une activité de miséreux, de geeks, d'ouvriers allumés et d'artistes ratés. Une fois cet objectif atteint, les riches plaisanciers auront honte de faire de la voile. Ils se rabattront sur leurs terrains de Golf et leur Porsche Cayenne, et c'est tant mieux. Du vent...
Comment faire de la voile pourave ?
La voile pourave n'est pas une blague. Elle existe, et on peut la pratiquer. Voici quelques conseils.
Tout d'abord, il vous faut un bateau. Hélas, tout autour de vous, on a du vous affirmer à maintes reprises qu'un bateau, ça coûtait très cher. Erreur. Les beaux bateaux coûtent cher. Mais il est toujours possible de vous trouver un vieux bateau crado à un prix tout à fait raisonnable. Quels sont les critères à l'achat ? Moins de 3000 euros. Un bateau qui flotte. Un 6 mètres minimum. Voilà, vous y êtes.
Vous pouvez aussi vous construire un radeau, une barque, une poubelle flottante, une pirogue ou un kayak. Tout est bon.
Le pire ennemi du voileux-pouraveux : les capitaines de port qui veulent lui faire payer des nuits au port à des prix déraisonnables. Aussi évitera-t-il soigneusement les ports trop chers. Il mouillera juste en face du port, là où ça ne coûte rien. Si jamais il doit payer des frais, alors il trouvera sa subsitance sur place.
Une fois au port, le voileux-pouraveux est un authentique punk. Il fait la manche, met la musique à fond, il drague les premières femmes (ou hommes) qu'il croise dans la rue, se saoule, se vautre dans les poubelles, dort sur les pontons, met les bars sans dessus dessous, joue de la musique inaudible ou de la casserole sur les quais (l'idéal étant de ne pas savoir jouer), il se nourrit de poissons grillés, fait les poubelles des restaurants pour se nourrir, squatte des terrains vagues, etc. Le voileux pouraveux se fait plaisir. Tant pis pour les autres.
Mais c'est lui qui fait vivre les ports. Car la voile pourave est un art.
Le bateau d'un amateur de voile pourave est organisé. Mais le fond de son bateau est une poubelle où il entasse ses déchets. C'est comme ça. Etre organisé ne veut pas dire propre. Diable ! Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Pareil. Un voileux pouraveux assure la sécurité en mer. Mais il n'a pas besoin d'en faire tout un fromage. Une fois assuré l'essentiel de la sécurité, pas besoin d'en parler pendant 10 ans.
Pour faire de la voile pourave, il y a deux cas : avoir un bateau communautaire. Comme ça, on évite les embrouilles. Avoir une flotille. Avoir un bateau, sans s'en sentir le chef suprême. Comment s'organise un équipage de voile pourave ? C'est très simple. Pas de chef à bord. Auto-organisation. Auto-gestion.
Où faire de la voile pourave ?
Partout. Là où le coeur vous en dit. Là où les femmes (les hommes, les mutants, ou les chèvres...), l'argent et le rhum coulent à flot. Là où vous pouvez pratiquer votre activité de parasite en toute liberté.
De bons spots.
La Charente-Maritime : c'est un lieu idéal. Plein de ports partout, la navigation est facile, les gens sont tolérants, il y a plein de touristes pour faire la manche, et pour draguer. Il y a pas mal de coin où on peut mouiller gratos. Vous pouvez aller faire la manche sur Ré ou LR en été et en hiver. Une vie de nomade marin bien remplie.
La Bretagne. C'est également idéal. En plus, ça fixe un objectif : faire le tour de la Bretagne.
Le Groënland : ça doit sûrement être sympa.
L'Antarctique : un endroit rêvé.
La Gironde : C'est du voilage poucrave dans les règles de l'art. La Gironde, c'est crade, il y a des coins où les gens sont à moitié attardés (Blaye et le Médoc, c'est le fin fond de l'Europe), il y a des îles abandonnées, de la vase partout (même avec la meilleure volonté du monde, votre bateau sera sâle. Pour vous refaire une santé, c'est impeccable, il y a les riches ports de Royan et alentours, voire Bordeaux, pour les plus courageux. En plus, il y a plein de conches, où mettre le bateau gratuitement. Et en remontant vers la Dordogne, vous arrivez dans des endroits déserts.
Vous voulez tester la voile pourave ?
Facile. Trois cas.
1. Vous avez déjà un bateau, vous aimez voyagez seul ou en petit groupe. Vous êtes sur la bonne voie. Laissez-vous aller. Peu importe les on-dit, vous allez de port en port, semant la ruine et la désolation de la voile clean sur votre passage. Que ceux qui bichonnent leurs bateaux qu'ils sortent trois fois par ans, aient les boules. Vous affichez ostensiblement votre esprit de la voile pourave. Mais qu'ils se convertissent à la voile pourave, si ils ne sont pas contents !
2. Vous avez un bateau et vous souhaitez vous mettre en flotille pour répandre aux quatre coins du monde la voix de la voile pourave. Tant mieux. Il faut s'unir. Luttons pour la gratuité des ports.
3. Vous n'avez pas de bateau. Il y a le bateau-Stop. Au pire, tentez de vous incruster dans un équipage de voile clean pour le corrompre. Si vous habitez vers la Charente-Maritime, contactez-moi.
Copyleft 2006. Benjamin Grassineau. Licence pourave.
