Et aussi...

Découvrez la bourse de la voile pourave. Trucs, astuces, échange de matos et d'équipage.


Les 10 commandements de la voile pourave.


Mon animal totem est la pieuvre. Et vous, lequel est-ce ?


D'où viennent les photos qui sont sur ce site ? La réponse.

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Voile pourave, la voile qui craint

Voile pourave : le site du clochardisme marin



Si vous trouvez que :

Alors, ce site est le vôtre.

Que esta, la voilé pouravès ?

La voile pourave, c'est une manière de faire du bateau sans s'énerver. Que le tonnerre gronde, que la tempête se rapproche, peu importe... De toute façon le bateau est déjà percé de partout, donc que peut-on bien y faire ?

La voile pourave a une longue histoire, les pirates, les nomades marins, les gitans des mers l'ont pratiqué. Voilà, sur ce sujet, tout est dit.

Mais la voile pourave dont il est question ici, commence aux éclaireurs marins, à la FEEUF, dans les années 1980/1990. C'est durant cette période, chez des jeunes sans le sous à qui on avait laissé des petits habitables à libre disposition, que des pratiques et une philosophie vont se développer. Hélas, elle décline, faute de voileux pouraveux et de bateaux qui flottent. Mais elle a quand même résisté à l'assault de l'oubli, vaille que vaille. Les grandes idées ne meurent jamais ! Une fois que les fondements, les pratiques et la philosophie de la voile pourave avaient été inventés sur le tas, rien n'aurait pu les faire péricliter.

Aujourd'hui, c'est le grand retour. La voile pourave renaît de ses cendres. Et mieux. Bientôt, le mouvement de la voile pourave va déferler sur les côtes. Pour le meilleur et pour le pire !

La voile pourave est un art de vivre. Un art de rendre son bateau sale, peu avenant, impropre à la navigation hauturière et franchement différent du bateau cannois standard.

L'objectif de la voile pourave est de faire de la voile une activité de miséreux, de geeks, d'ouvriers allumés et d'artistes ratés. Une fois cet objectif atteint, les riches plaisanciers auront honte de faire de la voile. Ils se rabattront sur leurs terrains de Golf et leur Porsche Cayenne, et c'est tant mieux. Du vent...

Comment faire de la voile pourave ?

La voile pourave n'est pas une blague. Elle existe, et on peut la pratiquer. Voici quelques conseils.

Tout d'abord, il vous faut un bateau. Hélas, tout autour de vous, on a du vous affirmer à maintes reprises qu'un bateau, ça coûtait très cher. Erreur. Les beaux bateaux coûtent cher. Mais il est toujours possible de vous trouver un vieux bateau crado à un prix tout à fait raisonnable. Quels sont les critères à l'achat ? Moins de 3000 euros. Un bateau qui flotte. Un 6 mètres minimum. Voilà, vous y êtes.

Vous pouvez aussi vous construire un radeau, une barque, une poubelle flottante, une pirogue ou un kayak. Tout est bon.

Le pire ennemi du voileux-pouraveux : les capitaines de port qui veulent lui faire payer des nuits au port à des prix déraisonnables. Aussi évitera-t-il soigneusement les ports trop chers. Il mouillera juste en face du port, là où ça ne coûte rien. Si jamais il doit payer des frais, alors il trouvera sa subsitance sur place.

Une fois au port, le voileux-pouraveux est un authentique punk. Il fait la manche, met la musique à fond, il drague les premières femmes (ou hommes) qu'il croise dans la rue, se saoule, se vautre dans les poubelles, dort sur les pontons, met les bars sans dessus dessous, joue de la musique inaudible ou de la casserole sur les quais (l'idéal étant de ne pas savoir jouer), il se nourrit de poissons grillés, fait les poubelles des restaurants pour se nourrir, squatte des terrains vagues, etc. Le voileux pouraveux se fait plaisir. Tant pis pour les autres.

Mais c'est lui qui fait vivre les ports. Car la voile pourave est un art.

Le bateau d'un amateur de voile pourave est organisé. Mais le fond de son bateau est une poubelle où il entasse ses déchets. C'est comme ça. Etre organisé ne veut pas dire propre. Diable ! Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Pareil. Un voileux pouraveux assure la sécurité en mer. Mais il n'a pas besoin d'en faire tout un fromage. Une fois assuré l'essentiel de la sécurité, pas besoin d'en parler pendant 10 ans.

Pour faire de la voile pourave, il y a deux cas : avoir un bateau communautaire. Comme ça, on évite les embrouilles. Avoir une flotille. Avoir un bateau, sans s'en sentir le chef suprême. Comment s'organise un équipage de voile pourave ? C'est très simple. Pas de chef à bord. Auto-organisation. Auto-gestion.

Où faire de la voile pourave ?

Partout. Là où le coeur vous en dit. Là où les femmes (les hommes, les mutants, ou les chèvres...), l'argent et le rhum coulent à flot. Là où vous pouvez pratiquer votre activité de parasite en toute liberté.

De bons spots.

La Charente-Maritime : c'est un lieu idéal. Plein de ports partout, la navigation est facile, les gens sont tolérants, il y a plein de touristes pour faire la manche, et pour draguer. Il y a pas mal de coin où on peut mouiller gratos. Vous pouvez aller faire la manche sur Ré ou LR en été et en hiver. Une vie de nomade marin bien remplie.

La Bretagne. C'est également idéal. En plus, ça fixe un objectif : faire le tour de la Bretagne.

Le Groënland : ça doit sûrement être sympa.
L'Antarctique : un endroit rêvé.

La Gironde : C'est du voilage poucrave dans les règles de l'art. La Gironde, c'est crade, il y a des coins où les gens sont à moitié attardés (Blaye et le Médoc, c'est le fin fond de l'Europe), il y a des îles abandonnées, de la vase partout (même avec la meilleure volonté du monde, votre bateau sera sâle. Pour vous refaire une santé, c'est impeccable, il y a les riches ports de Royan et alentours, voire Bordeaux, pour les plus courageux. En plus, il y a plein de conches, où mettre le bateau gratuitement. Et en remontant vers la Dordogne, vous arrivez dans des endroits déserts.

Vous voulez tester la voile pourave ?

Facile. Trois cas.

1. Vous avez déjà un bateau, vous aimez voyagez seul ou en petit groupe. Vous êtes sur la bonne voie. Laissez-vous aller. Peu importe les on-dit, vous allez de port en port, semant la ruine et la désolation de la voile clean sur votre passage. Que ceux qui bichonnent leurs bateaux qu'ils sortent trois fois par ans, aient les boules. Vous affichez ostensiblement votre esprit de la voile pourave. Mais qu'ils se convertissent à la voile pourave, si ils ne sont pas contents !

2. Vous avez un bateau et vous souhaitez vous mettre en flotille pour répandre aux quatre coins du monde la voix de la voile pourave. Tant mieux. Il faut s'unir. Luttons pour la gratuité des ports.

3. Vous n'avez pas de bateau. Il y a le bateau-Stop. Au pire, tentez de vous incruster dans un équipage de voile clean pour le corrompre. Si vous habitez vers la Charente-Maritime, contactez-moi.

voilepourave@yahoo.fr

Copyleft 2006. Benjamin Grassineau. Licence pourave.

Mardi 25 mars 2008

Pour l'anarchiste marin, la mer, l'océan, sont les éléments indissociables de son esprit et de sa vie d'anarchiste. C'est pour lui l'un des seuls espace de liberté authentique, où il peut mettre en pratique sa révolte individuelle contre les hiérarchies, le marché, l'autorité, le conformisme et les Etats. Sur mer, il peut cracher sur les drapeaux en toute tranquilité, et ce ne sont d'ailleurs pas les drapeaux qui manquent !

L'anarchiste marin est à mi-chemin entre la fiction et le réel.

Fiction.

Corto-Maltesse. L'anarchiste marin par excellence. Individualiste et idéaliste, il adhère à sa propre éthique. C'est un gentilhomme de fortune qui parcourt les mers sans se soucier des Etats et des hiérarchies. Il est autonome et indépendant.

Le capitaine Némo est autre anarchiste marin emblématique. En révolte perpétuelle contre la société oppressive de son siècle, il a détourné la technologie, qu'il maîtrise parfaitement, à des fins plutôt cools. Le Nautilus, refuge des proscrits, est le navire-symbole du contre-pouvoir. L'emblème de l'outil convivial qui est réapproprié par l'individu et sert à lutter contre le joug de la société industrielle. Et comme il le dit,


La mer est tout. Son haleine est pure et saine. Là, l'homme n'est jamais seul car il sent de tous côtés l'animation de la vie. La mer n'appartient pas aux despotes. A sa surface, les hommes peuvent encore faire des lois injustes, se battre, se mettre en pièces, faire des guerres aussi horribles que sur terre. Mais neuf mètres plus bas, leur règne cess, leur influence se tarit et leur puissance est anéantie. Ah Monsieur, vivez - vivez au sein des mers. Là seulement, je ne me reconnais aucun maître. Là, je suis libre !


Allez, je change de créneau. Dans le film Waterworld, un des meilleurs films de série Z tourné avec un budget pharaonique, Kevin Costner est le symbole de l'anarchiste individualiste philanthrope - un peu niais aussi -, qui erre sur la mer, et lutte contre l'oppression des anarcho-capitalistes marins ! Interprétation un peu rapide, mais pourtant rigoureusement exacte.

Dans la Baleine des Sables, de Bruce Sterling, c'est un peu la même ambiance, mais dans le trip cyber-punk à la Mad Max. L'intrigue se passe dans un milieu de punks anars qui évoluent sur une planète recouverte d'un océan de sable.

Dans le même genre, les Fremens de Dune sont une métaphore de l'anarchiste marin. Léo Atrédides, noble de naissance, finit par rejoinde le combat d'un peuple contre les opresseurs impérialistes (les Harkonnen), spirituels (les sorcières Benne Gesserit) et marchands (la guilde spatiale). En s'alliant harmonieusement avec la mer de sable, dans un trip écolo bien digne des années 70, il arrive à combattre ces forces du mal et de l'oppression capitaliste, étatique et intellectuelle.

Toujours dans le rayon SF, il y a aussi les navigateurs de l'espace. À ce niveau, la palme d'or de l'anarchiste marin de l'espace revient incontestablement au Vagabond des Limbes. Merveilleux  Vagabond des Limbes. C'est un individualiste forcené, un anarchiste errant qui a rompu avec le pouvoir impérial et vit désormais comme un rénégat. Sur son vaisseau d'argent, il parcourt l'univers, d'aventure en aventures, de cloaque en cloaque, et reste fidèle à son éthique individuelle anarchiste. Axle Munshine est un rebelle profond, animé d'une éthique anarchiste indiscutable, il vit en grande partie en auto-subsistance et en autarcie sur son Vaisseau d'Argent, grâce au Leg de son père. Notez-bien, il ne force jamais Musky à le suivre. C'est elle qui le suit si elle en a envie ! Le vagabond des Limbes, c'est aussi le rebelle par héritage. C'est Korian Munshine, le père d'Axle Munshine, qui, en coulisse - d'un lieu inconnu -, le pousse à libérer la Galaxie du joug de la Guilde.

Un autre anarchiste marin de l'espace est Riddick, authentique anarchiste individualiste, qui lutte contre l'empire des nécromanciers. Rien que ça. Riddick, c'est un peu le gars qu'on peut pas contrôler. Il ne décidera de vous aider que s'il en a envie...

 Thorgal enfin, anarchiste marin, bien qu'il ne soit pas un marin à plein temps. Le rêve de Thorgal, c'est d'aller se paumer sur une île déserte de Scandinavie, pour couler des jours heureux avec sa gonzesse Aaricia, loin de la folie des hommes. Mais c'est pas facile, car partout les hommes ne rêvent que de pouvoir et d'argent, et sont prêts à tout pour y arriver !


Bon. Mais l'anarchiste marin, c'est aussi du concret. J'irais même plus loin, l'anarchisme marin a accompagné le développement de la navigation. Et l'anarchisme, le vrai, pas celui des puritains gauchistes comme Joseph Proudhon, est né sur les mers, loin de la hiérarchie et des Etats sédentaires.

Il y a d'abord eu les pirates. Les pirates furent bien les premiers anarchistes marins. De même que les premiers zonards des mers et les populations côtières. Rétifs à la hiérarchie, les pirates élisaient leurs chefs et se foutaient bien de la société opressive de leur époque.

Et puis, il y a eu les voyageurs des mers chaudes, qui ont fait souffler par leurs rapports de voyage, un vent de rébellion sur l'Europe entière.

Par la suite, Pierre Loti incarna bien l'aventurier des mers. Pierre Loti, le premier hippie...

Et puis, il y a les clochards marins. 

Ensuite, on a eu les plaisanciers rebelles. Alain Gerbault, d'une certaine manière, fut un anarchiste marin.

Et, on trouve des anarchistes marins un peu partout dans les ports de nos jours. Il suffit de savoir les écouter.


Alors, quel avenir pour l'anarchiste marin ? Survivra-t-il aux GPS, aux radars, aux satellites et à tous ces bidules sophistiqués qui renforcent le contrôle des bateaux sur la mer. À mon avis, c'est clair. Le dernier refuge aux totalitarismes, ce sera la mer. Parce que la plupart des autres courants anarchistes ont un terrain de lutte éphémère. Les anarcho-capitalistes ont besoin du marché. Les anarchistes syndicalistes ont besoin de leurs usines. Les anarchiste verts ont besoin des ruines de la société industrielle. L'anarchiste marin lui, n'a besoin que d'une chose : un bout de mer et un truc qui flotte ! Après ça, l'anarchiste marin n'est ni riche ni pauvre. Il survit comme il peut. Et finalement plutôt pas mal... Pas besoin de courber l'échine pour labourer la terre, un peu de pêche, quelques larcins, quelques plantes de bord de mer, une bonne dose de sel, et c'est parti ! Et puis, comme il n'appartient à aucune nation, comme il a la mer comme patrie, l'anarchiste marin n'a pas fini de faire ses révolutions. Les Etats peuvent bien s'écrouler, les empires s'effondrer, rien à dire, l'anarchiste marin a encore de beaux jours devant lui !

par Grassineau Benjamin publié dans : Philosophies et pratiques de la voile pourave
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Samedi 16 juin 2007

L'autre jour, pendant que j'étais en train de bricoler sur mon bateau, une question m'est venue à l'esprit : quel coque est la mieux adaptée à la voile pourave ? La réponse qui m'est alors apparue comme évidente : le ferro-ciment. Ça c'est du pur voile pourave. Une coque qu'on répare avec une truelle et un sac de ciment, que demander de mieux ? Mais cela dit, une coque bien osmosée n'est pas désagréable non plus. L'acier aussi, c'est un matériau sympa, parce qu'il a l'avantage de rouiller.


Et puis en y réfléchissant, je me suis dit que le ferro-ciment n'est qu'une première étape. On peut aller plus loin, et construire sa coque avec du mortier et de la chaux. On peut même être plus radical, et construire sa coque en torchis et en paille. Il y a bien des maisons en paille, pourquoi pas des bateaux en paille... ou en algues... On pourrait également construire la coque en CP d'intérieur, qu'on recouvre avec une couche de peinture à l'eau. Ou mieux, une coque en aggloméré. Ou pourquoi pas une coque composée d'assemblages de meubles en formica récupérés dans des décharges...


Ça me rappelle que quand j'étais jeune (13-14 ans), je m'étais construit un radeau avec des vieux bidons en métal. De grands bidons qui faisaient environ 1 mètre de haut. Je voulais essayer de flotter sur les canaux du marais avec ça... Malheureusement, le truc ne flottait pas droit. J'ai donc laissé tomber. C'était en tous les cas une belle carrière de voileux-pouraveux qui commençait. Un bateau auto-produit. Déjà... À cet âge là... J'ai toujours été à la masse... Et je ne me suis pas arrangé depuis...


Reste qu'il faut une coque un minimum esthétique... et à ce niveau là, l'acier rouillé a un avantage incontestable sur les autres matériaux. Les coulures de rouille sont toujours agréables à l'oeil. Encore que le ferro-ciment peut laisser apparaitre de larges fissures, ce qui n'est pas inesthétique. Quant au bois, quand il n'est pas beau à regarder, c'est rare me semble-t-il que le bateau soit encore navigable... Un bon moyen de rendre son bateau pourave est aussi de laisser pousser les moules dessus, ça donne du style. En plus, ça évite l'antifouling qui pollue nos petits coquillages.


Avant d'acheter mon baroudeur, j'avais été visiter quelques bateaux qui valaient le détour. Je me rappelle notamment d'un bateau plastique, dans une conche près de Blaye, qui était réellement pourri à l'intérieur. Il avait selon le vendeur, servi à l'UCPA. Le gars avait en plus construit une sorte de bulle au niveau du pont, pour voir la route qu'il disait... J'ai failli l'acheter... Un 7 mètres à ce prix là (2000 euros négociables si mes souvenirs sont bons), ça ne se refusait pas.


Tout ça pour dire qu'il y a plein de coques pouraves, quelque soit le matériau. C'est pareil pour la voile tunning. On peut en faire avec du CP, du Sandwich Balsa, de l'aluminium, etc. De toute façon, on passe son temps à se prendre la tête sur les coques les plus solides, mais est-ce que ça a vraiment un intérêt sur mer ? Disons que ça doit rassurer. Mais je ne suis pas certain que la majorité des accidents soient dûs à des défaillances de la coque, ou à des OFNI.


Et les voiles ? Quel serait le matériau le plus pourave ? On a que l'embarras du choix. Mais ce qui me ferait quand même kiffer, c'est des voiles qui soient aussi classes que des nappes. Du genre, plutôt qu'une voile blanche, ou flaschie, on aurait des voiles avec des motifs délirants, genre paréo, tissu africain, gothique, voile en dentelle quand il y a trop de vent...


Une dernière petite histoire. Quand j'étais à Tahïti, chez la famille de mon ex, il y avait un cousin à elle, Ruben, qui réparait sans arrêt sa pirogue. Il passait son temps à la retaper, mais ça n'empêchait pas qu'elle fuyait de partout. Pas à dire, ça m'a donné un bonne leçon. Il se prenait pas la tête. Le truc flottait, pas de lézard. Et de toute manière, c'était suffisant pour le lagon. Donc la meilleure coque pourave, c'est celle qui flotte pour la nav qu'on a envie de faire. Peu importe après qu'elle brille ou non.

par Grassineau Benjamin publié dans : Philosophies et pratiques de la voile pourave
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Lundi 26 mars 2007


La parole aux marins n° 4. ENTRETIEN SEMI DIRECTIF. Michel G. Ostréiculteur à Port des Barques (17).


Mon entreprise à moi, comment ça marche ? parce qu’à la limite, je fais un truc assez particulier, que tout le monde fait pas. C’est pour ça que ma façon de travailler est assez …, elle est comme tout le monde, mais on s’est spécialisé dans une certaine façon. C’est à dire que les ostréiculteurs de Marennes et d’Oléron, les ¾, ils vont de la petite à la grosse, que moi je fais que de la semence et je fais un petit peu de grosses pour ma femme, qu’elle les vende sur la côte. Mais autrement on vend pas, on fait pas de la grosse, c’est peut être pour ça que je suis pas le bon…

Mon entreprise est familiale. C’est à dire qu’on a deux structures. J’ai une société de type familial avec ma femme. Moi, je l’ai créée mon entreprise. Mon père m’a donné un tout petit parc et après je me suis débrouillé tout seul, voilà ! 12 ares, ça fait 1200 mètres carré.

Au départ je m’entendais pas trop avec mon père, il nous a donné à chacun des frères 12 ares de terrain et puis moi, j’ai fait l’école d’ostréiculture et de pêche et puis ça m’intéressait pas trop l’ostréiculture. Il nous a donné à chacun 12 ares et moi j’ai opté pour la pêche. 

Je suis parti à la pêche, j’ai fait faire un bateau et tout ça, puis moi, je suis parti.

Puis j’ai un frère qui est décédé, c’était lui qui était implanté dans l’ostréiculture, on était trois, donc j’ai racheté la part à mon frère, voilà donc ce qui m’a mis les deux pieds dedans.

On est trois à plein temps et puis après il y a les saisonniers, dix, mais là c’est pareil, je travaille avec mon frère, on a chacun notre entreprise, mais on travaille ensemble. Donc, j’en ai trois à plein temps, chez mon frère ils sont deux à plein temps, ce qui fait trois aussi, et on a jusqu’à dix, quinze saisonniers. Par contre on a le même matériel ce qui est un avantage.

 

Oui, dans mon entreprise à moi, il y a de la solidarité, chez nous les ostréiculteurs, il y a de la solidarité. La solidarité, c’est l’entraide aussi bien matérielle que financière, souvent aussi. Voilà. Oui, oui, il y a toujours un peu de rivalité, mais quand quelqu’un a besoin, tout le monde y va. 

Après la tempête, je crois pas que ça été là le gros truc, parce qu’enfin de compte on a bien été aidé au niveau de l’état. Donc, tout le monde s’y est mis aussi, mais tout le monde s’en est tiré.

Mais je vois « souventes fois » un qui a été malade pendant longtemps ou quoi, ou on donne des marées, ou on aide au niveau travail, ou ça nous est arrivé financièrement d’aider les gens. Enfin, çà ne dure qu’un an peut être, c’est pas des grosses sommes non plus, c’est du dépannage. Chez nous ça se fait, quoi. 

Je crois que c’est le monde de la mer qui est souvent comme cela. Enfin c’est vrai, il y a des exceptions mais on se donne la main.

Moi j’ai jamais eu besoin, je touche du bois, mais j’ai jamais été trop dans la difficulté. Mais moi j’ai des copains qui ont attrapé accident, qui ont été invalides pendant un an, de temps on a été donné un coup de main, quoi. D’autres aussi, ah non, je ne suis pas le seul comme ça.

Je m’occupe aussi beaucoup de collectif, quoi. Syndical, syndicat chez nous c’est un grand mot, c’est pas le syndicat politique, tel qu’on le conçoit. C’est plutôt association, une association professionnelle à Port des Barques on est peut être soixante et quelques, je ne sais pas s’il y en a quatre ou cinq qui n’y sont pas, non il n’y en a pas cinq.. Ca c’est…

Je fais donc partie du syndicat et puis après je suis membre d’une section régionale qui regroupe l’ensemble des professionnels de Marennes Oléron et de Poitou Charente. Donc c’est une activité qui prend beaucoup de temps.

 

Oh oui dans le monde de la pêche il y a la solidarité, mais il faut comprendre, la solidarité, c’est sur elle existe, mais, c’est l’esprit de compétition, là c’est à la pêche comme en ostréiculture, il faut tout le temps qu’on fasse mieux et plus que le voisin. A la pêche, c’est peut être encore plus prononcé, dans l’ensemble, c’est vrais qu’on est vachement solidaire, mais à la pêche, j’ai fait vingt ans la pêche et c’est vrai qu’effectivement en temps que patron, je ne donnais pas mes coins de pêche et que je l’ai toujours fait. Là, il n’y a pas de problème !!! Mais quand quelqu’un est en panne ou quoi ou n’importe quoi, ou qu’il y a un problème matériel, j’aide.

 

La VHF, oui on s’en sert, pour les plaisanciers au niveau des gens de la mer, il y a des très bons plaisanciers, au niveau des gens de la mer, il y a des plaisanciers, mais par contre avant il y avait un restrictif, maintenant tout le monde est plaisancier et ça n’amène pas que du bien. Le mot plaisancier, c’est vaste et dedans il n’y a pas que des bons. Chez les professionnels il n’y a pas que des bons non plus. Je ne sais pas mais ça a vachement évolué le monde de la plaisance. Avant dans le coureau, on voyait peut être par semaine et même l’été, il y avait peut être 100 bateaux, maintenant, il y en a 2000, donc, ça a explosé, voilà.

 

Pendant les vacances, je fais de la voile, on aime beaucoup ça.

Quand je vais me promener, mon bateau, il est basé en Martinique, et je vais un peu partout, je rayonne dans les îles, la dernière fois quand je suis parti, j’ai été au Vénézuéla, trois jours et demi, quatre jours de mer, ça dépend du vent. 

En tant que plaisancier, je n’ai jamais eu l’occasion de porter secours, en tant que professionnel de la pêche, alors oui. Mais il y a beaucoup moins de bateaux aux Antilles, qu’il y en a chez nous !

 

En tant qu’ostréiculteur, ça nous arrive souvent de ramener un collègue qui est en panne. Ou un qui est trop chargé, on lui ôte un peu de son poids, pour le mettre sur notre bateau pour pas que ça le gêne.

Quand le temps est trop mauvais, personne n’y va. Quand ça nous reprend et qu’on est à la mer, pas encore rentré, alors on rentre. 

(au niveau des piballes, c’est bien dommage, un jour il n’y aura plus d’anguilles, je ne peux pas cracher dans la soupe, j’ai vécu de cela)

La solidarité, du côté des paysans c’est pareil, je crois. Du côté des paysans, ceux qu’on connaît, ils s’aident quand même. Les autres corporations, je ne sais pas, je ne connais pas.

Les touristes, c’est pareil, au niveau d’un camping, ils se connaissent, moi je vais souvent au bistrot, au café et on entend des gens dire, j’ai emmené machin à la plage, j’ai emmené machin à la pêche, Ca doit être pareil. Le malheur de notre monde c’est quand les gens ne se connaissent pas.

Quand il y a quelqu’un en danger tout le monde y va. Non, l’assistance n’est pas liée à la connaissance. Non, non, jamais, non.

Non, on est peut être plus solidaire avec des gens avec qui on a des affinités , non, non.


Je ne sais plus, car je n’ai pas les chiffres en tête, mais le nombre d’exploitation à Marennes, Oléron, c’est plus de 70%. Quand on appelle une exploitation familiale, c’est le mari, la femme et les enfants qui travaillent ensemble. Oui, presque toujours, c’est héréditaire, le pourcentage, je ne le sais pas. Mais je le vois dans les jeunes, car je fais partie du conseil d’administration du lycée de la mer.

On a plus de départ à la retraite que de repreneurs. Ah oui, on avait peut être 10 départs à la retraite, pour un repreneur. Ca s’agrandit les exploitations, le voisin prend toujours le meilleur. Et puis dans une exploitation tout n’est pas toujours bon à 100%. Alors, le mauvais c’est perdu. Tout le monde veut que du bon. Chez nous c’est particulier, on n’est pas propriétaires, on est les fermiers de l’état, nos concessions ne nous appartiennent pas.

Quand on ne trouve pas repreneur, c’est l’état qui reprend possession des parcelles de terrain, il les met à l’affichage et tous les professionnels, peuvent y accéder. Ils favorisent les jeunes par rapport aux vieux. On a une rémunération en point et en âge. Ca part de la compétition.

J’ai une fille , mais elle ne reprendra pas

Même pour moi aujourd’hui, l’état peut annuler mon droit de location. On a des bails de 25 ans. Mais si l’état dit aujourd’hui on a un projet quelconque… Mais de droit l’état peut reprendre son bien.

 

Moi j’aime mon métier, moi j’adore ça, mais ce qui est dommage, c’est que nombre de mes copains disent, ah bien non, mon fils ne fera pas l’ostréiculture, c’est dommage car on a un beau métier. On a un beau métier quand même. C’est différent de la pêche, mais c’est bien. 

Le monde de la mer est très différent, on a pas du tout le même point de vue, on a pas la même vision des choses. Parce que, pourquoi, je ne sais pas. Peut être dans l’agriculture, dans l’agriculture, c’est pareil, les vrais paysans ils aiment ce qu’ils font, ils aiment leur terre. Et nous, c’est pareil le monde de la mer c’est ça. J’aime tout, tout quoi dans ce métier et mes ouvriers je crois que c’est pareil, il y a Pierre qui est avec nous, il était avec nous depuis l’âge de 14 ans. Il était à l’école , le week end il vient travailler avec nous, il a 30 ans maintenant.

Je vois Didier, il était avec moi comme matelot quand je faisais la pêche, on avait 20 ans chacun, il est parti à terre, mais il est revenu avec moi maintenant. Lui c’est pareil il est revenu, parce qu’il aime.

 

A tout je rattache la solidarité dans notre monde, aussi bien dans le travail que dans l’effort financier.

 

Nous on a eu une bonne base, contrairement à la génération de mon père où c’était juste après guerre, ils ont pas eu tout ça. Mon père c’était un marin, il a fait l’ostréiculture, son père faisait l’ostréiculture aussi. Je suis ostréiculteur, fils d’ostréiculteur et petit fils d’ostréiculteur. Avant il n’y avait pas d’ostréiculteurs, avant c’étaient des marins. Avant loin, loin, chez nous on a été tout le temps à la côte.

J’ai des cousins partout à l’île de Ré, à l’île d’Oléron, comme ils naviguaient beaucoup à la voile, on avait de la famille partout, comme ça ils rentraient aussi bien à la Rochelle qu’à Oléron. Mon père me racontait que quand il était gamin dès fois, ils partaient pour une journée, et ils pouvaient revenir qu’une semaine après. Grand mère s’était habituée. Pas de vent ou du trop mauvais temps

C’était dangereux quand même, quoique à l’abri des îles, encore faut il pouvoir rentrer dans le pertuis, car il y a des moments où c’est… Tout le transport se faisait par bateau.

par Grassineau Benjamin publié dans : Anthropologie et philosophie de la voile
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Lundi 26 mars 2007



La parole aux marins n°3. Serge, plaisancier.
 

A 23 ans j’ai commencé à faire du bateau, sur un habitable de 5 mètres 65, Jouët 18. J’ai appris tout seul, d’abord trois ou quatre fois avec cet ami. J’ai aimé d’emblée et ça m’a donné l’envie d’en construire un, dériveur en acier de 10 mètres. Je n’avais aucune notion à la base. J’ai lu des livres, posé des questions à des copains, fait des bêtises et puis réparé. 10 ans se sont écoulés entre le désir et la finition. 3 ans pour la réalisation du bateau.

Je suis parti en couple, nous avons divorcé après, mais non ça n’a pas cloché sur le bateau. De janvier 1994 à juillet 2003, j’ai vécu sur mon bateau… Madère… Dakar… Saloune… Cap Vert… Dakar… Saloune… Casamance… Cap Vert… Brésil… et rentrée…Au début nous étions deux, puis j’ai été tout seul pendant 6 ans. Oui, j’ai été navigateur solitaire par obligation, non par choix.


Sur un bateau, les occupations ne manquent pas, il faut gérer le vent, gérer la mer, gérer la nourriture, lire, la musique, pêcher pour la nourriture. Il n’y a pas d’obligation de travail là dedans, c’est pour mon plaisir.(très peu de bateaux n’ont pas de bouquin ! Ah, les bibliothèques de bateaux, beaucoup de romans…). Il y a toujours des prises de bec, des mises en place plutôt.


La solidarité sur un bateau, c’est vrai quand tu as un problème tu en causes, il y a une écoute. Quand tu es en mer, tu n’hésites pas à aller aider quelqu’un, tu ne te poses pas de question, s’il y a un danger. Pour ma part, je n’ai jamais rien eu de dramatique, que des petits trucs, des déséchouages… C’est en fonction des possibilités qu’on a de pouvoir aider. J’éteignais la VHF, car ça parle en toutes les langues.


Les gens de mer tant que ces gens là respectent la mer, je les respecte aussi. En général, ces gens là sont des grands humains, des gens la qui respectent l’entraide, il y a eux et ceux qui ne respectent pas la mer, ne respectent pas non plus l’entraide. Autrefois elle occupait la première place, mais aujourd’hui j’ai changé de vie et j’y passe moins de temps. Je n’étais pas plus seul en mer que si j’avais été à terre.


Oui des règles de vie particulières, tout au moins identique à celle des montagnards, de la vie dans le désert. Ce sont des milieux hostiles et différents, avec des mêmes règles de vie. On a vraiment l’impression de vivre dans un monde à part. C’est un monde choisi, pas subi. Il y a des gens de mer qui ont un esprit marin. D’autre part il faut savoir ses limites, ce sont ceux qui respectent la mer, savoir ses limites et ne pas les dépasser, pour ne pas mettre d’autres vies en péril. C’est pas un milieu où l’on fait le fanfaron, où l’on recherche la gloriole. Si tu te dépasses, c’est les éléments qui l’ont voulu et c’est pour sauver ta peau.


Ce qui me motive à partir en mer ? Une sérénité… C’est simplement le fait de partir. En mer j’ai l’impression d’être chez moi… le vent … le soleil… l’eau… tout cela est en mouvement et nous fait participer à la vie de la Terre. Même en plein marais où j’habite, tout cela est trafiqué, et le ciel on ne le voit pas dans ma maison. En mer, rien ne t’empêche à gérer ton déplacement. C’est une forme de liberté.


ENTRAIDE   

Oui, il y a une forme d’entraide sur le bateau, même si des fois il faut mettre les points sur les i . C’est une équipe. Ca dépend de la qualité des humains embarqués, car c’est une vie en communauté restreinte et que le bateau est un révélateur de caractère. Ca active, ça met plus fort les qualités et les défauts des gens. Non ce n’est pas une nécessité vitale due à l’isolement qui fait renforcer la solidarité, qui fait fonctionner la solidarité ; il faut la créer, voire l’obliger en parlant : tu donnes les règles, si il y en a un qui ne fonctionne pas, ce qui est très rare, c’est l’enfer. Tout le monde est au diapason, sans ça, c’est terrible ! tout alors devient de plus en plus difficile. Il y en a un qui va morfler et l’autre deviendra tortionnaire et le reste de l’équipage va morfler. Ca se passe très, très mal.

J’ai vu sur d’autres bateaux, une des deux personnes en litige ou plusieurs doivent être débarquées incessamment. Il ne faut pas chercher à comprendre, il faut débarquer.

Un nouvel arrivant, il faut lui expliquer les règles du bord, les quarts, pour manger, les corvées. Il faut que tous prennent leur part active. Les affinités, etc… c’est comme à terre. En bateau, il faut prendre énormément sur soi, sans ça, ça ne marche pas. On ne peut pas se cacher, sur un bateau.

La décision n’appartient qu’à une seule personne, le responsable du bateau, même si il y a une discussion avant. Les équipiers, s’ils ont des connaissances, ils sont compétents.
Ils apprennent après.
 

Les relations entre les membres de l’équipage à terre sont les mêmes si la traversée s’est bien passée. Si la traversée se passe bien, c’est souvent l’occasion de grandes bouffes, de grosses cuites… Tout le monde remet à plat ses petits problèmes et puis tout va bien ! A la deuxième étape après, c’est pas évident que les gens se voient.

 
RAPPORTS NAVIRE/AUTRES

C’est différent si c’est dans le pertuis ou en Afrique !
Je me refais aux normes locales, la courtoisie pour moi, tout au moins ici, c’est les règles maritimes, tribord à … voiliers prioritaires sur moteur, sauf si accès dans un chenal. C’est le respect des règles, ici. C’est l’application des règles, bête, pas de courtoisie. En Afrique, très peu de voiliers, pas de courtoisie, mais en règle générale, ils ne te rentrent pas dedans.
 
DEFINITION DES TERMES

La solidarité ? Une aide à une autre personne, sans attendre de retour, connue, pas connue. Une entraide désintéressée pouvant être anonyme. Tu peux aussi aider tes amis, ça s’appelle aussi de la solidarité. Tu n’es pas obligé de connaître la personne pour l’aider.

Ca se passe au port essentiellement, si tu connais la solution, tu la donnes. S’ils sont dans la dèche au niveau de la bouffe, tu te démerdes pour les aider. A l’étranger, il y a forcément un moyen (même activité, même nationalité), l’entraide peut se passer aussi à ce niveau là, même pas des gens de la mer.

En mer, c’est filer un coup de main à un bateau en difficulté, c’est pas aussi simple que ça, quand tu es en mer. Pour ma part j’ai juste sorti des gens qui s’étaient échoués.

C’est aussi, répondre à une situation de détresse morale physique ou matérielle, tu le vois bien, mais il n’y a pas que ans la détresse que tu vas aider les gens. A partir du moment où il y a un problème, tu vas aider les gens.

A partir du moment où il est humain, il n’y a aucune condition pour que j’aide quelqu’un. S’il est très désagréable, en mer je l’aiderai, là pas de couleur, c’est toujours. A terre, je ne suis pas tout seul, il peut y avoir des affinités. Le milieu marin est très sectaire, comme à terre, affinités ou pas mais en mer sur un bateau, il n’y a pas d’histoires de personnalité. En mer tu penses que les gens feront comme toi, c’est pour cela que tu ne regardes pas celui que tu aides.

C’est un monde que tu ne peux pas oublier, c’est un côté de moi qui ne disparaît pas, je ne rentre pas dans le moule, j’essaye de ne pas en faire trop, même si je suis né dans ce monde de terrien, dix ans de mer m’ont plus forgé que la terre. C’est viable que lorsque tu es sur l’eau. A terre ça ne sert plus à rien. Tu prends une démarche de pingouin un peu rigolote, qui n’est bien que lorsqu’il est dans l’eau.

par Grassineau Benjamin publié dans : Anthropologie et philosophie de la voile
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Lundi 26 mars 2007



La parole aux marins n° 2. Florent, 26 ans, travaille en Charente Maritime, à l’agencement des bateaux depuis 1 an et demi, dans un chantier naval de plaisance. Il est né à Abidjan, et a été élevé dans divers pays étrangers où ses parents se rendaient par la mer en bateau de plaisance, qu’ils remettaient en état eux même.

Il revient du Cap Vert où il a été skipper pendant deux ans.

 
Solidarité
 

La solidarité, je ne sais pas. Quand j’ai eu le pépin, j’ai vu un bateau assez éloigné, il n’était peut être pas équipé de VHF, mais je n’ai eu de l’aide qu’une heure trente après et pourtant je n’étais qu’à 6 kilomètres des côtes, grosso modo.

C’est un bateau de travail avec les touristes, qui m’a entendu. Ils étaient derrière une pointe rocheuse, tout de suite ils sont venus. Un de mes clients a été attaqué par un requin. Il y avait quatre bateaux.

La solidarité, n’est pas généralisée. Je ne les ai pas vus, eux ils ont tout vu, le temps que je remonte l’ancre et que je rentre, ils ont déjà raconté l’histoire. Quelle solidarité tu veux devant cette histoire !

Il ne serait peut-être pas mort, s’il y avait eu une aide plus tôt ; Il a tenu 3/4 d’heure, j’ai donné ma position en toutes les langues, puis j’ai fait route sur le port, donc solidarité entre guillemets… je l’ai vu mourir… cauchemar, pendant 3 nuits je n’ai pas dormi après.. je l’ai mis dans le cercueil avec tout le respect du monde. Ce qui a été horrible, il y avait juste au port quand je suis arrivé, juste un petit point santé. C’est un bateau européen qui nous a aidé, avec deux médecins autrichiens, ils n’ont pu le ranimer.

La plage était à 50 mètres, il partait à la nage avec sa femme… j’étais sur le bateau, l’ancre était mal accrochée, je devais les rejoindre dans 10 minutes. Des enfants se baignaient, il y avait 4 bateaux au mouillage… Il y a eu un gros clapotis sur l’eau, le mec levé dans les airs et la tête du requin sur l’eau. J’ai démarré le bateau à toute vitesse, je ne m’étais pas imaginé une telle violence. C’était un requin tigre, le requin il n’a pas tourné, il n’a pas observé sa proie… Tout le monde se baignait, c’était une île déserte, un gros rocher avec des criques. Les gens ont sorti le mec de l’eau.

Moteur démarré, j’essaie de rapprocher le bateau pour hisser le mec à l’arrière du bateau, l’arrière du bateau est devant lui, j’essaye de le lever, 90, 100 kilos en bon allemand. J’ai été aidé pour finir.

Il a d’abord vu sa main presque sectionnée, il a fait, je suis sur un début d’infarctus quand il a vu qu’il avait perdu sa jambe il a fait un infarctus. J’ai été aidé pour lui faire un garrot. On a tout de suite fait route, sa femme était paniquée. Il a vite eu une mauvaise oxygénation, les trois autres bateaux ont suivi.

Le requin, il savait qu’il y avait du nettoyage fréquent de poissons ici, il savait qu’il y avait du poisson qui tombait. Bernard a du être attaqué, car il était très, très blanc et qu’il nageait très, très mal, il y a du avoir confusion pour le requin.


La solidarité elle existe chez les « gitans de la mer » qui se baladent. Ca arrive à être la petite famille. Quand on est arrivé avec mon père sur notre bateau Ben au Cap Vert, on n’avait pas un rond, ils nous ont aidé à chercher des solutions. En Mauritanie, on s’est fait plumer, et on avait à peine de quoi payer l’immigration. On a vendu nos portables, nos CD, nos guitares…

Oh oui, j’ai aidé, je me suis dévoué pour aider à dégager des bateaux échoués. C’est presque automatique. Quand on a appris qu’il y en avait un qui avait échoué sur les cailloux, on y a été, pendant six heures. On a sorti le bateau du sable. C’est presque impulsif, les gens de bateau se sont proposés. C’étaient des allemands qui avaient échoué. Ils avaient dégagé tout le vin du bateau et j’ai encore leur image, de les voir buvant ce vin. C’était une réaction au choc. Leur bateau était très abîmé et nous l’avons sorti juste à temps, de 7 heures du soir à 3 heures du matin nous nous sommes débattus pour le sortir.

Un bateau en détresse, j’irai immédiatement l’aider, au moins je chercherai, même si c’était un cargo, c’est je sais démesuré et je me suis déjà posé la question. Au niveau de l’aide en mer c’est très généralisé.

Pourtant malgré le message de déroutement du bateau de pêche pour qu’on ne lui barre pas la route car il est prioritaire, le chalutier a été coupé en deux par un cargo. Les cargos, c’est autre chose. Je n’ai jamais été pour un cargo. On a failli nous faire rentrer dedans par des chalutiers. Je les voyais loin, mais c’était la lueur de leur projecteur qui paraissait atténuée. Puis j’ai vu un gyrophare, c’est qu’ils allumaient et éteignaient leurs projecteurs pour me prévenir. J’étais à 15 mètres d’eux quand j’ai braqué. 

 
IDENTITE
 

Nous les plaisanciers on navigue tous pour notre plaisir, mais différemment. Il y en a qui ont des bateaux mais qui vivent en marina, et des gens qui vivent sur leurs bateaux. Le mec qui a son bateau pour faire un tour avec même si c’est plus que des ronds dans l’eau, il se divertit, bon moins peut être, mais ce sont des gens comme tout le monde, car ils ont un travail, et tout. Il faut faire la part des choses car ce n’est pas du tout le même type même s’il prend une année sabbatique. Il alimente ses rêves de ronds dans l’eau pour partir ou ne pas partir, il en est au stade embryon. C’est très différent du « gitan de mer » qui lui a fait le pas. Il est parti. Et ce n’est pas toujours rose et pas toujours les cocotiers et le soleil ! Il faut pas mettre tout le monde dans le même tas, c’est très différent de mentalité et de personne.

C’est le même plaisir, mais un au stade d’embryon et l’autre réalise son rêve avec son bateau, maison et cocon. Les autres prennent des coups de rêves pour en alimenter leur pensée… c’est pas vivre vraiment le voyage. S’amuser en mer… c’est la même illusion, le même sentiment.

Il y a un petit aparté au niveau du plaisir. Au moment où tu pars tu es triste et préoccupé de prendre la mer et hyper heureux de voir la terre. Il y a des gens qui n’ont pas de bateau, qui en louent car ils ont la passion de la mer, de la voile, du calme de tout ce que ça comprend. Au niveau charter tu le vois très bien. Pour une traversée de 48 heures il y a un moment sans voir la terre. Quelle joie de la revoir. C’est une sensation impressionnante de revoir la terre, une lueur à l’horizon… tu vas mettre le pied à terre. Rien que d’y penser de l’avoir vécu, je le ressens encore.

Ce sentiment les gens qui font des ronds dans l’eau ne le ressentent pas.

Le gros de mes apprentissages, c’est Bernard Moitessier. Il racontait que les gens de Singapour partaient avec rien, ils n’avaient que les étoiles. Lui il partait avec des épaves, sur l’île de l’Ascension, où un cargo l’avait emmené, il avait le projet de faire un bateau en papier, pour un seul voyage, collé avec la résine trouvée sur place. Il a trouvé un bateau qui l’a emmené en France. Il a eu un bateau en acier qu’il a quand même foutu à la côte. Sur les photos qui illustrent son livre, à 60 ans, c’est un homme très maigre, on le voit en train de vider son bateau du sable.

C’était un plaisir+++ pour lui, 8 mois sans toucher la terre, il avait une énorme barbe. Mais c’était plus que du plaisir !

 

Mais ça dépend des professionnels, du domaine, pour les cargos, je n’ai pas trop d’opinion, ça me déplait. Ils ont le prestige, mais le dégazage, les containers tombés à la mer si dangereux pour les plaisanciers. Capitaine au long cours je ne sais pas si c’est un homme de mer. Les pêcheurs, oui ce sont des hommes de mer. Ils ont une alliance avec la mer, tout comme le plaisancier confirmé.

Pour l’instant je fais de l’agencement de bateau, je le fais avec passion, car c’est relationné au bateau, ma passion, mon trip. Je revendique quand je négocie avec mes employeurs : «vous avez de la chance de trouver quelqu’un à qui ça plaît ».. Dessiner les bateaux me rendrait l’homme le plus heureux du monde, même poser des cloisons ça me plaît. Dès que je mets les pieds sur un bateau, ça me plaît. 

Les règles de vie, heureusement, elles me paraissent les même. C’est plutôt le rythme de vie qui diffère. C’est un monde à part, plutôt à portée du monde, car tu es de l’autre côté, soit sur la plage tu regardes la mer, soit sur le bateau tu regardes la terre. C’est le même monde mais il est divisé quand tu es sur la mer.

Il y a la même convivialité quand tu es sur le bateau, tu es invité, tu fais connaissance avec les autres, comme à terre il y a des relations. C’est le même monde entre humains, entre personnes. C’est plus accentué car il y a plus de solidarité.

« Le monde est un mouchoir », tu retombes sur les même gens, pas par coïncidence, car c’est les même routes pour les bateaux. Ca crée des liens qui équivalent à des liens sur terre, comme des liens d’amis d’enfance, des potes du long cours comme si l’on avait grandi ensemble. 

Tu ne vis pas dans un monde à part, tu vis séparé par la mer. La vie est la même et pas différente, seulement, il y a d’autres conversations, d’autres thèmes, on parle de pélicans, de poissons… Les plaisirs de la vie sont peut être plus accentués, vécus plus sincèrement.

Sur terre, on utilise du social. C’est à dire que les valeurs sur terre, le fait de garder le contact, ça peut être utile un jour ou l’autre. Sur le bateau le contact, tu le gardes par sentiment.

En bateau, tu peux être seul facilement, à terre c’est difficile, si tu en as marre de la mesquinerie des autres tu es obligé de faire avec.

Les nordiques, genre suédois, ils sont très « cons », les danois, tous ces gens des pays du nord, ils sont froids, différents, très rudes avec une autre mentalité. Ils ne feront pas le tour des bateaux pour voir qui est là. Pourtant, j’en ai connu des sympas. Mais ce n’est pas le même genre de convivialité, de vie sur mer, les hollandais aussi sont du même genre. Mais peut être, oui c’est clair, c’est un problème de langue. Ce sont surtout des français, des anglais, des américains.

Dans la baie de Mindelo, au Cap Vert, il y a 50 bateaux français, pour 20 bateaux de différentes nationalités. Tu as énormément de plaisanciers français, on est les premiers mondiaux.

J’ai aidé des danois, je leur ai trouvé une solution pour garder leur bateau car ils devaient retourner se faire opérer rapidement chez lui. 

Soit on aime naviguer, soit on aime pas, ensuite il y a différents degrés. On ne peut pas généraliser. Pas au début, pas quand tu commences, tu n’as aucun sens de la mer, que la peur et l’incertitude. Ca s’apprend. Le fait de travailler sur la mer, ou de vivre ça demande une grande dextérité physique ou psychique, l’esprit marin, le fait que tu puisses te sentir bien sur un bateau, même en te sentant vasouillard, ça s’apprend. Tu ne l’as pas dans le premier pas sur un bateau. Ca c’est sur. Il y a des gens qui ne l’ont jamais. 

La motivation pour un professionnel, c’est l’argent. Pour un plaisancier, c’est pour se décontracter en mer, ne serait ce que pour sentir le calme, le bruit des voiles. La frime, c’est pour le moteur, mais peut être qu’ils aiment, je ne comprends pas. C’est aussi pour l’adrénaline, le fait de vouloir faire du sport.C’est vouloir s’arracher. En majorité ce qui fait faire le pas à partir, (même si cela n’arrive pas tous les jours), c’est le ras le bol du système, la société et son ras le bol. Il faut vouloir la liberté pour faire le pas.

La pêche en amateur peut être une motivation pour faire des ronds dans l’eau.

L’ambiance, ça dépend… ça peut être très, très bien mais ça peut finir au couteau. C’est le problème de la vie en commun dans un espace réduit. Il y a des couples heureux, qui ont une bonne entente et qui sur le bateau ne peuvent vivre ensemble. Sur un bateau, c’est trop réduit, tu ne marches pas. Ca crée même des problèmes. B.Moitessier ne savait plus marcher après 6 mois de mer.

Quand tu arrives à un endroit, c’est aussi le fait de découvrir toi même cette terre, c’est une autre joie de découvrir l’autre peuple, leur manière de voir, même si tu es déçu.

Tu es libre, si ça se passe mal tu hisses les voiles. Rien ne t’empêche, tu es libre, libre. C’est la découverte.

 
VIE D’EQUIPAGE
 

L’entraide est impérative. La confiance doit s’instaurer. La solidarité même dans le plaisir, s’il n’y en a pas, ça ne marche pas et ça arrive malheureusement.

Tout doit être en harmonie, car en fait c’est harmonieux ; je peux l’entrevoir par ma folie, mais je suis persuadé que des détails non approfondis, que le vent faisant pression sur ta voile fait avancer ton bateau en harmonie du système de fonctionnement. Quand tu règles tes voiles, tu as une seule manière de les régler, les conséquences sont négatives sur le bateau, si tu as mal réglé. C’est de même pour l’équipage où il doit y avoir une relation harmonieuse.

Je suis né avec, je suis né sur la route à Abidjan. Qu’est ce que ça doit frustrer de ne pas partir, distorsion de la pensée, il ne devient plus noble. Que des inconvénients de ne plus partir. 

Oui, je pense que l’isolement renforce la solidarité. Peut être pas sur des usines à conserve, mais avec un petit équipage, la solidarité est presque immesurable. C’est peut être du au fait que comme chez les prisonniers, ils sont solidaires, car il y a l’isolement, ça préconditionne une solidarité, même si ça ne naît pas de l’amour, ni de l’amitié, c’est un sentiment beaucoup plus pur qui répond à une situation donnée.

C’est sur qu’on ne prend ou qu’on ne prendra pas la mer si l’équipage est merdeux. Ca crée une solidarité, mais ça peut engendre des engueulades, du stress, mais ça se résorbe facilement, par exemple dans un coup de chien. Ca se résorbe, c’est rare que ça tourne mal.

Dans un équipage extérieur, une personne en plus, ça peut foutre la merde, car il y a exclusion de la nouvelle personne. Les autres sont habitués à vivre ensemble. Je l’ai vu sur les charters. Dans un premier temps en tant que skipper, tu dois faire tout pour la rentrer. Des apartés qui contredisent la solidarité.

Les pêcheurs savent tous les jours, ensemble, risquer leur vie pour les autres. C’est très naturel. Si le mec tombe à la mer, ils vont tout faire pour le récupérer, il ne sera pas largué à moins que ce soit des assassins. Il ne peut pas être largué. C’est une norme sans être une norme, une loi sans être une loi. 

Oui, cette solidarité est plus que nécessaire, elle est importante, elle est vitale. Il n’y a plus personne qui partirait si elle n’existait pas. On ne partirait plus.

Ceux qui partent tout seul, c’est une force de caractère. Je pourrais facilement le faire, je l’ai fait un peu. Mais c’est un aparté. Déjà ce sont des gens qui n’ont pas peur de la solitude. Ils font un pas que ne fait pas tout le monde. C’est de l’inconscience, chez certains. J’en ai rencontré un ancien camionneur, il était depuis deux ans déjà sur un bateau, mais un tel extrême ! Il s’est fait couper l’orteil qui était gonflé comme une rose. Il disait regardez, je ne sens rien. C’est un peu de l’inconscience, car il n’a pas pris de précaution et risque un pépin de l’ordre du non retour.

On ne prend pas du tout les mêmes risques, quand on est seul. Si les gens ne sont pas conditionnés à cela. Le pas que fait la personne, c’est de surmonter la peur de se retrouver dans un pépin toute seule. 

On cherche à désamorcer le conflit, par tous les moyens. Comme dans un charter, si jamais il y a une personne qui fout la merde, j’ai le droit de la débarquer, car ça peut être dangereux. Tu essaies de désamorcer, de calmer, mais cette personne doit être débarquée, car si il y a un danger, elle n’aidera pas. Sur un bateau, il faut être unis. 

La nouvelle personne, par moments, elle est exclue au début ; sa main d’œuvre sera la bienvenue, donc on va l’intégrer malgré l’exclusion directe. A l’apéro, dans la conversation, au début, elle sera exclue. Il faut qu ‘elle donne de soi et que l’équipage donne du leur pour l’intégrer, car le milieu est très restreint. C’est pas évident. 

C’est toujours la même personne qui prend les décisions. Mais s’il y a un accord mutuel dans la plaisance, pour changer de cap, pour voir autre chose, en cas de problème technique comme si une dépression arrive, c’est la même personne qui va décider le changement de cap. C’est la même personne, toujours la même personne.

Une personne empoche la responsabilité. C’est une loi. S’il y a un pépin, il ne faut pas de divergence dans la responsabilité. 

Les équipiers ne sont pas obligatoirement polyvalents. Mais à partir d’un certain stade, tu peux faire un peu tout car tu as des notions. Tu as vite fait d’apprendre le fonctionnement. Tu es à même au bout de 3 ou 4 ans de faire tout. Il y a des gens pas du tout polyvalents, dans le domaine du sport, du loisir de la passion. 

A terre, ça dépend dans quelle situation, la relation change, tu vas rester en contact, l’influence du monde change. La proximité, la profession, tout change. Tu as perdu tout en gardant l’amitié, tu vas perdre la relation. Mais c’est surtout en fonction des gens. C’est impulsif, c’est la manière de rentrer dans les amitiés. Ca crée un choc psychologique, quand tu rencontres une personne que tu as perdue de vue depuis longtemps. Tu réagis ensuite selon la pensée. 

L’interaction entreprise sur terre ne déclenche pas la même solidarité. Pourtant nettoyer la plage entre riverains, c’est de la solidarité. Ils sont tous solidaires envers un point commun, pour entreprendre quelque chose en groupe, ensemble, pour une entreprise collective.

Sur le bateau, je ne pense pas que ça soit le fait d’entreprendre quelque chose ensemble, c’est le fait de se retrouver dans un espace réduit, sur un milieu qui n’est pas le sien.

Le mec, le jeune sur un bateau qui ne peut pas engrainer la poulie, va être tout de suite pris en charge, non pas pour l’apprentissage, mais pour la sécurité de l’équipage, celui qui va faire à sa place, c’est la réalité pour parer à un danger. Une poulie mal engrenée, c’est très dangereux pour tous.

La solidarité, n’est pas dans le bonheur ou le bon fonctionnement, la solidarité, c’est dans l’extrême, c’est aider les gens par un sentiment pur et simple.

Même des gens qui ne s’entendent pas. Les mecs, même s’ils ne se connaissent pas, ils ne sont rien, solidarité par le fait d’être dans le même bateau. Tu espères que les gens vont faire avec toi, ce que tu fais pour eux. Mais c’est spontané. 

 
RAPPORT NAVIRE AUTRES 
 

On se fait des signes amicaux. Oui, on salue, les autres bateaux, les barques de pêche etc… On se dit bonjour. En mer dès fois, c’est sporadique, de rencontrer un bateau, tu dis bonjour, sauf dans les coins où il y a trop de monde. On fait en sorte de respecter la priorité, on se rapproche, le premier réflexe, c’est d’aller voir l’autre et l’autre aussi si l’on est sur la même route. Dès qu’on se voit, on se regroupe pour se mesurer, pour se voir… Tu vois un bateau tous les trois ou quatre jours, alors quand tu en vois un, tu vas le voir. 

 
DEFINITION DES TERMES
 
 
Tout ça se regroupe.

La solidarité, c’est aider les gens sans réfléchir, l’amitié, aimer les gens ; Tu es solidaire ou tu ne l’es pas. En règle générale les gens de mer sont solidaires. Ils ont un sens très approfondi de l’amitié. Une personne qui a des sentiments très négatifs envers autrui ne sera jamais solidaire.

Les gens pas solidaires qui ne savent pas être solidaires, dans les marins, ces gens seront tout seuls. Ils seront exclus, par exemple, les fachos qui méprisent les cap de Verdiens se retrouvent seuls. Il y avait un voleur noctambule au quotidien, entre mecs des bateaux, ils en ont désigné 4 ou 5 pour veiller toute la nuit. Ils l’ont tabassé et remis aux flics.

Des gens peuvent ne pas comprendre le pays où ils arrivent. Il y a des gens faibles qui n’appliquent pas les normes qui ont des envies, il se passe un phénomène de jalousie ou de vol… dès que tu mets le pied sur terre ils arrivent à 15 te demandent un job pour gagner trois ronds. Donc la réaction entre mecs de bateau est très différente, une personne non solidaire racontera que ça s’est mal passé. Le fait de s’asseoir sur ce qu’on t’a piqué, ça s’est de la solidarité. Question de bon sens, en réfléchissant, tu sais qu’une chose ne va pas sans l’autre. Aider par bon sens, tu l’as ou tu ne l’as pas.

Aider les gens, il y en a qui s’en foutent. Même dans le milieu de la mer, il y en a qui s’en foutent.
par Grassineau Benjamin publié dans : Anthropologie et philosophie de la voile
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